MasukElena avait passé la majeure partie de la nuit éveillée, à fixer le plafond. Le sommeil etait trop souvent interrompu par des visions d Adrian debout sur le pas de la porte de leur ancien appartement de grand standing. Suivies par le souvenir du test de grossesse bon marché qui gisait oublié dans un tiroir. Puis l image de la chambre de bébé vide, la bague sur le comptoir de la cuisine, l insupportable question qui lui tournait dans le ventre depuis son retour chez elle. Que allait-elle faire lorsque son enfant serait assez grand pour demander des comptes sur son père?
Au matin, elle tenait une tasse de thé à la table de la cuisine, pour réaliser ensuite qu elle n avait pas pris plus de deux ou trois gorgées. Marisol n etait pas surprise. Tu recommences. Elena leva les yeux de son thé. Je fais quoi ? Tu te tritures l esprit jusqu au coma. Je ne savais pas que penser etait un crime. Cela devrait l être, quand tu le fais à trois heures du matin. Elena s autorisa un faible sourire, qui s effaça presque aussitôt. Marisol prit place en face d elle. Tu penses à Adrian. Elena tourna son regard vers la fenêtre. Je pensais au bébé. Ce n est pas un non. Elena soupira. Je ne sais pas quoi faire. Marisol ne répondit pas tout de suite. Elle avait appris à laisser à Elena de l espace pour parler, quand la jeune femme choisissait de parler. Je pensais que déménager rendrait les choses plus faciles, dit Elena, je pensais qu une fois hors de sa portée, je serais capable de respirer. C est le cas. Vraiment. Seulement maintenant---- Elle baissa les yeux sur son ventre rond. Maintenant, il y a quelqu un d autre que je dois prendre en considération. Marisol hocha la tête. Elena ma chère, je dois te poser une question, et je dois te demander d être parfaitement honnête. D accord. Gardes-tu Adrian à l écart parce que tu crois qu il sera dangereux pour le bébé? Non. Fera-t-il délibérément du mal au bébé ? Non. Abandonnera-t-il le bébé? Je---- Elena hésita. C est différent. Les doigts d Elena se resserrèrent autour de la tasse. Il m a abandonnée. Il t a déçue. Elena leva les yeux, surprise. Il décevra le bébé, lui aussi. Non, dit fermement Marisol, il y a une énorme différence entre ce qu Adrian etait pour toi en tant qu époux et ce qu il serait pour---- Il ne va pas faire ce choix pour moi ! Ne sois pas obtuse, la réprimanda doucement Marisol. Je ne veux pas faire ce choix pour lui non plus. Alors que veux-tu ? Marisol étudia attentivement Elena. Je veux qu il reste à l écart de mon enfant. Tu crains qu il ne fasse du mal------ Non ! dit fermement Elena. Marisol resta silencieuse un instant. Puis elle continua, ------du mal au bébé, oui. Alors je protégerai le bébé. Si Adrian vient te voir pour la garde---- Il ne l aura pas. La voix d Elena etait tendue. S il décide que---- Alors tu devras prendre une nouvelle décision. Elena hésita, puis secoua la tête. Je ne veux pas-----je ne veux pas qu il aime notre enfant si cela signifie qu il aura le droit de me faire du mal à nouveau. Il n obtient pas le droit de te faire du mal simplement parce qu il aime son enfant, répondit Marisol. Elena la regarda avec étonnement. Cela ne peut pas être---- Ce sont deux questions distinctes, dit patiemment Marisol, en prenant les doigts d Elena dans les siens. Tu n es pas obligée de te remarier avec lui pour le laisser être un père pour le bébé. Le souffle d Elena se bloqua dans sa gorge. Elle n avait pas pensé aux choses en ces termes. Elle et Adrian n avaient jamais été autre chose que mari et femme, dans les bons comme dans les mauvais moments. Au cours des années depuis le divorce, la notion qu ils puissent être quoi que ce soit de plus que cela lui avait été insupportable. S il savait pour l enfant, il voudrait voir le bébé. S il voulait voir le bébé, il devrait se remarier avec elle. S il se remariait avec elle---- . Elle ne voulait pas tout perdre à nouveau. Mais etait-ce vraiment la seule alternative ? Pouvait-il connaître son enfant sans la réclamer comme son épouse ? Elena secoua la tête. Je ne lui fais pas confiance. Tu n en as pas besoin, répondit Marisol. Alors comment puis-je le laisser s approcher du bébé ? En lui faisant mériter ta confiance. Elena la fixa avec incrédulité. Tu me demandes de---de faire confiance à un homme qui ne s fait même pas confiance à lui-même ! Marisol lui serra la main. Peut-être peux-tu lui apprendre à te faire confiance. Et s il s impose par la force---- Marisol tapota les doigts d Elena. Passe ton chemin. Et si---- Tu fixes de nouvelles limites, dit fermement Marisol, mais tu ne punis pas l enfant pour tes craintes. Elena sursauta à ces mots, puis retira sa main. Je ne ferais jamais---- Je sais cela, répondit Marisol, mais le fait même de craindre de faire du mal à ton enfant peut aveugler une mère sur le fait qu elle l aime