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Chapitre 2 — La chambre aux miroirs

Penulis: L'invincible
last update Terakhir Diperbarui: 2025-09-03 03:51:11

Ophélie

Les hôtels de luxe ont tous la même odeur, un mélange de cire, de linge trop blanc et de parfum artificiel qui flotte dans l’air. Quand je pousse la porte tambour, j’ai toujours l’impression de pénétrer dans un monde parallèle, une bulle où rien n’existe en dehors de l’apparat, où chaque détail est pensé pour briller, mais où tout respire au fond la solitude. Les tapis trop épais étouffent le bruit de mes talons, les lustres étincellent comme des pièges dorés, et chaque regard qui se pose sur moi semble chercher à deviner ce que je viens faire ici.

Je marche vers l’ascenseur avec cette démarche que j’ai apprise, souple, mesurée, comme si j’étais née pour ces lieux alors que je n’en suis qu’une passagère clandestine. À l’intérieur, mon reflet se projette dans la paroi métallique. Je vois une étrangère. Une robe de satin noir qui épouse mes hanches, des lèvres trop rouges, des yeux soulignés d’un khôl qui tente de masquer la fatigue. Une image fabriquée, un masque que j’ai fini par porter comme une seconde peau. J’ai envie de rire de cette caricature ou de pleurer, je ne sais pas.

La réception m’a donné le numéro de chambre : 608. J’ai murmuré ce chiffre comme une litanie tout au long du couloir. Chaque porte derrière laquelle je suis déjà entrée a pris quelque chose de moi, une miette de mon âme, une parcelle de mon innocence. Et pourtant mes pas ne s’arrêtent pas, parce qu’il le faut.

Devant la porte, mon cœur cogne plus fort qu’il ne devrait. J’ai beau me répéter que ce n’est pas la première fois, la peur revient toujours, ce vertige sourd qui me donne envie de m’enfuir. J’appuie sur la sonnette. Le temps se suspend.

La porte s’ouvre.

Je reste figée. Parce que l’homme qui apparaît n’a rien à voir avec ceux que je connais. Pas de costume criard, pas de sourire vulgaire, pas ce regard lourd qui me catalogue. Il est simplement là, chemise entrouverte, les manches retroussées, et ce visage grave qui n’a pas besoin de forcer pour imposer le silence. Ses yeux, sombres, intenses, se posent sur moi sans insistance, comme s’il voulait me voir et non m’acheter.

Je retiens ma respiration.

Il dit seulement :

— Entrez.

Sa voix grave vibre dans ma poitrine, un mélange de douceur et d’autorité. Je franchis le seuil et découvre la chambre. Immense, dorée, tapissée de miroirs. Je déteste ces miroirs. Ils me renvoient mille reflets de moi-même, mille silhouettes que je ne reconnais pas, comme si je ne pouvais jamais échapper à mon rôle.

Je m’avance, pose mon sac près d’un fauteuil, et déjà je prépare mes phrases automatiques, celles que je sers pour créer de la distance. Mais il m’arrête.

— Je n’ai pas besoin que vous parliez.

Je relève les yeux. Et dans son regard, je sens qu’il ne ment pas.

Il avance vers moi, sans précipitation, chaque pas résonne comme un battement sourd dans mon corps. Je voudrais reculer, garder le contrôle, redevenir cette femme de façade. Mais je ne peux pas. Je reste là, hypnotisée.

Quand ses doigts se posent sur ma joue, ma peau s’embrase. Je ferme les yeux malgré moi. Je devrais me protéger, me rappeler que tout cela est faux, qu’il ne s’agit que d’un travail. Mais tout s’efface. Il me regarde avec une intensité qui m’ôte toute défense, comme si mes artifices s’effondraient les uns après les autres.

Je tremble pas de peur. D’un vertige inconnu.

Ses lèvres trouvent les miennes et je me perds. Le baiser est lent, brûlant, presque tendre. Rien à voir avec la hâte ou la brutalité des autres. Je sens mon corps s’ouvrir malgré moi, mes mains se crispent contre son torse, mes genoux vacillent.

Il me guide vers le lit sans brusquerie, ses gestes sont précis, sûrs, comme s’il me connaissait déjà. Mes vêtements tombent un à un, le satin glisse sur ma peau comme de l’eau, et je n’ai plus la force de jouer un rôle. Je ne suis plus la call girl, je suis une femme qui cède, qui brûle, qui renaît.

Chaque caresse est une déflagration, chaque baiser une morsure douce qui me rappelle que je suis encore vivante. Je n’ai jamais ressenti ça. Pas avec un client, pas avec un amant. C’est autre chose. Comme si, au-delà du désir, il cherchait à me briser et à me réparer en même temps.

Je gémis contre sa bouche, mes doigts s’accrochent à sa nuque, mes cuisses s’ouvrent d’elles-mêmes comme si mon corps avait décidé avant moi. Les miroirs m’entourent, me renvoient mille reflets de ma nudité offerte, et pour une fois je ne détourne pas le regard. Parce que dans ses yeux à lui, je me vois autrement. Pas comme une femme vendue, mais comme une femme désirée, choisie.

La nuit s’étire comme une transe. Ses mains, sa bouche, son souffle, tout me dévore et me délivre. Je me laisse emporter, sans barrière, sans masque, comme si je savais déjà que cette nuit ne se répétera jamais et que je dois la vivre jusqu’au bout.

Quand je m’abandonne enfin, dans un gémissement étouffé, je sens que ce n’est pas seulement mon corps qui cède, c’est tout le reste. Une partie de moi que je croyais morte vient de renaître dans ses bras.

Et au fond de moi, une certitude se

grave déjà : je ne pourrai jamais l’oublier.

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