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last update Petsa ng paglalathala: 2025-12-08 23:55:17

Era

En montant dans l’ambulance, l’odeur piquante du désinfectant et du plastique stérile saisit aussitôt mes narines. L’air, froid et contrôlé, donne la sensation d’entrer dans un espace où chaque seconde compte. Autour, le calme tendu des appareils prêts à s’allumer crée une atmosphère à la fois rassurante et lourde de responsabilités.

Puis je me rappelle qu'il n'y a aucun ambulancier, juste la victime, un des hommes qui discutaient quand on est arrivé. Il est assis, une jambe ne cesse de danser et ses mains sont jointes. Il ne cesse de me fixer, comme pour s'assurer que je sais faire mon travail.

___ Pourquoi il n'y a pas d'ambulanciers ?

Il me lance juste un regard noir, puis ne dit rien. Je soupire de frustration, parce que je n’arrive pas à comprendre qu'il y ait un type gravement blessé et que c'est juste le conducteur et l'ambulance qui sont là.

___ Mais, répondez-moi !

Il plante ses yeux froids dans les miens et mes poils se hérissent. Rien que ce regard m'a donné la chair de poule.

___ Faites juste votre travail, docteure, m'ordonne t'il d'une voix grave.

Je déglutis péniblement, reporte mon attention sur le type blessé.

Je m’agenouille à côté du blessé, le cœur battant. J'analyse ses blessures, les mains tremblantes. Une balle a perforé la poitrine, l’autre son épaule, et le patient est inconscient. L’odeur de sang et de désinfectant remplit l’air étroit de l’ambulance.

D’abord, je vérifie la respiration : pas de bruit, poitrine à peine mobile. Je dégage la voie respiratoire, lui relève la tête et appuie sur le thorax pour l'aider à respirer.

Ensuite, je palpe le pouls : rapide et faible. J'applique un pansement compressif sur l’épaule, puis installe une perfusion dans le bras libre pour stabiliser sa circulation. La tension, je la prendrai rapidement, mais mon vrai défi, c’est de contrôler l’hémorragie et maintenir le patient en vie jusqu’à l’hôpital.

Autour, l’ambulance vibre au rythme du moteur, les appareils émettent des bips irréguliers, et chaque seconde pèse comme une éternité.

Je ne connais pas cet homme, ni pourquoi il est dans cet état, mais j'ai de la peine pour lui et j'espère qu'il s'en sortira vivant.

___ Alors ?

La voix grave de tout à l'heure résonne encore dans mes oreilles. Je tourne mon regard vers lui. Sa peau est d’un marron profond et chaud avec ce léger éclat doré typique des peaux foncées. Son visage est fin mais affirmé avec une mâchoire bien dessinée. Ses yeux sombres et noirs me scrutent comme un prédateur silencieux. Mais je vois bien une lueur d'angoisse derrière son visage, même s'il essaie de le cacher. Ses sourcils nets sont parfaitement dessinés avec un nez droit, légèrement arrondi à l’extrémité. Il fait passer une main sur ses cheveux courts et crépus et grince des dents.

___ Alors, quoi ? répliqué-je, d'une voix froide pour qu'il sache que je ne suis pas une marionnette.

___ Son état... il va s'en sortir ? rétorque-t-il avec un brin d'inquiétude dans la voix.

Je tourne alors la tête vers l'homme inconscient, puis ramène mon regard sur lui. Il est vraiment inquiet.

___ Je ne sais pas. Mais j'espère que Dieu lui donnera une seconde chance.

___ Une seconde chance ?! murmure-t-il drôlement.

Je vais m'asseoir, alors que nous roulons toujours depuis je ne sais combien de temps. Je prends mon sac posé sur le siège à côté de moi. Je fais sortir mon téléphone, tente de l'allumer en vain.

___ J'ai plus de batterie, soufflé-je.

Je regarde le type en face de moi.

___ On n'est pas encore arrivé ? Ça fait plus d'une demi-heure maintenant, là.

Il ne me donne aucune attention. Je soupire, me relève et frappe avec légèreté, la vitre coulissante.

