FAZER LOGIN— À part le fait qu'on doit sourire à des hommes qui ont probablement plus d'argent que de conscience ? demanda Inès. Non.
— Apparemment, il y aura beaucoup de monde ce soir.
— Il y a toujours beaucoup de monde, remarquai-je.
— Oui, mais Vivienne a insisté pour qu'on soit toutes présentes. Même celles qui ne participent généralement pas.
Je fronçai légèrement les sourcils.
— Elle a aussi insisté pour qu'on soit agréables, bien coiffées et présentables. Je commence à croire qu'elle nous prépare pour une vente aux enchères.
Inès étouffa un rire.
— Ne lui donne pas des idées.
Nous débouchâmes dans le hall, où plusieurs résidentes terminaient de se préparer. Certaines vérifiaient leurs tenues dans les miroirs, d'autres discutaient à voix basse en attendant les voitures. L'atmosphère était chargée d'une agitation particulière, faite d'excitation, d'appréhension et d'espoir. Pour certaines, cette soirée représentait peut-être la possibilité de quitter enfin l'établissement. Pour d'autres, c'était simplement une occasion de rencontrer des hommes capables de leur offrir un confort qu'elles n'auraient jamais pu se payer seules.
Je connaissais ce sentiment. Celui qui vous pousse à regarder chaque nouvel arrivant comme une possibilité, à vous demander s'il pourrait être celui qui changera votre vie, tout en sachant qu'il peut aussi bien repartir sans se souvenir de votre prénom.
— Jade.
Je me retournai en reconnaissant la voix de Vivienne.
La directrice venait de quitter son bureau. Elle portait une robe bleu nuit parfaitement ajustée, des bijoux discrets et cette expression maîtrisée qui lui donnait toujours l'air de savoir quelque chose que les autres ignoraient.
Elle s'arrêta devant nous et laissa son regard glisser sur nos tenues.
— Vous êtes prêtes, enfin. J'espère que vous avez toutes compris que je ne veux aucun incident ce soir.
— Quel genre d'incident ? demandai-je innocemment.
Vivienne me fixa.
— Ne commence pas, Jade.
—...ça va .. je me demandais juste....
— Et moi, je te demande de faire ce que je dis sans discuter .
Je retins un sourire. J'avais découvert assez rapidement que Vivienne n'appréciait ni les questions ni les personnes qui semblaient trop conscientes de leurs propres droits. Elle préférait les filles reconnaissantes, celles qui se souvenaient qu'elles avaient un toit au-dessus de la tête et qui évitaient de lui rappeler que ce toit était aussi une source de revenus.
— Très bien, répondis-je. Nous serons toutes parfaitement sages.
— Je l'espère. Et toi, Jade, je te conseille de ne pas te montrer trop insistante avec les invités. Ce n'est pas parce que tu as décidé de trouver un arrangement que tu dois te jeter sur le premier homme qui entre dans une pièce.
Je sentis Inès se raidir à côté de moi, mais je lui adressai un léger regard pour lui faire comprendre que je pouvais me débrouiller seule.
— Ne t'inquiète pas pour moi, Vivienne. Je sais me tenir.
— J'en doute parfois.
Elle tourna les talons avant que je puisse répondre, rejoignant deux membres du personnel près de l'entrée.
Je la suivis des yeux, les lèvres pincées.
— Je la déteste, murmurai-je.
— Nous aussi, répondit Sofia.
— Je crois qu'elle m'a choisie comme passe-temps personnel.
Inès posa une main sur mon épaule.
— Tu sais ce qu'on dit : il faut toujours rester polie avec les gens qu'on rêve de pousser dans un escalier.
Je partis d'un rire que je dus étouffer dans ma main lorsque Vivienne se retourna brusquement dans notre direction.
— Vous trois, en voiture. Maintenant.
Nous obéîmes, non sans échanger un dernier regard amusé.
La soirée pouvait commencer.
Le club occupait les étages supérieurs d'un hôtel privé dont l'entrée était dissimulée derrière une façade de pierre claire, à quelques rues des quartiers les plus fréquentés de la ville. Rien, depuis la rue, ne laissait deviner ce qui se trouvait à l'intérieur. Il fallait franchir un vestibule aux murs sombres, traverser un couloir éclairé par des appliques dorées et présenter son nom à un employé avant d'être autorisé à entrer.
Dès que les portes s'ouvrirent sur la salle principale, la musique me saisit.
Les basses vibraient jusque dans ma poitrine, tandis que des faisceaux de lumière glissaient sur les murs de marbre noir et les banquettes de velours bordeaux. Des lustres suspendus au-dessus du bar diffusaient une lumière ambrée qui faisait scintiller les bouteilles derrière les étagères, et les tables basses étaient déjà occupées par des hommes en costume, des femmes vêtues de robes de soirée et quelques groupes dont les conversations semblaient se dérouler dans une bulle privée, à l'abri du reste du monde.
