เข้าสู่ระบบLe corps gisait dans l'herbe humide près du poste de l'est, la gorge tranchée d'un geste net, presque professionnel — pas la marque d'une rixe entre soldats ivres, mais celle d'un travail fait vite, et fait par quelqu'un qui savait exactement ce qu'il faisait.
Ren s'accroupit près du cadavre, écartant les hommes qui s'étaient massés autour, et étudia le visage à la lueur des torches. Un inconnu — la trentaine, des mains calleuses de commerçant plutôt que de soldat, aucune arme sur lui hormis un petit couteau resté dans sa gaine, jamais dégainé.
— On ne le connaît pas, Commandant, dit un des gardes. Pas de la garnison. Peut-être un marchand de passage.
Ren ne répondit pas tout de suite. Il fouilla les poches du mort avec la précision froide qu'exigeait ce genre de travail, et trouva, cousu dans la doublure du manteau, un morceau de parchemin plié en quatre, presque invisible si l'on ne cherchait pas exactement à cet endroit.
Il le déplia à la lumière de la torche.
Un nom. Un seul, tracé d'une écriture serrée, nerveuse — le genre d'écriture d'un homme qui rédige en sachant qu'il n'a peut-être pas le temps de finir la phrase suivante.
Verel.
Ren resta un long moment immobile, le parchemin entre les doigts, sentant le sol se dérober un peu sous lui pour la deuxième fois de la journée.
Ce n'était pas une coïncidence. Un homme sans lien apparent avec la garnison, retrouvé assassiné à quelques centaines de pas des murs de Fenmarch, portant sur lui, caché, le nom de la famille dont Ysaline avait pris tant de peine à effacer toute trace.
Elle est en danger. Plus qu'elle ne le sait elle-même, peut-être.
— Personne ne touche à ce corps avant que je revienne, dit-il en se relevant, la voix plus dure qu'il ne l'avait voulu. Et que personne ne parle de ce nom à qui que ce soit. À qui que ce soit, est-ce clair ?
Les hommes hochèrent la tête, trop habitués à son autorité pour poser des questions.
Il retrouva Maël dans la cour, en train de superviser la fermeture des portes pour la nuit.
— Alors ? demanda Maël, en voyant son visage.
— Le mort portait le nom Verel sur lui, dit Ren, à voix basse, en s'assurant qu'aucune oreille indiscrète ne traînait. Caché, cousu dans son manteau.
Maël pâlit visiblement.
— Tu crois que c'est lié à... elle ?
— Je ne crois rien encore. Mais je n'aime pas les coïncidences, et celle-ci en est une de trop.
Maël hésita, puis posa la question que Ren évitait de se poser lui-même depuis une heure.
— Qu'est-ce que tu comptes faire ?
Ren regarda vers la tour du commandement, où une lumière brûlait encore à la fenêtre d'Elowen — non, se corrigea-t-il intérieurement, à la fenêtre d'Ysaline — et sentit quelque chose se durcir en lui, une résolution plus ancienne que toute stratégie, plus simple aussi.
— Je vais lui poser la question directement, dit-il. Elle a le droit de savoir ce qu'on a trouvé. Et moi, j'ai besoin de savoir jusqu'où va vraiment ce qu'elle me cache encore.
— Tu comptes lui montrer le parchemin ?
Ren serra le morceau de papier dans son poing, sentant le bord rêche contre sa paume.
— Je compte lui montrer, dit-il, et regarder attentivement son visage pendant qu'elle le lira. Parce qu'une chose est certaine, Maël : soit elle sait déjà qui était cet homme, et elle a peur. Soit elle l'ignore complètement — et dans ce cas, quelqu'un, ici même à Fenmarch, en sait bien plus qu'elle sur les dangers qui la guettent.
Il traversa la cour à grands pas, le parchemin toujours serré dans sa main, sans remarquer, dans l'ombre d'un renfoncement près des écuries, la silhouette de Corentin Vale qui l'observait s'éloigner — et qui, un instant plus tard, se glissa hors du domaine par une porte que personne d'autre n'était censé connaître.