sincèrement. Les yeux d Elena se remplirent de larmes. Et si----si mon enfant----grandit et----et me demande pourquoi j ai----pourquoi j ai---- Marisol resta silencieuse pendant un long moment. Puis elle dit, C est la question que tu devrais te poser. Elena essuya son œil. Je pourrais leur dire la vérité. Oui. Que leur père et moi---- Oui. Que j ai----dû----partir---- Marisol hocha la tête. C est bien différent de leur dire que tu as gardé leur père à l écart---- Elena regarda vers la fenêtre où le soleil du matin s étirait déjà à travers le jardin, faisant trembler les campanules sous la brise. Elle se souvint d avoir nommé son projet d après ces fleurs, des êtres fragiles qui ne pouvaient supporter l hiver que si elles étaient enracinées assez profondément dans la force du sol. Il etait peut-être temps d apprendre à s enraciner dans quelque chose de plus fort que la peur. Elena se tourna de nouveau vers Marisol. Je ne veux toujours pas le voir. Tu n es pas obligée. Je ne veux pas qu il----qu il sache où je suis pour l instant. Alors ne le lui dis pas. Elena hocha la tête. Mais un jour---- Marisol attendit. Un jour, s il-----s il se révèle être un vrai----un vrai père, alors---- Les lèvres de Marisol étirèrent un sourire. C est tout ce que je te demande. Elena laissa échapper un rire sans conviction. Tu es bien têtue. Tu l es aussi. Pendant un moment, elles restèrent assises dans un silence confortable, jusqu à ce que le bébé bouge, et la main d Elena resta suspendue au-dessus de son ventre rond. Un autre petit effleurement contre sa paume, et Marisol affichait un grand sourire. Je crois que nous venons de trouver un terrain d entente. Elena rit doucement, puis secoua la tête. Ne-----ne mêle pas le bébé à ça ! Trop tard ! ricana Marisol, Le bébé a un excellent jugement. Elena rit, le son etait léger et joyeux pour la première fois depuis très longtemps. Plus tard cet après-midi-là, Elena retourna à son bureau et ouvrit son cahier. Elle tourna une page blanche, la contemplant pendant un long moment avant d écrire soigneusement la phrase suivante : Je protégerai mon enfant, mais je ne laisserai pas la peur régir ma vie. Elle fixa les mots un temps, puis ferma le livre. Ce n etait pas une réponse, mais c etait un début. Pendant ce temps, à deux comtés de là, Adrian ouvrait le même genre de cahier, et feuilletait les pages jusqu à trouver celle qui contenait les mots qu Elena avait écrits. Sachant très bien où elle se trouvait. Sachant qu elle etait en sécurité. Sachant qu elle portait son enfant. Sachant----enfin----qu il n etait plus temps de la chercher, mais plutôt de mériter le droit de la voir. Il ferma le livre, et se tourna vers Cheryl, qui attendait au téléphone. Laisse-lui du temps, dit-il simplement. Il y eut une pause. En es-tu certain ? Adrian regarda par la fenêtre où le soleil du matin traversait déjà le jardin, illuminant les campanules dans une douche de lumière dorée. Non, dit-il enfin. Mais j apprends que ce n est pas de l amour si cela n inclut pas le choix de la laisser partir. Au cottage, Elena ferma son livre. Marisol ne savait pas combien de temps il s écoulerait avant que tous les deux ne soient plus si éloignés, mais quelque chose etait en train de changer----- Ni l un ni l autre ne fuyait, désormais. Pas aveuglément. Pas aveuglément, vers le même endroit. Elena n etait plus prête à sacrifier son propre bonheur par devoir envers le souvenir de son mariage. Adrian n etait plus prêt à tout sacrifier pour prouver qu il l aimait. Pour l instant, il faudrait qu il suffise qu il apprenne. Et elle etait prête à lui enseigner. Parfois, l amour signifiait savoir attendre.CherylL enveloppe n avait rien de special. C est pourquoi j y ai prete attention. Si vous cherchez des informations sur Elena, les indices les plus vitaux s annoncent rarement. Ils peuvent apparaître dans une base de donnees, un reçu oublie, ou une adresse anodine griffonnee sur le coin d une enveloppe professionnelle.Je me suis adossee a un dossier sur mon bureau. Bellflower. Voss Textiles. Dossiers de distribution. Factures. Rien d anormal. Rien qui suggererait ou chercher des informations sur Elena Marisol Voss. Pas avant les informations d expedition. L adresse n etait pas le cottage d Elena. Ce n etait pas non plus l adresse de Marisol. C etait un petit centre d affaires a Havenridge.Je me suis penchee en avant et j ai jete un coup d œil au nom associe au compte. Bellflower Design Studio. J ai verifie la date sur l enveloppe, puis un autre document avec la meme adresse mais une date differente. Puis un autre. Il etait assez clair qu Elena recevait de la correspondance professi