L'endroit était luxueux, incontestablement, mais il n'avait rien d'un salon mondain où l'on venait simplement discuter autour d'une coupe de champagne. Il y avait une scène au centre de la salle, plusieurs barres de danse et des alcôves disposées derrière de lourds rideaux. Des danseuses évoluaient sous les lumières, certaines avec une grâce presque hypnotique, tandis que des hommes installés au premier rang glissaient des billets dans les mains du personnel ou les déposaient au pied de la scène.
Plus loin, des portes discrètes donnaient accès à des salons privés. On voyait régulièrement un homme s'approcher d'une jeune femme, lui murmurer quelque chose à l'oreille et lui tendre la main. Elle acceptait parfois avec un sourire, parfois après avoir consulté une amie du regard, puis ils disparaissaient ensemble derrière l'une des portes.
Personne ne semblait trouver cela étrange.
C'était précisément ce qui me dérangeait le plus.
La Maison des Roses avait beau se présenter comme un refuge, elle nous conduisait dans des endroits où notre avenir pouvait se négocier au détour d'une conversation, entre deux verres de whisky et une promesse de voyage.
Les hommes n'étaient pas tous les mêmes. Certains avaient l'air parfaitement ordinaires, des quadragénaires élégants qui discutaient tranquillement avec les résidentes, leur posaient des questions sur leurs études et semblaient sincèrement intéressés par leurs réponses. D'autres affichaient une assurance plus agressive, le genre de confiance qui leur faisait croire que l'argent suffisait à obtenir n'importe quoi. Il y avait aussi ceux qui ne regardaient presque jamais les femmes dans les yeux, préférant détailler leur silhouette comme s'ils évaluaient un produit avant de faire une offre.
Je n'avais pas besoin de les connaître pour savoir que je devais rester prudente.
— Alors, souffla Inès en se penchant vers moi, tu as déjà repéré ton futur mari ?
— Mon futur mari ? Je croyais qu'on était ici pour trouver des sugar daddies, pas pour organiser un mariage.
— Ça dépend. Si tu tombes sur un vieux milliardaire qui t'offre une bague et un appartement, je ne vais certainement pas t'encourager à refuser.
Sofia attrapa trois coupes sur le plateau d'un serveur et nous en tendit une chacune.
— À nos futures vies de femmes entretenues, déclara-t-elle.
Nous trinquâmes en riant.
Je portai le champagne à mes lèvres, mais mon regard parcourait déjà la salle. Je cherchais Alexander, tout en essayant de ne pas avoir l'air de chercher Alexander. La nuance était importante.
— Au fait, reprit Inès, vous vous souvenez du type avec qui je suis partie la dernière fois ?
Sofia grimaça.
— Celui qui t'avait promis de t'emmener à Milan ?
— Lui-même. Monsieur Je-suis-un-homme-de-parole. Ce connard m'a fait tout un discours sur les femmes qui ne savent pas apprécier les hommes généreux, il m'a emmenée dans une chambre privée et, après ça, plus rien. Pas un message, pas un cadeau, même pas un putain de café. Et devinez quoi ? Il est revenu ce soir.
Elle désigna discrètement un homme assis près du bar, occupé à rire avec une jeune blonde.
— Tu plaisantes ? souffla Sofia.
— Non. Et il est déjà en train de raconter à cette fille qu'il adore gâter les femmes qui savent se montrer reconnaissantes.
Je grimaçai.
— Tu pourrais aller lui renverser ton verre sur la tête.
— J'y ai pensé. Mais je préfère garder mon champagne pour quelqu'un qui le mérite.
— Quelle maturité, dis-je avec admiration.
— Merci. Je travaille beaucoup sur moi-même.
Nous éclatâmes de rire, et pendant quelques minutes, la soirée me sembla presque agréable. Nous parlions des hommes présents, des tenues des autres résidentes et de la possibilité qu'Inès finisse réellement par commettre un meurtre avant la fin de la nuit.
Puis je le vis.
Alexander Blackwood venait d'entrer.