___ Qu'est-ce que vous faites ? tonne-t-il derrière moi.

Je ne lui réponds pas. Le conducteur passager tourne la tête, ouvre la vitre coulissante et m'interroge du regard.

___ Votre patient est mourant, j'espère que vous en avez conscience.

Je ne sais plus dans quel hôpital, allons-nous. Là où je connais ne nous aurait pas pris autant de temps. Alors qu'il discute avec le chauffeur, j'en profite et jette un coup d'œil à travers la vitre de la portière du côté passager et réalise qu'il fait plus sombre et plus calme, comme si nous étions hors de la ville.

Lorsque le conducteur passager fait la remarque, il se dépêche de remonter la vitre.

___ Nous sommes bientôt arrivés, me lance-t-il en refermant la vitre coulissante.

Je vais me rasseoir, toute frustrée. Néanmoins, je continue de le scruter. Il doit avoir presque la trentaine, grand avec un corps sec mais puissant. Une chaîne dorée pend sur son cou. Lorsqu’il remarque que je le scrute un peu trop, sa mine se crispe et je détourne aussitôt mon regard.

***

Quelques minutes plus tard, alors que je tiens la perfusion d’une main et presse la plaie de l’autre, un coup de frein sec projette mon corps vers l’avant. L’ambulance vibre, les sangles du brancard claquent et les instruments fixés aux parois tremblent. Je me retiens de justesse à la barre métallique, le souffle court, consciente que le chauffeur vient de stopper net.

Nous sortons de l'ambulance, l'air frais me fouette le visage. J'attrape mon sac et le passe sur mon épaule pendant que les hommes transportent le blessé. Je scrute autour de moi et hausse les sourcils en voyant que nous ne sommes pas dans un hôpital, mais plutôt dans un entrepôt, reculé de la ville.

Je tourne autour de moi, essayant de comprendre. Il y a trois hommes devant l'entrepôt, vêtus de tenues sombres et chacun tenant une arme à feu. Autour, il n'y a qu'un grand vide et de grands arbres.

Mon cœur commence à battre un peu anormalement vite, alors que je me dirige vers celui avec qui j'étais dans l'ambulance pour comprendre ce qui se passe.

___ Hé, ce n’est pas un hôpital ça ?

___ Personne n'a dit qu'on irait à l'hôpital, docteure.

J'ouvre la bouche, interloquée.

___ Mais pourquoi vous m'avez laissé monter dans cette ambulance si votre but n'est pas d'emmener ce type à l'hôpital ? Il saigne abondamment, il est inconscient et s'il n'est pas rapidement pris en charge, il risque de mourir. Vous comprenez ?!

___ Vous êtes médecin, non ?

___ Oui, mais il doit subir une opération.

___ Ne vous inquiétez pas, docteure. Nous avons déjà tout préparé, vous n'avez qu'à entrer dans cette pièce et faire juste votre travail.

La sérénité de mon interlocuteur avec ceux qui nous regardent me déconcertent davantage. J'ose croire qu'ils veulent juste tuer ce type en ne le conduisant pas à l'hôpital.

___ Vous êtes sérieux ? Où est-ce que vous avez vu une personne gravement blessée se faire soigner dans un endroit aussi défectueux que celui-ci ? Vous pensez que je plaisante quand je dis que cet homme est mourant ?

Il commence à se gratter la tête et à faire une petite grimace comme si je l'agaçais.

___ Écoutez, nous n'avons pas de temps à perdre. Vous avez dit que vous êtes médecin et nous avons tout ce qu'il vous faudra pour le sauver, alors faites juste votre travail et arrêtez de me casser les couilles.

Il ne me laisse pas répliquer qu'il me saisit violemment par le bras et me traîne jusqu'à l'intérieur de cet entrepôt. J'essaie de me défaire de son emprise, mais sa poigne est plus forte.

___ Mais... la-lâchez moi !

Il me relâche sans délicatesse au milieu de la pièce. Je pose ma main sur mon bras qui me picote légèrement et lui envoie un regard meurtrier avant de sonder la pièce.

