เข้าสู่ระบบÉlena Elle entra. Son pas était hésitant, comme si elle foulait un sol sacré, comme si le parquet de mon studio était un temple et elle une pénitente. Ses yeux firent le tour du studio – la kitchenette minuscule, le lit défait, les cartons ouverts, les livres empilés, la photo de nous deux sur l'étagère. Son regard s'arrêta sur cette photo, un selfie pris un matin dans son appartement du 16e, il y a une éternité. Nous étions enlacées, elle riait, je posais mes lèvres sur sa joue. Elle ferma les yeux un instant, comme si la vue de cette image lui était physiquement douloureuse, comme si elle recevait un coup en plein cœur. — Je suis désolée, dit-elle enfin, en se tournant vers moi, et sa voix était si brisée, si épuisée. Je suis désolée pour tout. Pour le silence, pour le départ, pour t'avoir tenue à l'écart alors que tu ne demandais qu'à être près de moi. J'ai cru bien faire. J'ai cru que m'effacer de ta vie te permettrait de recommencer
Élena Trois mois. Trois mois depuis le procès. Trois mois depuis qu'Irina m'a annoncé son départ et que mon monde s'est définitivement écroulé. L'été est arrivé sur Paris, un été caniculaire qui écrase la ville sous un ciel blanc de chaleur, un ciel de plomb qui ne laisse passer aucun souffle d'air. Les pavés brûlent, les façades suintent, les arbres sont poussiéreux et fatigués. L'air est lourd, immobile, chargé d'odeurs de bitume fondu et de gaz d'échappement. Mon studio est devenu un four, et le soir, je m'assois sur le rebord de ma fenêtre, les jambes pendant dans le vide, pour chercher un peu d'air, un peu de vie. Je vais mieux. Pas bien, mais mieux. C'est une nuance que je n'aurais pas comprise il y a quelques mois, et qui aujourd'hui définit toute mon existence. Léa vient me voir chaque semaine, parfois plusieurs fois, avec cette obstination joyeuse qui la caractérise. Elle m'oblige à sortir, à marcher jusqu'au parc, à manger autr
Je me levai, mécaniquement, un mouvement de zombie, mes jambes flageolant sous moi comme des tiges trop frêles pour soutenir le poids de mon corps. J'ouvris la porte. La lumière du couloir m'agressa, me brûla les rétines. Léa se tenait sur le seuil, son manteau rouge vif jurant avec la grisaille du couloir, une tache de couleur dans ce monde monochrome. Elle me regarda, et je vis ses yeux s'écarquiller, sa bouche s'ouvrir, ses traits se décomposer sous l'effet de l'horreur. — Mon Dieu, Élena... Sa voix était un souffle. Qu'est-ce que tu t'es fait ? Qu'est-ce que tu es devenue ? Elle entra sans attendre d'invitation, bousculant presque mon corps frêle, son regard balayant le studio avec une horreur grandissante. La saleté, l'obscurité putride, les assiettes moisies qui empestaient, les cartons jamais ouverts, la poussière partout, les mouches qui bourdonnaient autour de l'évier. Puis elle se tourna vers moi, m'attrapa par les épaules avec
Mes jambes ne me portaient plus. Elles étaient en coton, en plomb, en rien. Je me suis laissée glisser le long du mur, lentement, dos contre la paroi froide, jusqu'à m'asseoir par terre, sur le parquet glacé qui sentait la poussière et le désespoir. Irina ne bougea pas. Elle me regardait, debout, comme une statue de compassion, les bras le long du corps. — Elle m'avait promis, murmurai-je, et ma voix n'était plus qu'un filet d'eau sur des pierres. Elle m'avait promis qu'elle viendrait me chercher. Elle me l'a promis le soir où elle m'a éloignée, dans son appartement, avant que je franchisse la porte pour la dernière fois. Elle a pris mon visage entre ses mains, elle m'a regardée dans les yeux, et elle m'a dit : « Quand tout sera fini, je viendrai te chercher. » — Je sais. Irina hocha la tête, lentement, ses yeux ne quittant pas les miens. Elle me l'a dit, à moi aussi. Avant de partir, elle est venue me voir au bureau. Elle avait déjà son manteau sur le dos, son sac à la main, un
ÉlenaLe printemps est arrivé sans que je m'en rende compte. Sans ma permission. Sans la moindre délicatesse. Les arbres du cimetière du Père-Lachaise, tout proche de mon studio, ont refleuri, des bourgeons blancs et roses qui éclatent sur les branches noires comme des confettis de chair tendre. Le soleil se fait plus chaud à travers ma fenêtre étroite, et je le regarde comme on regarde un étranger qui vous veut du bien sans comprendre que vous ne voulez plus de bien. Le monde continue de tourner, indifférent à ma douleur, indifférent à mon corps qui se traîne d'un jour à l'autre comme un animal blessé. C'est peut-être ça, le plus cruel. Que la vie continue, obstinément, bêtement, alors que la mienne s'est arrêtée il y a des mois, un soir de janvier, sur les marches d'un palais de justice.Un moi
Et puis je me suis arrêtée. Mon pouce est resté suspendu au-dessus de l'écran, figé. Elle ne m'a pas appelée. Elle a gagné, elle est libre, et elle ne m'a pas appelée. C'est Sophie qui m'a envoyé « Gagné », pas elle. C'est la télévision qui m'a montré son visage, pas un appel vidéo de sa part. Elle n'a pas décroché son téléphone pour me dire : « Élena, c'est fini, rentre à la maison. » Pourquoi ? Les heures ont passé. La journée s'est écoulée, puis la soirée, puis la nuit. Je n'ai pas quitté mon téléphone du regard. Je l'ai posé sur la table de chevet, face vers le haut, le volume au maximum. Chaque vibration me faisait sursauter, chaque notification me remplissait d'un espoir absurde qui retombait aussitôt. Un spam. Un rappel de facture. Un message de Sophie : « Tout va bien, elle se repose, elle est épuisée. » Rien d'elle. Rien. Le lendemain, rien non plus.







