LOGINElle entre. Elle est belle, même fatiguée, même triste. Ses cheveux sont attachés en queue de cheval. Son tailleur est bleu marine, celui que je préfère. Celui qui fait ressortir la couleur de ses yeux. Ses mains tremblent. Ses lèvres tremblent. Tout son corps tremble.
— Fermez la porte.
Elle obéit. La porte se referme. La serrure claque. Nous sommes seules. Enfin.
— Adriana, je...
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La vie tiède ou l'incendie.Je veux l'incendie. Je brûle d'envie pour l'incendie. Je rêve de l'incendie.Mais j'ai trop peur de brûler.ÉlenaVendredi. 7h15.Le réveil sonne. Je ne l'ai pas entendu venir. Je n'ai pas dormi. J'ai passé la nuit à regarder le plafond, à compter les fissures, à ressasser les mêmes pensées en boucle, comme un disque rayé.Thomas est à côté de moi. Il dort paisiblement. Sa respiration est régulière, calme, innocente. Il ne sait rien. Il ne sait pas que je n'ai pas fermé l'œil. Il ne sait pas que j'ai pleuré en silence pendant des heures. Il ne sait pas que mon cœur est ailleurs, dans un appartement du 16e arrondissement, dans un lit qui sent le bois de santal et la vanille.Je me lève en silence. Je ne veux pas le réveiller. Je ne veux
Elle a raison. Elle a raison sur toute la ligne, et c'est ça qui fait le plus mal. Chaque mot qu'elle prononce est une vérité qui s'enfonce dans ma chair comme un scalpel. Je n'ai pas d'arme pour me défendre. Pas d'argument. Rien que ma peur. Ma peur immense, dévorante, paralysante.— Je ne peux pas. Pas comme ça. Pas sous pression.— Sous pression ? Tu crois que je ne suis pas sous pression, moi ? Tu crois que c'est facile d'attendre ? De partager ? De savoir que tu vas le retrouver chaque matin, que tu vas dormir dans ses bras, que tu vas respirer son odeur, que tu vas peut-être même... non, je ne veux même pas y penser.— Adriana...— Non, Élena. Je ne veux plus entendre tes excuses. Je ne veux plus entendre tes « je t'aime » murmurés dans l'obscurité qui s'envolent au matin comme des promesses en fumée. Je veux que
ÉlenaJeudi soir, 23h47. Je suis chez Adriana. Dans son lit. Dans ses bras.La chambre baigne dans une pénombre bleutée, celle des lumières de Paris qui filtrent à travers les voilages de soie. Sa main droite caresse mon dos, machinalement, traçant des cercles lents sur ma peau nue, comme un geste devenu si habituel qu'il échappe à sa conscience. Son souffle est chaud et régulier contre ma nuque, un vent tiède qui soulève mes cheveux et les fait retomber en cascade sur l'oreiller. La chaleur de son corps colle contre le mien, nos peaux qui ont appris à se connaître, à s'épouser, à ne faire plus qu'une.Ses doigts remontent le long de ma colonne vertébrale, comptant chaque vertèbre comme une prière silencieuse. Je frissonne. Pas de froid. De plaisir. De cette douceur qui m'envahit chaque fois qu'elle me touche.&
Elle entre. Elle est belle, même fatiguée, même triste. Ses cheveux sont attachés en queue de cheval. Son tailleur est bleu marine, celui que je préfère. Celui qui fait ressortir la couleur de ses yeux. Ses mains tremblent. Ses lèvres tremblent. Tout son corps tremble.— Fermez la porte.Elle obéit. La porte se referme. La serrure claque. Nous sommes seules. Enfin.— Adriana, je...— Taisez-vous. Écoutez-moi.Je me lève. Je contourne mon bureau. Je m'approche d'elle. Mes talons claquent sur le parquet. Clac. Clac. Clac. Je m'arrête à quelques centimètres d'elle. Je sens sa chaleur. Son odeur. Sa peur.Mes yeux plongent dans les siens. Je veux qu'elle voie tout. Ma colère. Ma peur. Mon amour.— Je ne peux plus, Élena.— Quoi ?— Je ne peux plus partager. Je ne peux plus vo
Il marque une pause. Ses doigts serrent mon bras, doucement. Pas pour me faire mal. Pour se raccrocher à quelque chose.— Tes yeux brillent, Élena. Ils brillent comme je ne les ai jamais vus briller.— Thomas...— Tu es amoureuse de quelqu'un d'autre. Ce n'est pas une question. C'est une certitude.Je ne peux pas répondre. Les mots restent bloqués dans ma gorge. Ma bouche s'ouvre, se ferme, aucun son ne sort. Mes yeux se remplissent de larmes.— Je ne veux pas savoir qui c'est, continue-t-il. Je ne veux pas savoir depuis combien de temps. Je veux juste savoir une chose.— Quoi ?— Est-ce que tu m'aimes encore ?Le silence. Le temps s'arrête. La question flotte dans l'air comme une bombe prête à exploser. Je regarde Thomas. Son visage. Ses yeux. Sa bouche. L'homme que j'ai épousé. L'homme avec qui j'ai partagé di
Ses mots résonnent en moi. Je veux les croire. Je veux tellement les croire.Mais au fond de moi, une voix murmure que rien n'est éternel. Que l'amour le plus fort peut s'éteindre. Que les promesses les plus sincères peuvent se briser.Je ferme les yeux. Je me blottis contre elle.— Dors, murmure-t-elle. Je te regarderai dormir. Je te protégerai.Je ne dors pas. Je pense à ses mots. Je pense à Thomas. Je pense à tout ce que je vais perdre. À tout ce que je pourrais gagner.Je ne sais pas quoi faire.Je sais seulement que je ne peux plus m'arrêter.ÉlenaSamedi matin. 7h. Je rentre chez moi.La nuit a été intense. Elle m'a prise encore et encore, jusqu'à l'aube. Je suis épuisée, vidée, comblée. Mon corps est couvert de marques – des morsures, des bleus, des ro
ÉlenaLe lendemain, je n'arrive à rien faire. Mes doigts tremblent sur le clavier. Je relis trois fois chaque email sans comprendre un seul mot. Mon cerveau est ailleurs, bloqué sur ce soir, sur elle, sur cette robe qui m'attend quelque part au bureau. Chaque minute est une éternité. Chaque seconde
Elle me regarde. Calme. Pas surprise. Pas fâchée.— Pourquoi ?— Parce que... Thomas. Parce que je ne sais pas. Parce que j'ai peur.— Peur de quoi ?— De vous. De moi. De ce qu'on devient. De ce que je deviens.
AdrianaJ'entre sans faire de bruit.C'est un talent que j'ai développé enfant, pour surprendre ma mère, pour échapper à mon père, pour me fondre dans les murs quand il le fallait. Aujourd'hui, ce talent me sert à la voi
AdrianaElle est partie. Je reste seule dans la salle de réunion, et je souris.J'aime jouer avec elle. J'aime la voir trembler, rougir, perdre tous ses moyens. J'aime ce pouvoir que j'ai sur elle, cette capacité à la réduire à l'état de d&e







