Mag-log inAdrian resta assis au volant pendant un long moment après être sorti de Havenridge. Il ne se souvenait pas avoir allumé la radio. Il ne se souvenait pas avoir répondu aux trois appels de Daniel. Tout ce dont il se souvenait, c était de serrer le volant et de fixer la route devant lui pendant que l image d Elena restait gravée dans son esprit. Elle souriait.
Pas ce sourire poli qu elle lui adressait de l autre côté de la table du petit-déjeuner, ni le petit sourire qu elle affichait en lui demandant s il avait mangé. Non, ce sourire était différent. Chaleureux. Sans retenue. Vrai. Adrian avala sa salive. Elle avait l air heureuse. Et d une certaine manière, cela faisait plus de mal que si elle avait pleuré. Parce qu autrefois, il s était considéré comme l apporteur de bonheur dans la vie d Elena. Elle avait trouvé la paix auprès d un autre homme après l avoir quitté. Adrian gagna le bas-côté de la route et fixa le pare-brise d un air absent. Il pouvait voir Elena assise à côté de lui pendant le dîner, attendant patiemment qu il termine son appel. Il pouvait l entendre demander : Tu viens t coucher ? et lui répondre : Dans un moment. Parfois il ne venait jamais ; parfois elle s endormait avant lui. Il se souvenait à quel point elle essayait souvent de le faire parler ; à quel point il interprétait mal ses tentatives. Il se souvenait des nombreuses occasions qu il avait eues de réaliser que sa femme se sentait seule, et il n en avait saisi aucune. Adrian posa sa tête contre le volant. À quoi je m attendais ? Qu elle continue de dépérir dans la souffrance ? Qu elle se cache dans un coin sombre en attendant qu il vienne à son secours ? Que son monde entier tourne autour de ses sentiments à lui ? Cette pensée lui serra la poitrine. Elena avait parfaitement le droit de tourner la page, même si cela signifiait avancer sans lui. Son téléphone vibra à nouveau dans sa main. Cette fois, il répondit. Adrian ? La voix de Cheryl traversa le haut-parleur. Est-ce que ça va ? Adrian prit une profonde inspiration. Je l ai vue. Il y eut un temps d arrêt. Tu t es approché d elle ? Non. Est-ce qu elle t a vu ? Je ne pense pas. Cheryl expira. C est bien. Adrian faillit ricaner. C est bien. C était bien. Il avait passé des mois à chercher Elena et la seule chose qu il ressentait en la trouvant était une douleur sourde qui lui tordait les entrailles. Elle avait l air heureuse, dit-il. Cheryl resta silencieuse un instant. Elle riait avec Marisol. Elle avait la main sur son ventre. Sa voix devint plus douce. Elle avait l air paisible. Cela devrait te rendre heureux. C est le cas. Alors pourquoi as-tu l air d avoir le cœur brisé ? Adrian ferma les yeux. Parce que ce n est pas moi qui l ai rendue heureuse. Cheryl garda le silence un moment. C est peut-être quelque chose que tu dois accepter, dit-elle finalement. Je sais. Tu ne peux pas faire dépendre son bonheur du fait qu elle revienne ou non vers toi. Je sais. Et tu ne peux pas te punir éternellement non plus. Adrian baissa les yeux vers son alliance. Je ne sais rien faire d autre. Cela s apprend. L appel prit fin peu après. Adrian resta assis dans la voiture pendant encore dix minutes avant d allumer le moteur. De retour au penthouse, le silence était assourdissant. Adrian franchit la porte d entrée et réalisa pour la première fois à quel point cet endroit était vide. Il y avait des tableaux élégants accrochés aux murs, des meubles qu Elena avait choisis, des fleurs qu elle avait tenu à acheter pour rendre le salon moins déprimant. Tout était là. Rien autour de lui ne ressemblait au rire d Elena. Adrian se dirigea vers la chambre du bébé. La petite robe blanche qu il avait achetée était toujours pliée sur le fauteuil à bascule. Il la ramassa délicatement, pensant à la façon dont Elena se tiendrait là en portant leur fille. Puis il se rappela l apparence qu elle avait à Havenridge. Elle se construisait une vie avec quelqu un d autre ; une vie qui ne l incluait pas. Adrian raccrocha la robe sur le fauteuil à bascule. J espère qu elle continuera de sourire, murmura-t-il. Ce fut la dernière chose qu il dit en s asseyant dans le fauteuil à bascule, fixant le berceau vide. Quel genre de père ai-je envie d être ? Adrian