LOGIN(Point de vue à la première personne — Aelira)
Le bruit de la porte qu’on traînait pour la fermer me terrifia, et mon cœur rata un battement. Je restai immobile un moment, fixant le bois épais comme si je pouvais le forcer à s’ouvrir par la seule force de ma volonté. La porte ne bougea pas, évidemment. J’inspirai lentement avant de me détourner.
La pièce était grande, bien trop grande pour quelqu’un qui y était prisonnier. Il y avait un lit près du mur du fond, intact. Une haute fenêtre laissait entrer la faible lumière du soir, mais des barreaux de fer la traversaient. Ce n’était pas une décoration, cela ressemblait davantage à un avertissement ou à une précaution.
« Pour moi », murmurai-je.
Je marchai vers la fenêtre, mes pas étaient silencieux contre le sol de pierre glacé. Dès que je l’atteignis, une étrange sensation remonta le long de ma colonne vertébrale. J’étais observée.
Je me retournai rapidement, rien, la pièce était vide, immobile et silencieuse. Malgré tout, cette sensation restait là, elle ne disparaissait pas. Elle effleurait légèrement ma peau comme si quelque chose d’invisible s’était intéressé à moi.
Je m’enlaçai les bras, essayant de l’ignorer. « Cet endroit te monte à la tête », murmurai-je. Mais même moi, je n’y croyais pas.
Le temps passait lentement. Trop lentement.
Personne ne venait, il n’y avait ni nourriture, ni serviteur, ni explication. Le silence était la seule chose qu’on pouvait ressentir ici.
Et cette étrange conscience en moi refusait de disparaître depuis mon arrivée. Elle demeurait sous ma peau, silencieuse mais présente, comme si quelque chose attendait et observait.
Je commençai à faire les cent pas dans la pièce pour essayer de me distraire, mais mes pensées revenaient toujours vers lui. Zeirian Varkos. Ses yeux, la façon dont il m’avait regardée lorsqu’il avait prononcé le mot âme sœur. Puis la façon dont ce même regard s’était transformé en rejet.
« Tu es un problème. »
Ma mâchoire se crispa.
« Bien », me dis-je. « Alors laisse-moi en être un. »
La nuit envahit toute la pièce, l’obscurité ressemblait à une couverture épaisse. Les torches à l’extérieur projetaient d’étranges ombres à travers les barreaux, comme si elles bougeaient toutes seules. Je m’assis au bord du lit, il était impossible de se détendre même si j’étais épuisée. Je pouvais sentir que quelque chose n’allait pas.
Ce n’était pas seulement cet endroit fou où je me trouvais, c’était moi. Tout changea au moment où la lune apparut. Soudain, la chaleur me frappa comme une vague brutale. J’agrippai le cadre du lit comme si ma vie en dépendait. Ce que je ressentais était pire que de la douleur, comme si mon corps se réveillait enfin à quelque chose qui lui avait toujours manqué.
Mes sens devinrent incroyablement aiguisés, j’entendais pratiquement tout à l’extérieur. Les gardes murmuraient, j’entendais leurs pas lorsqu’ils marchaient, et surtout, j’entendis un grognement sourd. Ce n’était pas dehors, c’était plus proche, beaucoup plus proche.
Mon cœur rata un battement. Ce n’était pas un simple son, je ressentais une attraction profonde comme si quelque chose m’appelait.
Je me levai lentement, respirant d’une manière inhabituelle.
« Non… » murmurai-je.
Mais mon corps avançait déjà vers la porte, sans que je le contrôle. Chaque pas semblait guidé par une force invisible. C’était comme si quelque chose m’avait attrapée et refusait de me laisser partir.
Je me répétai : « Ce n’est pas réel. »
Mais cela semblait réel. Beaucoup trop réel. Ma main se leva vers la porte. J’étais stupéfaite par tout ce qui m’arrivait.
« N’ouvre pas ça. »
Une voix tonna.
Je me figeai. Mon cœur frappait violemment contre ma poitrine. Je me retournai lentement, il était là.
Zeirian se tenait près du mur du fond, partiellement caché par l’ombre. Je ne savais même pas quand il était entré. Rien que cela me fit trembler. Mais ce n’était pas ma plus grande peur. Lui, c’en était une.
Il semblait différent, comme s’il était à bout. Son corps était tendu, et il respirait difficilement, comme s’il avait couru. Et ses yeux étaient intenses, brillant plus fort qu’avant, comme s’il luttait pour garder quelque chose sous contrôle.