Alexander releva les yeux vers moi, comme s’il n’avait pas été certain d’avoir bien entendu. Assis dans le salon, il avait posé sa veste sur le dossier d’un fauteuil et desserré légèrement le col de sa chemise. Malgré l’heure tardive, il conservait cette allure impeccable qui semblait faire partie de lui, comme si le moindre détail de son apparence répondait à une règle que lui seul connaissait.— Vous acceptez ?Je retins un sourire. Il fallait croire que, pour une fois, j’avais réussi à le surprendre.— Vous avez parfaitement entendu. J’accepte votre proposition.Il resta silencieux quelques secondes, ses yeux sombres fixés sur mon visage, comme s’il cherchait à déceler une hésitation que j’aurais oublié de dissimuler. Je soutins son regard sans ciller. Si je devais vivre sous le toit de cet homme, autant prendre l’habitude de ne pas baisser les yeux chaque fois qu’il me regardait comme s’il pouvait lire jusqu’à mes pensées.— Je suis curieux, finit-il par dire. Qu’est-ce qui vous
Jade : Les filles, vous n'allez jamais croire ce qui m'arrive.Inès : Si tu as épousé Blackwood pendant la nuit, je vais être très vexée de ne pas avoir été invitée.Sofia : Attends, quoi ? Tu es où ?Je pris une inspiration avant de leur raconter la soirée, l'intervention d'Alexander, le trajet jusqu'à sa maison et la proposition qu'il m'avait faite ce matin.Les réponses arrivèrent presque immédiatement.Inès : ATTENDS. Il t'a emmenée chez lui et maintenant il veut payer tes études ?Sofia : Jade, tu es sérieuse ? Il ne t'a vraiment rien demandé ?Jade : C'est justement ça le problème. Il ne veut rien. Enfin, il veut que je reprenne mes études, mais il ne me demande rien d'autre.Inès : Ma belle, tu as tiré le jackpot.Sofia : C'est peut-être une opportunité incroyable.Inès : Peut-être ? Il est milliardaire, il est beau et il veut lui payer sa vie. Moi, je signe où ?Je ris malgré moi.Jade : Vous êtes inutiles.Inès : Nous sommes réalistes.Sofia : Je suis contente que tu sois en
Je clignai des yeux.— Quoi ?— Une maison confortable, un compte suffisamment approvisionné pour que vous n'ayez plus à vous inquiéter de vos dépenses courantes, la possibilité de reprendre vos études et le temps nécessaire pour décider de ce que vous voulez faire de votre avenir.Je le regardai sans comprendre.— Vous êtes sérieux ?— Parfaitement.— Pourquoi ?— Comme ..... Disons que vous etes tomber sur le jackpot . Je partis d'un rire incrédule.— C'est votre explication ?— Oui.....pourquoi vous ne me croyez pas ? Je passai une main sur mon visage, essayant de comprendre à quel moment la situation avait cessé d'avoir le moindre sens.— Attendez. Vous êtes en train de me dire que vous voulez m'offrir une maison de l'argent et la possibilité de reprendre mes études, tout ça parce que je vous ai parlé pendant cinq minutes dans un club ?— Je ne vous ai pas tout a fait dit ça j'ai plutot dit que vous pourrez rester ici .— Ah mas oui ! pardon. Ça change absolument tout !!!Il
La première chose que je remarquai en montant dans la voiture, c'était l'odeur du cuir.Un cuir propre, discret, mélangé à un parfum boisé qui me rappelait celui d'Alexander. Tout dans cette voiture respirait l'argent, depuis les sièges impeccables jusqu'aux finitions sombres du tableau de bord, en passant par le silence presque irréel de l'habitacle. Je m'installai sur la banquette arrière en prenant soin de ne pas abîmer davantage ma robe, puis ramenai la veste sur mes épaules. Elle était beaucoup trop grande pour moi et sentait son propriétaire, ce qui me parut étrangement déplacé compte tenu des circonstances.Alexander s'assit à côté de moi et donna une adresse au chauffeur.Je regardai par la vitre tandis que la voiture s'éloignait du club, emportant avec elle les lumières dorées, les basses et cette atmosphère artificielle dans laquelle j'avais passé les dernières heures à prétendre que tout allait bien. Mon reflet flottait sur la vitre teintée, le maquillage légèrement estompé
— Vous êtes ravissante, dit-il en s'arrêtant à ma hauteur.Je lui adressai le sourire que j'avais appris à utiliser dans ce genre de situation.— C'est gentil.— Je m'appelle Richard. Et vous ?— Jade.Il prit ma main sans me demander la permission et y déposa un baiser qui me donna immédiatement envie de la retirer.— Enchanté, Jade.Je récupérai mes doigts avec un sourire qui, je l'espérais, paraissait naturel.— Moi aussi.Il me posa quelques questions sur mon âge, mes études et mon séjour à la Maison des Roses. Je répondis avec prudence, évitant les détails qui auraient pu lui donner l'impression qu'il avait déjà accès à ma vie. Il semblait pourtant satisfait de la conversation et, au bout de quelques minutes, me proposa de lui montrer un salon privé où nous pourrions nous entendre sans avoir besoin de crier par-dessus la musique.Je refusai poliment.Il insista.Je refusai de nouveau.Son sourire se figea légèrement.— Allons, Jade. Je ne vais pas vous manger.J'aurais voulu lui
Je le reconnus immédiatement, même si je ne l'avais aperçu que quelques fois. Il portait un costume noir parfaitement coupé, une chemise blanche dont le col était ouvert et une montre discrète qui devait coûter davantage que tout ce que je possédais. Ses cheveux sombres, légèrement grisonnants aux tempes, contrastaient avec son visage aux traits fermes. Il avait cette élégance naturelle des hommes qui n'ont pas besoin de vérifier si leur tenue leur va, parce qu'ils ont probablement un tailleur personnel pour s'en assurer.Mais ce n'était pas seulement son apparence qui attirait mon attention.C'était sa manière d'occuper l'espace sans chercher à le dominer, son regard calme qui parcourait la salle sans s'attarder sur les danseuses ni sur les groupes qui tentaient visiblement d'attirer son attention. Il salua un homme près de l'entrée, échangea quelques mots avec Vivienne, puis se dirigea vers le bar.— Oh, murmura Inès en suivant mon regard. Le fameux Blackwood.— Je n'ai rien dit.—







