Se connecterMon cœur bat si fort que je suis certaine qu'il peut l'entendre, et je maudis le trouble qui s'empare de moi, cette attirance inexplicable que j'éprouve pour cet homme alors que tout en lui devrait me mettre en garde et me pousser à fuir. Il est beau, il est puissant, il me promet la liberté et la dignité que Kaelan ne m'a jamais offertes, et pendant une fraction de seconde, une fraction de seconde seulement, je me surprends à imaginer ce que serait ma vie si j'acceptais sa proposition. Puis je pense à Thomas. Je pense à ses yeux sombres et à son sourire confiant et à ses petits bras qui se referment autour de mon cou quand je le borde le soir. Je pense à Margaret et à ses mains ridées qui serrent les miennes avec une tendresse infinie. Je pense au Duc Kaelan et à son regard de naufragé, ce regard qu'il pose sur moi quand il croit que personne ne le voit, ce regard qui me dit sans un mot que je ne suis pas une étrangère pour lui, que je n'ai jamais été une
Lydia Les jours qui suivent l'humiliation publique s'écoulent avec la lenteur d'un fleuve de boue, chaque heure plus pesante que la précédente, chaque regard des autres domestiques chargé d'une pitié qui m'est presque aussi insupportable que le mépris de Cecilia. Je continue à accomplir mes tâches avec la régularité d'un automate, je continue à m'occuper de Thomas avec toute la tendresse dont je suis capable, je continue à baisser les yeux et à courber l'échine comme une bonne servante, mais quelque chose en moi s'est brisé ce jour-là dans la grande salle, quelque chose qui ne se réparera peut-être jamais, et je sens la colère qui grandit dans ma poitrine comme une plante vénéneuse dont les racines s'enfoncent toujours plus profondément dans ma chair. Margaret essaie de me réconforter, à sa manière discrète et silencieuse. Elle m'apporte des biscuits au miel qu'elle cache dans la poche de mon tablier, elle me raconte des histoires du tem
Je jette un regard désespéré autour de moi. Helena a baissé les yeux et fixe son assiette avec une intensité gênée. Damien me regarde avec une expression étrange , ce n'est pas de la pitié, ce n'est pas de l'amusement, c'est une sorte d'attention fascinée, comme si la scène qui se déroulait devant lui était un spectacle dont il ne voulait pas perdre une miette. Margaret, près de la porte, s'est figée comme une statue de sel, les mains crispées sur son tablier, les yeux pleins de larmes.Et Kaelan.Kaelan n'a pas bougé. Il est assis à sa place, le visage de marbre, les poings serrés sous la table, et il me regarde avec une intensité déchirante, une supplication silencieuse qui semble me dire pardonne-moi, pardonne-moi, je ne peux rien faire, je voudrais te défendre mais je ne peux pas, et j'ignore pourquoi cette expression me bouleverse plus que l'humiliation que je suis en train de subir.Je m'agenouille.Mes genoux heurtent le parquet avec un bruit sourd, et le froid de la pierre tra
LydiaLe deuxième jour de la visite de Lord Damien Ashford commence comme le premier s'est terminé , dans la tension et le silence et les regards en coin qui en disent plus long que tous les discours du monde.Margaret est venue me réveiller à l'aube avec une expression soucieuse qui ne la quitte plus depuis l'arrivée des Ashford, et elle m'a recommandé de me faire aussi invisible que possible pendant toute la durée de leur séjour, de ne parler à personne, de ne lever les yeux sur personne, et surtout d'éviter Lord Damien comme si ma vie en dépendait.— Cet homme est dangereux, mon enfant, m'a-t-elle dit en m'aidant à nouer mon tablier dans le dos. Il est beau et charmant, et il sait parfaitement utiliser sa beauté et son charme pour obtenir ce qu'il veut. Mais sous le velours de ses manières, il y a un cœur de pierre et une ambition sans limites. Ne vous laissez pas séduire par ses sourires et ses compliments. Ils sont comme le miel qui attire les abeilles dans le piège , doux en app
DamienCette femme est un mystère, et j'ai toujours aimé les mystères.Je l'observe pendant tout le dîner, caché derrière mon verre de vin et mes sourires de circonstance, et plus je la regarde, plus je suis convaincu que Kaelan me ment. Une servante, a-t-il dit, une orpheline sans mémoire qu'il a engagée par charité. Mais cette femme n'a rien d'une servante ordinaire, et je connais assez Kaelan pour savoir qu'il n'a jamais rien fait par charité depuis que je le côtoie. Il y a autre chose, un secret qu'il cache sous son air impassible, un secret qui a peut-être un rapport avec la rumeur qui court depuis cinq ans dans les couloirs des châteaux et les tavernes des villages.La rumeur de la première Duchesse, de cette Lydia Ashworth que personne n'a jamais vue morte et dont le corps n'a jamais été retrouvé.Je chasse cette idée d'un revers de pensée , c'est absurde, la Duchesse est morte en couches, tout le monde le sait, Kaelan lui-même l'a annoncé officiellement et a porté le deuil pen
Je le déteste. Je le déteste de toute mon âme, et pourtant je dois le recevoir avec le sourire, parce qu'il est plus puissant que moi, parce que ses armées sont plus nombreuses que les miennes, parce que le pacte m'a affaibli et que je ne peux pas me permettre une guerre ouverte contre les Ashford. Alors j'ai répondu à sa lettre par une invitation courtoise, en serrant les dents si fort que j'en ai eu mal à la mâchoire, et j'ai donné l'ordre aux domestiques de préparer le manoir pour une visite de marque.Le lendemain matin, le cortège des Ashford franchit les grilles du manoir dans un vacarme de sabots et de hennissements, et je me tiens sur le perron, Cecilia à ma droite, Roland à ma gauche, pour accueillir mon ennemi comme s'il était mon ami.Damien descend de cheval avec une élégance naturelle que je lui ai toujours enviée, et je dois reconnaître qu'il est beau, d'une beauté dangereuse et magnétique qui attire les regards et fait battre les cœurs. Grand, blond, les épaules larges