« Tu ne devrais pas être ici », dis-je d’une voix plus douce que je ne l’avais voulu.
Il répondit : « Je pourrais dire la même chose. »
Sa voix était dure et tendue. Comme s’il cachait quelque chose.
Je détournai les yeux de lui, regardai la porte puis revins à lui. « C’est toi qui m’as enfermée ici. »
Il dit lentement : « Et pourtant tu allais partir », en avançant vers moi.
LA BOUCHE QUI S OUVRE DANS LE CIELPOV Première Personne : AeliraAprès les cheveux qui repoussaient dans la nuit, c est le ciel qui a ouvert bouche.On l a vue le matin du onzième jour après avoir fermé vieux puits.Pas nuage.Pas soleil.Une forme dans ciel.Haute.Grande.Ronde et longue.Comme bouche ouverte.Noire dedans.Bords gris qui bougeaient.Comme fumée qui fait cercle.On a tous levé tête.Kemi a dit.« Ciel est cassé ? »J ai dit.« Non. C est elle. »Depuis longtemps elle flottait haut.On sentait.Mais on ne voyait pas.Maintenant on voyait bouche.Grande bouche dans ciel bleu.Qui s ouvrait lentement.Et qui regardait en bas.Vers nous.Vers butte.Doran a dit.« Elle a fait bouche pour avaler. »« Avaler quoi ? »« Nous. Ou butte. Ou tout. »Le deuxième jour, bouche plus grande.On voyait dedans plus noir.Et autour, vent tournait.Petit vent qui tournait autour de bouche.Comme eau qui tourne avant de tomber dans trou.Feu haute fumée qu on faisait montait et
LES CHEVEUX QUI REPOUSSENT DANS LA NUITPOV Première Personne : AeliraAprès le ventre qui battait sous la butte, ce sont les cheveux qui ont repoussé.Pas nos cheveux.Les cheveux blancs.Ceux qu on brûlait.On avait travail quatre.Brûler cheveux blancs.On trouvait cheveux blancs longs sur terre.Près du cercle.Près de la rivière.Parfois dans maison.Blancs comme fil de lune.On les ramassait et on brûlait chaque soir avec fumée basse.Ça marchait.Plus de cheveux le jour.Mais le matin du douzième jour après que cœur s est endormi, on a trouvé plus.Beaucoup plus.Kemi s est levée et a crié.Ses pieds pris dans cheveux.Plein de cheveux blancs sur sol de maison.Longs.Emmêlés.Qui couvraient sol.Comme toile d araignée blanche.J ai tiré Kemi.Cheveux accrochés à ses chevilles.Froids.Mouillés.Qui sentaient eau noire.Kori est venu.Il a coupé cheveux avec couteau.Cheveux criaient petit cri quand on coupait.Comme mains blanches avant.On a ramassé tous cheveux dans maison.
LE VENTRE QUI BAT SOUS LA BUTTEPOV Première Personne : AeliraAprès les mains qui poussaient dans le mur, c est la butte qui a battu.Comme un cœur.On l a senti le matin du cinquième jour après avoir refait murs avec sel.Je dormais près du mur sud.Par terre, dos contre terre.Et j ai senti.Boum.Boum.Lent.Sous terre.Sous maison.Sous butte.Comme cœur gros qui bat.J ai ouvert yeux.Kemi dormait.Kori aussi.Mais sol vibrait.Petit.Boum.Boum.Je suis sortie.Pieds nus sur terre.J ai senti mieux dehors.Butte devant.Elle battait.On voyait même herbe dessus bouger un peu à chaque boum.Comme poitrine qui respire.J ai appelé Doran.Il est venu.Il a mis main sur terre de la butte.Il a fermé yeux.« C est elle, » a t il dit.« Quoi elle ? »« Son cœur. Ou ce qui reste de son cœur en bas. Il bat encore. »« Pourquoi bat ? »« Parce qu on a fermé mains. Fermé terre. Fermé air. Son cœur cherche autre chemin. »Le deuxième jour, battement plus fort.On entendait la n