avait l argent, le pouvoir, l influence. Il pouvait tout donner à son enfant sans jamais avoir à s inquiéter des conséquences. Mais et s il devenait comme son père ? Et si les sacrifices qu il faisait pour subvenir aux besoins de son enfant finissaient par lui faire du mal ? Adrian sortit son téléphone. Daniel lui avait envoyé plusieurs messages texte. La réunion du conseil d administration a été reportée à vendredi. Londres attend une confirmation. Voulez-vous toujours que je garde l agenda international libre ? Daniel, répondit-il par message. Oui. Garde-le libre. Il marqua une pause avant d ajouter une autre ligne. Et réduis mes déplacements inutiles de manière permanente. La réponse de Daniel fut presque immédiate. C est compris. Adrian posa le téléphone sur la table et regarda autour de lui. Pour une fois, il n avait nulle part où aller. Pas de réunions de conseil, pas de vols hors du pays, pas d investisseurs attendant la prochaine grande idée d Adrian Shepherd. Seulement une chambre de bébé vide et la prise de conscience du genre d homme qu il était autrefois. Ce soir-là à Havenridge, Elena était assise sur le porche avec Marisol. Le lac scintillait sous la lumière tombante. Elena posa ses deux mains sur son ventre. Elle a encore bougé, dit Elena. Marisol sourit. C est définitivement une fille. Tu n en sais rien. Je le sais. Elena rit. Le son s envola dans la cour paisible où aucune des deux femmes ne réalisa qu une voiture était passée devant la maison il y avait bien longtemps et se trouvait désormais à des kilomètres de là. Elena regarda vers le lac. Je crois que je vais enfin bien. Marisol la regarda. Vraiment ? Elena hocha la tête. J ai toujours peur. Je ne sais toujours pas ce qui va se passer. Mais je ne passe plus ma vie à me réveiller chaque jour en me demandant pourquoi mon mari ne veut pas de moi. Les doigts d Elena frôlèrent doucement son ventre. J ai toi. J ai ce bébé. J ai mon travail. Elle sourit. Et peut-être que cela suffira pendant un moment. Marisol lui serra la main. Pour l instant, dit-elle. Elena s adossa dans son fauteuil à bascule. Pour la première fois, l avenir ne semblait plus si effrayant. Il semblait juste différent. Et quelque part dans un autre État, Adrian était assis seul dans une chambre de bébé remplie de choses qui ne lui appartenaient pas, réalisant enfin que s il voulait faire partie de ce nouvel avenir qui ne l incluait pas, il allait devoir se battre pour cela.Cheryl fut la première à remarquer qu’Adrian avait cessé de poser des questions. Pendant plusieurs mois, il semblait attendre de ses nouvelles à chaque lever de soleil. Chaque piste. Chaque endroit possible où Elena aurait pu se cacher si elle n’avait pas déjà quitté la ville. Il voulait tout ce qu’elle pouvait lui fournir. Des noms, des dates, des lieux, des contacts, tout ce qui pouvait l’aider à retrouver sa femme. Désormais, même trois jours après son retour en ville, le téléphone de Cheryl restait silencieux sans aucun de ses appels. Elle n’y pensa pas grand-chose au début. Cela aurait pu être une semaine chargée pour lui.Puis une autre semaine passa. Cheryl finit par prendre le téléphone et l’appela. Il répondit à la deuxième sonnerie. Cheryl. Je pensais que tu aimerais avoir des nouvelles. Une pause. À propos d’Elena? Cheryl entendit le soupir à l’autre bout de la ligne avant qu’Adrian ne reprenne la parole. Elle est toujours à Havenridge, dit-elle. Je le sais, répondit-il.El
Elena regarda les trois petits points sous le nom d’Adrian disparaître, puis réapparaître, puis disparaître à nouveau. Elle faillit rire. Il choisissait probablement chaque mot pour ce message, même à travers un écran de téléphone. Elle n’était pas sûre de savoir si cela était un réconfort ou une menace. Finalement, son message arriva. Tu n’es pas obligée de savoir.Elena le fixa, et un autre message arriva. Pas ce soir. Pas demain. Pas tant que tu ne seras pas prête. Sa gorge se serra. Elle s’était attendue à une explication, peut-être à des excuses, peut-être même à une tentative désespérée de la convaincre qu’il était différent de ce qu’elle pensait autrefois. Au lieu de cela, il lui avait donné la permission de ne pas décider. Elena posa le téléphone contre sa poitrine et ferma les yeux.Qu’est-ce qu’il dit? demanda Marisol. Il a dit que je n’étais pas obligée de savoir. La bouche de Marisol esquissa un doux sourire. Cela ressemble bien à Adrian. Non. Elena ouvrit les yeux. Pas du