Elles chevauchèrent en silence une bonne partie du chemin du retour, chacune digérant à sa manière l'ampleur de ce qu'elles venaient d'apprendre.— Une trahison envers le royaume tout entier, dit enfin Ysaline, rompant le silence. Pas simplement une vengeance contre notre famille. C'est bien plus grand que ce que nous imaginions.— Et bien plus dangereux, dit Liora. Un homme qui trahit son propre pays par rancœur ne reculera devant rien pour protéger un secret de cette ampleur.Elles arrivèrent à Fenmarch à la tombée de la nuit, et trouvèrent Ren les attendant dans la cour, visiblement soulagé de les voir revenir saines et sauves, mais l'inquiétude encore lisible sur son visage.— Alors ? demanda-t-il, sans même attendre qu'elles aient mis pied à terre.— Vaine trahit le royaume, dit Ysaline, une fois à l'intérieur, dans le bureau où Corentin les rejoignit rapidement. Il s'est allié avec le pays voisin par rancœur, à cause de terres perdues à la frontière est, il y a des années. La Co
Le domaine de la Comtesse Elvane se trouvait à une journée de cheval de Fenmarch, un manoir plus modeste que dans les souvenirs de Liora, mais tout aussi chargé de cette élégance étudiée qui caractérisait chaque détail de la vie de la Comtesse.Elles s'étaient présentées sous une identité soigneusement construite — deux nobles dames de province, cousines éloignées d'une famille tombée en disgrâce mais cherchant à se rétablir dans les bonnes grâces de la cour, une histoire assez proche de la vérité pour être racontée avec conviction, assez éloignée pour ne réveiller aucun soupçon.— Mesdames, dit la Comtesse en les accueillant dans son salon, un sourire poli mais évaluateur sur les lèvres. Quel plaisir de recevoir de nouvelles visiteuses. On me dit si peu de choses, ici, loin de la capitale.— C'est précisément ce que nous espérions, dit Liora, avec un sourire qu'elle sentait remonter d'un lieu ancien en elle, une habileté sociale qu'elle croyait avoir perdue depuis dix ans passés loin
Ysaline trouva sa sœur, deux jours après son arrivée à Fenmarch, penchée avec une attention inattendue sur les copies de registres étalées dans le bureau qu'on lui avait laissé.— Tu n'es pas obligée de t'y intéresser, dit-elle, en s'approchant. Tu as bien assez enduré sans qu'on t'ajoute nos batailles sur les épaules.— C'est déjà ma bataille, dit Liora, sans lever les yeux du document qu'elle étudiait. Vaine a détruit notre famille avant de détruire quoi que ce soit d'autre. Je ne compte pas rester à l'écart pendant que d'autres se battent pour moi.Elle désigna une ligne du registre, le doigt appuyé fermement sur un nom qu'Ysaline n'avait pas remarqué jusque-là.— Ce nom, dit Liora. La Comtesse Elvane. Je l'ai rencontrée plusieurs fois, avant la chute de notre famille — elle recevait souvent Lord Vaine dans son salon, à une époque où je ne comprenais pas encore ce que cela signifiait vraiment. Si elle figure dans ces registres comme intermédiaire de paiement, ce n'est probablement
Ils décidèrent, dans les jours qui suivirent, de faire ramener Liora à Fenmarch plutôt que de la laisser exposée plus longtemps au couvent, aussi discret celui-ci fût-il devenu depuis l'incident. Maël partit lui-même avec une petite escorte de confiance, sous couvert d'une mission de ravitaillement, pour ne pas attirer l'attention sur le véritable objectif du voyage.En son absence, Ren consacra ses journées à surveiller Brasten d'un œil et à assembler, avec Ysaline, les pièces éparses de leur dossier contre Vaine — un travail lent, méthodique, qui avançait par fragments minuscules, chaque preuve arrachée à des registres poussiéreux ou des rumeurs prudentes.Ce fut au marché de la ville basse, où Ren s'était rendu en personne pour évaluer discrètement les réserves de la garnison, qu'il entendit pour la première fois la rumeur.— On dit que le Prince va enfin rentrer, disait un marchand de tissus à son voisin, sans se douter que le commandant de la garnison se trouvait à portée de voix
La lettre tremblait encore entre ses doigts quand Ren la lui prit doucement des mains pour la relire lui-même, son visage se fermant à mesure qu'il en assimilait le contenu.Ton silence sera pris pour une réponse, Capitaine. Le couvent de Sainte-Aubine n'est pas aussi hors d'atteinte que tu sembles le croire.— Il bluffe peut-être, dit Ren, sans grande conviction.— Non, dit Corentin, la voix rauque. Vaine ne menace jamais sans avoir déjà les moyens d'agir. S'il dit qu'il sait où est le couvent, c'est qu'il a déjà des hommes prêts à s'y rendre.Ysaline pâlit, portant une main à sa bouche.— Nous devons envoyer quelqu'un la protéger, dit-elle, immédiatement. Maintenant, avant qu'il ne soit trop tard.— Trois jours de cheval, dit Ren, la voix tendue par le calcul rapide qu'il effectuait déjà. Même en partant à l'instant, même au galop, nous ne serions pas certains d'arriver avant ses hommes, s'ils sont déjà en route.Corentin sentit une vieille terreur remonter en lui, familière et pour
Ils décidèrent, après une nuit de discussion tendue, de laisser le message de Brasten poursuivre son chemin, légèrement modifié par les soins habiles de Maël — assez pour brouiller la piste de Corentin sans éveiller les soupçons de l'espion sur le fait que sa correspondance avait été interceptée.— Un délai, dit Ren, en refermant la porte de son bureau derrière eux tous. C'est tout ce que nous pouvons espérer gagner. Assez de temps pour rassembler des preuves solides avant que Vaine ne décide quoi faire de Corentin.— Alors utilisons ce temps, dit Ysaline, en étalant sur la table les copies des registres qu'elle avait rapportés de la tour nord, des mois plus tôt maintenant, il lui semblait, tant de choses avaient changé depuis.Elle avait passé la matinée à recouper les dates de livraison avec les registres de solde de la garnison, cherchant le fil ténu qui relierait ce fournisseur d'armes suspect aux coffres personnels de Lord Vaine. Ce travail, méthodique et patient, était exactemen