LES MAINS QUI POUSSENT DANS LE MURPOV Première Personne : AeliraAprès la terre qui s était ouverte, ce sont les mains qui ont poussé.Pas nos mains.Dans le mur de la maison.La maison en pierre près de la butte.Où on dort.Le mur du nord.On l a vu le matin du quatrième jour après que terre s est refermée.Kemi a dit.« Mur a des boutons. »Je suis allée voir.Mur nord.Pierre grise.Et dessus, petites bosses.Comme si pierre poussait vers dehors.Cinq bosses.Rondes.Grosses comme poing.J ai touché.Froid.Dur.Mais ça bougeait un peu.Comme si quelque chose poussait de l autre côté.Doran est venu.Il a touché aussi.« Ce n est pas pierre, » a t il dit.« C est dessous. »« Quoi dessous ? »« Quelque chose qui pousse. »On a gratté autour d une bosse avec couteau.Pierre est tombée.Dessous, pas pierre.Peau.Blanche.Plissée.Comme main fermée.Qui pousse à travers mur.On a reculé.Kori est venu.Il a vu.« Main ? »« Oui. »« D où ? »On a regardé dehors du mur.Dehors, pas
LA TERRE QUI S OUVREPOV Première Personne : AeliraAprès les oiseaux qui ne chantaient plus, c est la terre qui s est ouverte.Pas grande ouverture.Petite.Mais profonde.On l a vue le matin du onzième jour après feu haute fumée.Près du cercle chaud.Entre cercle et fossé salé.Une fente.Longue comme mon bras.Large comme mon doigt.Noire dedans.On ne voyait pas le fond.Kemi l a vue en premier.Elle a dit.« La terre a une bouche. »Je suis venue voir.J ai touché bord.Terre chaude.Plus chaude que reste.Doran est venu.Il s est mis à genoux.Il a mis oreille près de fente.Il a écouté.« Ça souffle, » a t il dit.« Quoi ? »« Air froid sort de la fente. »On a mis main au dessus.Oui.Air froid sortait.Même si terre chaude autour.Froid comme hiver.Kori a mis petit bâton dedans.Bâton descendu.On ne voyait plus bout.Il a lâché.On a entendu rien.Pas de toc en bas.Donc très profond.Le deuxième jour, fente plus longue.De deux bras maintenant.Et plus large.Deux doigts
LES OISEAUX QUI NE CHANTENT PLUSPOV Première Personne : AeliraAprès les arbres qui avaient bu le sel, ce sont les oiseaux qui se sont tus.Pas tous les oiseaux.Ceux du matin.On avait l habitude.Chaque matin, avant le soleil, les petits oiseaux noirs chantaient.Sur les trois arbres près du cercle.Fort.Ça voulait dire jour vient.On se levait avec eux.Puis un matin, pas de chant.Silence.J ai ouvert les yeux.Ciel clair.Mais pas de bruit d oiseaux.Kemi s est réveillée aussi.Elle a dit.« Pourquoi ils dorment encore ? »« Je ne sais pas. »On est sorties.Les trois arbres.Celui qui avait reverdi et les deux qui repoussaient.Personne dessus.Pas un oiseau.Juste branches.Kori est venu.Il a levé la tête.« Ils sont partis ? »Doran est venu.Il a écouté longtemps.« Pas partis. Cachés. »« Pourquoi cachés ? »« Quelque chose les fait taire. »On a attendu midi.Toujours pas de chant.Même pas un petit cri.Le deuxième jour, même silence.On a fait notre travail du matin.
CEUX QUI ME CHASSENT (POV à la première personne Aelira)La pièce semblait petite après que le garde ait parlé. Ils veulent la fille de la sorcière. Personne n’a dit un mot. Ni moi. Ni lui. Ni Zeirian. Quelque chose a changé. Lourd. Mauvais. Comme si nous avions franchi une ligne que nous ne po
L’ENNEMI DANS SES YEUX (POV à la première personne — Aelira)Mon cœur s’est arrêté, je ne pouvais pas respirer. Ses mots sont restés là. Elle porte le sang de celui qui l’a maudit.J’ai regardé Zeirian. Il m’a regardée en retour. Mais ce n’était pas pareil. La colère était toujours là. L’attract
(POV Première Personne — Aelira)Les mots qu'il prononça ne disparurent pas simplement, ils persistèrent, ils restèrent collés aux murs, dans l'air, et même en moi. Je retirai rapidement mon poignet de sa main et je fis un pas en arrière. Comme si mettre de la distance entre nous pouvait défaire ce
Point de vue à la première personne — Aelira)Je ne pouvais plus respirer. Ses mots étaient toujours suspendus dans l’air, tranchants comme une lame. La mâchoire de Zeirian était crispée. Il ne me regardait même plus. C’était comme si je n’existais déjà plus pour lui. Et alors j’ai compris. Il le p