AdrianLa chambre de bebe etait prete. C etait bien cela le probleme. Elle etait entierement prete pour un enfant qui n y avait jamais mis les pieds. J etais debout sur le seuil de la porte ce soir-la, une main pressee contre le cadre, observant la piece. Le berceau etait place sous la fenetre. La petite couverture blanche pliee soigneusement a ses pieds. La petite robe que j avais achetee il y a des mois etait toujours placee dans la vitrine a l interieur. Sur le mur, la plaque en bois proclamait: Vous etes aimee.J avais pense a ces mots comme a la promesse la plus simple que je pouvais faire. Ce soir, cependant, ces mots ressemblaient a un poids. Je suis entre dans la piece. Elle etait silencieuse. Pas paisible, mais en attente. Je me suis approche du berceau et j ai pose ma main sur le rebord en bois. Pendant des mois, j avais imagine cette piece remplie de sons. Les pleurs d un enfant a deux heures du matin. De petits pas a mesure qu elle grandissait. Des rires. Elena me disant q
ElenaLe cottage etait exceptionnellement calme cet apres-midi-la. Marisol etait allee en ville pour acheter des commissions et les medicaments que le docteur Whitfield avait prescrits. On m avait ordonne de me reposer et je etais donc assise dans le salon avec une couverture sur les jambes et un verre d eau sur la table a cote de moi. Mon corps etait fatigue, mais pas mon esprit. Il n arretait pas de retourner a l hopital. Les moniteurs, les lumieres vives, le son du rythme cardiaque d Amara et Adrian. Surtout Adrian.Ses messages etaient toujours ouverts sur mon telephone. J aurais aime y etre moi aussi etait une phrase que j avais lue tant de fois que je pouvais presque imaginer sa voix me la lire. Il n y avait aucune exigence dans ses mots, ni aucune tentative de me faire culpabiliser pour que je reponde. Ils enonçaient simplement la verite, et cette verite etait difficile a ignorer. J ai pris mon telephone. Son nom etait tout en haut de mes messages recents. Je l ai fixe.L appel
ElenaLe matin est venu, calme. Je me suis reveillee au doux son de pas dans le couloir et au bip du moniteur a cote de mon lit. J ai oublie ou je me trouvais. Puis j ai vu le plafond de l hopital. La perfusion dans mon bras. Le moniteur enroule autour de mon ventre. Et Marisol endormie dans le fauteuil a cote de moi. Je me suis souvenue de tout. La peur. Le trajet. Les questions. La longue nuit a attendre chaque nouveau resultat.Ma main s est immediatement dirigee vers mon ventre. Bonjour. J ai entendu un doux mouvement en reponse. J ai souri. Tu es toujours la. Mais bien sur qu elle l est. J ai regarde vers la porte. Le docteur Whitfield etait la, une tablette a la main. Je me suis redressee legerement. Comment va-t-elle? Le docteur a souri. Elle va tres bien. Le souffle suivant qui est sorti de moi etait du soulagement.Vraiment? Vraiment. Son rythme cardiaque s est maintenu toute la nuit. Votre examen est rassurant et nous ne voyons pas de signes indiquant que vous avez commence
ElenaA dix heures ce soir-la, je etais convaincue que le pire de la journee etait derriere moi. J avais pris le medicament que le docteur Whitfield avait recommande, j avais bu plus d eau et j avais passe la soiree allongee sur le canape avec les pieds mesures élevés. Marisol n avait presque pas quitte mon regard pendant tout ce temps. Elle a fait de la soupe. Elle s est penchee au-dessus de moi toutes les vingt minutes. Elle a meme réagencé les coussins tout autour de moi comme si le bon ordre ou la bonne disposition allait d une certaine maniere garantir que rien d autre de grave ne se produirait. J ai apprecie cela. Plus que tu ne pourrais jamais le savoir.Tu as besoin de dormir, ai-je dit a Marisol. Toi aussi. C est ce que je fais! Tu fixes la meme partie du plafond depuis quinze minutes. J aime cette partie du plafond. Elle a leve les yeux au ciel. Elle le faisait toujours. J ai souri. Pour la premiere fois depuis le matin, j avais une lueur de normalite, le quotidien banal que
ElenaLa journee a commence normalement. C est ce qui a rendu la frayeur encore plus effrayante. Je me reveillais avant l aube presque chaque jour maintenant, une main sur le ventre. Je restais la pendant quelques secondes en regardant autour du cottage vide sous la douce couverture. Les oiseaux etaient occupes dehors et, quelque part plus loin, une voiture passait de temps en temps. J ai souri en reconnaissant cette sensation familiere sous ma main. Bonjour, petite fille. Il n y a pas eu de coup de pied en reponse.Je ne etais pas trop inquiete parce que ce n etait pas comme si Amara n avait pas un emploi du temps. Du moins, c etait ce que je me disais. Je me suis levee, j ai mis des vêtements confortables et j ai rejoint Marisol dans la cuisine qui preparait deja le petit-dejeuner. Tu as l air fatiguee, a-t-elle dit en m observant. Je le suis. Tu m as dit cela chaque jour cette semaine. Parce que je suis enceinte chaque jour cette semaine. Elle a ri doucement puis m a fait un sourir







