MasukJe me dis que je vais seulement jeter un œil à la couverture.C'est un simple dossier en manille, usé par le temps, dont l'étiquette porte une inscription manuscrite à l'encre noire serrée. LAURENT. Mes mains tremblent lorsque je le soulève de la pile. Derrière moi, le feu s'est consumé en braises. Quelque part au loin dans le couloir, la voix de Roman résonne dans son téléphone.Ferme-le. Remets-le en place.Je l'ouvre.La première page est une photographie. Une fillette d'environ dix ans, les cheveux tressés en deux nattes de travers, descendant d'un bus scolaire avec une boîte à goûter serrée contre sa poitrine. Elle plisse les yeux face à quelque chose hors champ, un espace vide dans son sourire là où devrait se trouver une dent.Moi.Je la retourne. De l'encre noire au dos. 21 oct. 10 ans. Laurent, Isabella.Mon souffle m'échappe.En dessous, une autre photo. Moi à treize ans, dans le sous-sol d'une église, tendant une assiette de biscuits à un vieil homme en fauteuil roulant. Un
Je n'ai pas l'intention d'aller dans son bureau.Je cherche un verre d'eau, je m'engage dans un couloir où je n'ai jamais mis les pieds, et d'une manière ou d'une autre, mes pieds décident pour moi. Il est plus minuit passé. Le manoir est une respiration suspendue, tout en lampes basses et en ombres. Sa porte est entrouverte, une bande ambrée brillant sur le sol en marbre.« Roman ? »Rien. Un feu qui se consume doucement dans l'âtre. Un verre de whisky sur le bureau, intact. Il a dû sortir pour l'un de ses appels tardifs.Je devrais m'en aller.J'entre.La pièce sent son odeur, le cèdre, la fumée et le cuir, et mon estomac fait un tour de manège lent et perfide. Je me dis que je ne fouine pas. Je me dis que je regarde juste. Puis mes yeux se posent sur le bureau, sur un cadre en argent orienté vers sa chaise, et j'arrête de respirer.Une plage. Un ciel d'été. Une femme en robe jaune qui rit la tête rejetée en arrière, et à côté d'elle un grand homme aux cheveux sombres et au sourire
Je mets un chemisier à col montant, parce que je suis une lâche et que mon cou se souvient encore de sa bouche.La salle à manger n'est que acajou poli et lumière matinale. Une table assez longue pour vingt personnes, dressée pour trois. De l'argent. Du lin. Du jus d'orange dans du cristal. Deux femmes de chambre contre le mur se figent à mon entrée, les yeux baissés, les mains croisées, comme si on leur avait ordonné de ne pas respirer près de moi.Roman est assis au bout de la table, un café à la main, un journal plié à côté de son assiette. Ses yeux croisent les miens par-dessus le bord de la tasse, et tout sous mes côtes bascule de côté.Il ne sourit pas. Il n'en a pas besoin. Son regard glisse lentement le long du chemisier pour remonter aussitôt, et je sais qu'il est en train de compter les boutons.« Isabella », dit-il. Bas, rauque. La voix de la nuit dernière.« Roman. »« Cara ! »Dante se lève de la chaise à droite de Roman, les bras ouverts, et m'entraîne dans une étreinte
Je n'ai pas pu dormir, parce que la porte refuse de me laisser en paix.Elle se trouve dans le salon de ma suite, cachée derrière un rideau de velours que j'avais presque pris pour une fenêtre. Du chêne sombre, une poignée eniton, pas de trou de serrure de mon côté. Un verrou du sien.À minuit, je suis vêtue d'une fine nuisette en soie, pieds nus sur le marbre froid, à la fixer comme si elle était vivante.Des pas de l'autre côté.Allers et retours. Lents. Agités. Onze pas dans un sens, une pause, onze pas dans l'autre. Je les compte de la même façon que je comptais les roses sur la tombe de mon père.Lui non plus ne peut pas dormir.Je ne décide pas de bouger. Ma paume vient simplement se poser contre le bois, à plat, comme si je pouvais le sentir à travers. Le chêne est frais. Puis, comme s'il savait, les pas s'arrêtent.Silence.« Isabella. »Sa voix est basse, rauque d'insomnie, et elle traverse la porte de si près qu'on dirait un souffle sur mon oreille.« Comment savais-tu que j
Je me réveille mariée.Des draps de couleur crème. Un baldaquin de soie blanche. La lumière d'hiver qui s'incline obliquement sur une bague que j'ai oublié d'enlever. Pendant une seconde, je ne sais pas où je suis.Puis je me souviens de la carte.Demande à ton mari où il était la nuit où ton père est mort.Je la plie en petit format et la cache dans la doublure de mon manteau avec la clé. Mes mains tremblent. Je me dis que je n'ai pas peur.Un coup frappé à la porte. Une petite femme aux cheveux argentés se tient sur le seuil, un plateau de petit-déjeuner à la main et une enveloppe.« Madame Alvarez. Je gère la maison. Vos règles. »Je les lis debout. Pas question de quitter le domaine sans deux escortes. Tous les téléphones remis à Marco. Des caméras dans toutes les pièces communes. Le personnel ne discutera pas des affaires de la famille avec l'Épouse.« Vous n'êtes pas sérieuse. »« Votre téléphone, señora. » Son visage ne bouge pas. « Mieux vaut moi que Marco. »Je le lui tends.
Le verre résonne encore contre le marbre lorsque Roman se lève.« Pardonnez à ma belle-mère. Elle n'a pas mangé depuis deux jours. Marco. »Marco est déjà aux côtés de ma mère. Elle se laisse guider hors de la pièce, le visage blême, sans se retourner. Roman lève son verre vers l'assemblée.« Aux nerfs. Puissent-ils tous coûter aussi cher. »La salle éclate de rire. Un violon commence à jouer. L'instant glisse sous la surface comme s'il n'avait jamais existé.Je fais mine de me lever. « Je dois aller la voir. »Sa main trouve le bas de mon dos. Peau contre peau, car la robe ne laisse presque rien entre nous. Il ne me retient pas de force. Il se contente de me maintenir, son pouce traçant un cercle lent contre ma colonne vertébrale.« Pas encore. Ils regardent. »« C'est ma mère. »« Et elle est en sécurité. Je le promets. » Sa voix baisse d'un ton. « Reste avec moi. Je t'en prie. »Je t'en prie. Je ne l'avais jamais entendu le dire auparavant.Je m'assois.Les requins s'approchent un