Elena regarda le message sur son téléphone. Pourquoi es tu ici? Elle avait envoyé le message avant d avoir le temps de se rétracter. Désormais, il ne lui restait plus qu une seule option: attendre. De l autre côté de la pièce, Marisol était blottie dans le coin du canapé, observant chaque battement de cœur et chaque changement sur le visage de son amie. Tu lui as demandé? Elena hocha la tête. Et? Il dit quoi? Il écrit. Marisol s approcha doucement. Alors respire. Je respire. Tu regardes le téléphone comme s il avait commis un meurtre. Un sourire effleura les lèvres d Elena malgré les circonstances.Puis l indicateur de saisie disparut. Un nouveau message le remplaça. Parce que je voulais être assez près pour savoir que tu étais en sécurité. Un souffle de soulagement mêlé au choc séchappa des poumons d Elena. Elle relut la phrase plusieurs fois, comme si elle cherchait quelque chose caché derrière les mots. Puis un autre message apparut. Mais je ne suis pas venu pour te forcer à me voi
Elena était assise sur le bord du lit, observant son téléphone. Le message quelle avait envoyé restait affiché sur lécran: Es tu à Havenridge? Elle ne sétait pas attendue à en arriver là, ni à être celle qui tenterait de réduire la distance quelle avait tant travaillé à créer entre Adrian et elle. Son cœur fit un bond lorsque le téléphone émit un signal sonore, mais une minute passa, puis une autre, puis dix, sans quaucun texte ne vienne. Elena posa lappareil à côté delle et se leva pour sapprocher de la fenêtre, où la ville paisible sétendait devant elle.Quelques porches laissaient filtrer des lumières tamisées, le lac brillait au delà des arbres et plus loin encore, la route par laquelle Adrian était passé demeurait visible. Quelque part dans Havenridge, à seulement quelques rues de là, se trouvait lhomme à qui elle avait autrefois promis de passer sa vie. Cette simple pensée lui tordit lestomac en un nœud de chagrin. Elle posa une main contre la vitre froide et ferma les yeux. Pen
C était un lundi matin quand Elena remarqua quelque chose d anormal pour la première fois. Un événement insignifiant qui, en soi, ne voulait rien dire. Elle revenait de la boulangerie, un sac en papier calé sous le bras, lorsqu elle vit une berline sombre garée près du coin de la rue. Elle ralentit jusqu à s arrêter. La voiture lui était familière. Pas le véhicule exact, mais c en était un qu elle avait déjà vu. Son esprit remonta jusqu à la route devant le cottage, au café et à cet après midi où elle avait eu la curieuse impression d être observée.Elena s arrêta à côté du portail. La berline resta là où elle était. Ses vitres étaient teintées, elle ne pouvait donc pas voir à l intérieur. Elle la fixa pendant quelques secondes avant que la vue ne soit masquée par le passage d une camionnette de livraison. Lorsqu elle fut passée, la berline avait disparu et son cœur battait la chamade. Elle reprit sa marche vers le cottage, chassant déjà ce qu elle venait de voir. Il n était pas rare
Adrian resta à Havenridge. Pas devant le cottage d Elena, pas à surveiller ses fenêtres et pas à demander à Cheryl de garder un œil sur elle. Il trouva un petit hôtel de l autre côté de la ville et sy enregistra sous son propre nom. Il se dit quil resterait quelques jours. Il ny avait pas de raison particulière, du moins pas une quil pouvait expliquer à qui que ce soit. Cétait simplement quil sentait quil nétait pas prêt à quitter la région. Peut-être quêtre proche d Elena, sans pour autant simmiscer dans sa vie, laiderait à comprendre ce que signifiait réellement attendre.Le premier matin, il se réveilla avant le lever du soleil. Pendant un instant, il oublia où il se trouvait. Puis il se rappela. Havenridge. Elena était quelque part dans les environs. Son premier réflexe fut de shabiller et de conduire vers le cottage. Il lutta fortement contre cette impulsion. Au lieu de cela, il descendit et déambula dans la salle à manger de lhôtel. Sa routine habituelle consistait à commander u







