Se connecterMarcusOnze heures. Plus qu'une heure avant le moment fatidique. Je me tiens au centre de la chambre, torse nu, vérifiant chaque détail pour la dixième fois. Les bougies sont allumées, leurs flammes tremblent légèrement dans les courants d'air invisibles qui parcourent la pièce. Les pétales de rose sont disposés en chemin depuis la porte jusqu'au lit. Les huiles parfumées sont alignées sur la table de chevet , lavande pour l'apaisement, ylang-ylang pour la sensualité, santal pour la profondeur. La musique est prête, le champagne frais dans son seau, les coupes étincelantes.Tout est parfait. Et pourtant, je tremble.Pas de froid , la pièce est chauffée par un brasero discret dans un angle. Je tremble de l'intérieur, d'un tremblement qui vient du plus profond de moi, là où se logent les peurs anciennes et les espoirs fous. Trois ans. Trois ans que j'aime cette femme en silence. Trois ans que je la sers, que je la protège, que je la regarde de loin
En fin d'après-midi, nous nous retrouvons dans la chambre pour les derniers préparatifs. La pièce est méconnaissable. Les tentures pourpres ont été complétées par des voilages blancs qui adoucissent la lumière. Des dizaines de bougies sont disposées sur les meubles, sur le sol, sur les rebords de fenêtre , pas des bougies noires de cérémonie, mais des bougies blanches, simples, pures. Le lit à baldaquin est recouvert de draps de soie ivoire, jonchés de pétales de rose. Un parfum subtil flotte dans l'air , lavande et vanille, apaisant, réconfortant.— C'est magnifique, dis-je en tournant sur moi-même. On se croirait dans un rêve.— C'est l'idée, répond Marcus. Un rêve éveillé. Un espace hors du temps, hors des règles, hors du Cercle.— Tu as pensé à la musique ?— Oui. J'ai préparé une playlist. Elle commencera par du Satie , les Gymnopédies. Lent, mélancolique, enveloppant. Puis du Chopin. Les nocturnes qu'elle aime tant.— Parfait.
Le silence qui suit est si profond qu'on entendrait une plume tomber. Marcus est pétrifié sur sa chaise, partagé entre l'admiration et l'effroi. Damiana me fixe avec une intensité qui pourrait faire fondre la pierre. Je soutiens son regard sans faiblir, même si mes jambes tremblent, même si mon cœur bat si fort que je suis sûre qu'elle l'entend.— Vous avez du cran, dit-elle enfin. Je dois le reconnaître.— J'ai passé des années à affronter des hommes puissants, des politiciens véreux, des criminels sans scrupules. Vous croyez que j'ai peur de vous ?— Vous devriez.— Peut-être. Mais la peur ne m'a jamais empêchée de faire ce que j'estime juste.Damiana se rassoit lentement, comme si ses jambes ne la portaient plus. Elle passe une main sur son front, ferme les yeux un instant. Quand elle les rouvre, je vois quelque chose qui ressemble à du respect , un respect teinté d'inquiétude, mais du respect quand même.— Très bien, dit
LénaLa porte des appartements de Damiana est entrouverte. Marcus la pousse doucement, et nous entrons dans la pénombre parfumée au jasmin et à l'ambre. La pièce est vaste, plus grande que toutes les cellules du Cercle réunies. Des tentures de velours pourpre couvrent les murs de pierre. Des bougies sont disposées sur des candélabres de fer forgé, leurs flammes projetant des ombres dansantes sur le plafond voûté. Un lit à baldaquin trône au centre, massif, recouvert de draps de soie noire. Des livres s'empilent sur le sol, sur les commodes, sur les rebords de fenêtre , des centaines de livres, de toutes tailles et de toutes époques, comme si Damiana cherchait dans la littérature des réponses que la vie lui refusait.Elle est assise dans un fauteuil près de la fenêtre, le dos tourné à la lumière. Elle s'est recoiffée, a passé une robe propre, a effacé les traces de larmes sur ses joues. Elle a reconstruit son armure, mais je la vois fissurée , par endroits
Sa voix s'étrangle. Ses yeux se remplissent de larmes , ces larmes qu'elle retient depuis des années, ces larmes qu'elle ne laisse jamais couler parce que pleurer serait un aveu de faiblesse, et que la faiblesse, pour elle, c'est la mort.— Je ne suis pas comme eux, dis-je en soutenant son regard. Je ne suis pas votre ex-mari. Je ne suis pas ces amants qui vous ont trahie. Je suis Marcus. Je suis celui qui est resté trois ans sans rien demander. Celui qui a dormi devant votre porte comme un chien de garde. Celui qui vous aime, Damiana. Pas la Maîtresse. Pas le personnage. Vous. La femme. La survivante. Celle qui a peur et qui ne veut pas le montrer.Elle recule comme si je l'avais frappée. Son visage se décompose, passe de la colère à la stupeur, de la stupeur à la panique.— Ne m'appelle pas comme ça, murmure-t-elle.— Pourquoi ? Parce que ça vous rend vulnérable ? Parce que ça vous rappelle que vous êtes humaine ?— Tais-toi.
Marcus Le soleil est levé depuis une heure quand je quitte la cellule de Léna. Elle dort encore, ses cheveux éparpillés sur l'oreiller, son visage paisible comme celui d'une enfant. Je referme la porte sans bruit, le cœur gonflé d'un bonheur qui me semble presque coupable. La nuit a été chaste , nous n'avons fait que dormir, enlacés, partageant une intimité simple et profonde. Mais ce simple fait, dormir ensemble, représente bien plus qu'un geste anodin dans l'enceinte du Cercle. Je remonte le couloir sur la pointe des pieds, me dirigeant vers mes quartiers pour me changer avant le début de la journée. Les torches de la nuit finissent de se consumer, les servantes commencent leur ronde silencieuse, le Cercle s'éveille doucement. Tout semble normal. Tout semble paisible. C'est alors que je la vois. Damiana se tient à l'intersection des deux couloirs, immobile comme une statue de sel. Elle porte une robe noire
MayaLe sommeil est un lac noir et profond où je flotte sans penser, sans rêver, sans exister, et puis quelque chose bouge contre mes lèvres, une pression légère d'abord, presque imperceptible, puis plus insistante, et ma conscience remonte des abysses par strates successives, d'abord la sensation
MayaJe ne sais pas quelle heure il est, peut-être trois heures du matin, peut-être quatre, peut-être une heure qui n'existe pas, une heure inventée par l'insomnie pour me torturer.Le parquet a cessé d'être froid, il est juste dur, minéral, implacable, et mes hanches commencent à me faire mal, une
MayaSa maison est immense, une façade haussmannienne avec des fenêtres hautes comme des portes d'église, des balcons en fer forgé, un digicode avec des chiffres qui brillent dans la lumière grise du soir, et je sonne avec un doigt qui tremble.Une femme de ménage m'ouvre, une femme brune sans âge,
MayaLa signature a lieu dans son bureau, et Victoria a sorti une plume, une vraie plume, pas un stylo banal, avec une plume d'oie blanche comme neige et de l'encre noire dans un petit encrier de cristal taillé qui doit valoir plus que tout ce que j'ai possédé dans ma vie.— Parce que c'est plus sy







