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Chapitre 3 : La Collision de l'Imprévu

Author: Peal Man
last update Last Updated: 2025-11-16 01:20:43

Daphné Delacroix observait la scène à distance, le cœur battant à un rythme qu'elle n'avait pas connu depuis la dernière vente aux enchères d'art moderne. Ses trois plans se volatilisaient simultanément, et tous les vecteurs pointaient vers son fils aîné, Alexandre.

Alexandre et Béatrice de Valois étaient au milieu d’une discussion animée sur les risques d’un marché monétaire volatil. Leur chimie était purement économique, ce qui convenait parfaitement à Daphné. Mais le désordre approchait sur deux fronts.

D’abord, Cédric. Le jeune homme, tout à sa « mission vitale », avançait avec une raideur maladroite. Il allait évidemment saboter son intervention.

Puis, la Serveuse. La jeune femme aux tresses, celle qui avait distrait Benjamin, s’approcha d'Alexandre pour lui offrir une flûte de champagne sur un plateau.

Au moment où Cédric tendait la main pour toucher l'épaule de son frère et murmurer une excuse bidon, la Serveuse perdit l'équilibre. Peut-être à cause de l'empressement de Cédric, ou d’une marche invisible.

Le plateau s'inclina.

Non pas une, mais trois flûtes de champagne se renversèrent, non pas sur Alexandre, mais sur Béatrice de Valois, éclaboussant sa robe de créateur, ses chaussures en cuir précieux, et, pire que tout, son visage déjà sévère.

Un silence glacial tomba sur le coin du salon.

La Serveuse, les yeux écarquillés, ne put articuler qu’un chuchotement d’horreur : — Oh mon Dieu, je suis tellement, tellement désolée !

Béatrice, d'ordinaire maîtresse d'elle-même, devint d'une lividité terrifiante. Son statut social venait d’être publiquement humilié par une simple employée.

— Vous... Vous n'avez pas d'yeux ? articula Béatrice, la voix tremblante de fureur contenue. Regardez ma robe !

Cédric, qui aurait dû être le sauveur, se pétrifia. Il resta là, bouche bée, sa mission oubliée face à la catastrophe.

Contre toute attente, l'avocat d'affaires, Alexandre, réagit au quart de tour. Il ignora l'état de Béatrice et se tourna vers la Serveuse paniquée.

— Ce n'est rien. Un accident, dit Alexandre, sa voix forte et posée.

Il prit une serviette sur le plateau le plus proche et essuya doucement le visage de Béatrice (geste purement pratique, pas romantique), puis se tourna à nouveau vers la Serveuse.

— Est-ce que ça va ? Vous n'êtes pas blessée ? demanda-t-il, un rare éclair d'inquiétude traversant ses yeux.

La Serveuse le regarda, surprise qu'il s'intéresse à elle et non à sa fiancée potentielle.

— Non, ça va, merci, répondit-elle. Mais sa robe... — Ma robe est fichue ! s'exclama Béatrice, qui avait retrouvé sa voix. Je vais faire en sorte que votre employeur soit au courant de votre incompétence !

Alexandre se redressa, son expression redevint froide, mais dirigée vers Béatrice.

— Béatrice, s'il vous plaît. Un peu de retenue. C'est un accident.

Pendant que la tension montait, Cédric, profitant du chaos, s'éclipsa. Mission : désastre total.

Daphné, au loin, vit l'échange et faillit laisser tomber son verre. Plan A : contaminé ! Alexandre défendait une employée au lieu de consoler sa candidate idéale ! Pire encore, il osait contredire une de Valois !

Daphné se précipita vers le groupe.

— Béatrice, ma chérie ! Quel choc terrible ! s'exclama-t-elle, écartant la Serveuse d'un geste subtil mais ferme. Gustave s'occupera de tout, j'ai une suite privée à l'étage pour vous changer, nous allons contacter votre couturier immédiatement !

Daphné entraîna Béatrice hors de vue, laissant Alexandre seul, regardant la Serveuse ramasser les débris.

— Je suis sincèrement désolée, murmura la Serveuse. — Ne le soyez pas. Allez prendre une pause. Et ignorez Madame de Valois, dit Alexandre.

Il ne la laissa pas s'éloigner tout de suite. Il la regarda, vraiment la regarda, pour la première fois. Il y avait une étincelle de défi dans ses yeux, malgré sa peur.

— Je m'appelle Alexandre, dit-il, contre toute logique. — Lyra, répondit-elle.

Et dans cette brève présentation, au milieu du désastre, le plan d'Alexandre pour une union transactionnelle venait d'être pulvérisé.

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