L’entrepôt, vaste et sombre, sent la rouille et l’humidité. Sous une lumière blafarde de néons vacillants, une table métallique est installée au centre, recouverte de draps blancs tachés où est allongée la victime. Autour, quelques instruments chirurgicaux posés à la hâte sur une vieille desserte, un seau d’eau trouble et une odeur persistante de sang et de désinfectant bon marché. Les murs nus, marqués de fissures, enferment une atmosphère lourde, tendue, presque suffocante.

___ Je ne peux pas faire ça. Je n'ai jamais travaillé dans ces conditions et je... je refuse de mettre la vie de cet homme en danger.

Mes mains deviennent moites et mes battements cardiaques résonnent comme un tambour. Les autres nous observent. Mon instinct de survie me hurle de prendre mes jambes à mon cou, mais c'est impossible. Je suis consciente que je ne peux pas faire de retour en arrière, surtout dans cette situation.

Ces hommes, tous debout, me fixant comme une proie à abattre à la moindre occasion me terrifient. J'essaie de rester sereine alors qu'à l'intérieur de moi, c'est le chaos, c'est un cocktail d'émotions.

___ Nous n'avons pas de temps à perdre, Treize, lance l'un d'eux.

Treize ? Drôle de nom ou... de surnom. Mais ce n'est ni le moment ni l'endroit pour en rigoler. Le fameux « Treize », celui avec qui j'étais dans l'ambulance, réprime un lourd soupir et son visage s'assombrit.

___ Docteure, ne m'obligez pas à être méchant avec vous.

Je retiens mon souffle, l'envie de hurler dans l'espoir que quelqu'un vienne à mon secours, me prend. Mais je sais que c'est une idée suicidaire, alors je reste calme et réplique d'un ton professionnel.

___ Je vous ai déjà dit que je ne peux rien faire pour votre patient. Soit vous nous conduisez à l'hôpital, soit vous trouvez quelqu'un d'autre pour le sauver.

Lorsque je tourne les talons pour m'en aller, je sens quelque chose se presser contre ma nuque. Mes pas s'estompent instantanément, mon sang se glace et mon rythme cardiaque va à une vitesse folle.

Je me retourne lentement, alors que mes pensées se tournent vers le canon d'un pistolet. Rien que d'y penser, un long frisson me prend. Quand je suis enfin face à Treize, je le vois me pointer une arme avec un visage fermé.

Mon souffle se coupe, mes doigts se crispent et mes lèvres s'écartent légèrement et commencent à trembler. Mes jambes deviennent lourdes et je sens le goût salé des larmes dans ma gorge. Je ferme les yeux, priant le ciel de venir à mon secours.

___ Vous ne me laissez pas le choix docteure. Soit vous sauvez notre frère, soit je vous mets une balle entre les deux yeux.

Sa menace a l'air réelle et je risque vraiment de mourir si je ne fais pas de mon mieux pour sauver le blessé qui est leur frère, en plus.

___ Treize, ne fais pas ça. Raven est déjà en cours de route et tu sais très bien qu'il est déjà en colère contre nous. Alors, si tu butes maintenant la seule personne capable de sauver Jamal, il ne va pas nous rater non plus, intervient une voix masculine un peu plus posée.

Une sueur froide coule sur ma nuque, alors que mon sort est entre les mains de ces gens dangereux. J'entends juste mes battements cardiaques résonner jusqu'à ce que je ne sente plus le canon sur mon front. J'ouvre nonchalamment les yeux pour m'assurer que cette arme n'est plus pointée vers moi.

___ Rappelez-vous, vous avez juste deux choix : Tout donner et le sauver ou creuser votre propre tombe.

Il lance un regard aux autres et leur fait signe. Ils sortent de l'entrepôt et je me retrouve seule avec Jamal, inconscient.

Je prends une profonde inspiration pour me remettre de ce qui vient de se passer, puis vais vers lui, en récitant une petite prière. Cet homme allongé sera mon premier patient et aussi mon ticket de survie. Alors, je dois tout faire pour le sauver.

Ma vie dépend de lui et la sienne de la mienne.

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