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La femme du parrain
La femme du parrain
Penulis: Les écrits

Chapitre 1

Penulis: Les écrits
last update Tanggal publikasi: 2026-06-14 21:15:53

Chapitre 1

Aurora

Le test affiche deux lignes roses.

Je le tiens entre mes doigts, debout devant le miroir de la salle de bain, et je ne peux pas détacher mes yeux de ces deux petites barres qui semblent pulser doucement sous la lumière tamisée des appliques murales. Mes jambes flageolent, ma respiration se bloque quelque part entre ma gorge et ma poitrine, et je sens mon cœur cogner contre mes côtes avec une violence qui m'étourdit. Un bébé. Il y a un bébé en moi. Cette pensée traverse mon esprit comme une décharge électrique, et je pose instinctivement ma main sur mon ventre, là où la vie vient de s'accrocher en secret.

Le carrelage en marbre de la salle de bain est froid sous mes pieds nus, et l'air sent le savon à la rose et le jasmin, ce parfum que Rosa vaporise chaque matin sur mes vêtements. Je regarde mon reflet dans le miroir, une jeune femme aux cheveux bruns relevés en chignon, aux yeux sombres agrandis par l'incrédulité, aux joues pâles dans la lumière dorée. Ma robe de soie crème glisse sur mes épaules, froissée par la nuit, et je réalise que je tremble. Je tremble d'espoir, un espoir si pur, si violent, qu'il me brûle la poitrine.

Je descends l'escalier, le test caché dans ma poche. Mes doigts le serrent à travers le tissu comme un talisman, et chaque marche qui me rapproche du bureau de Dante fait battre mon cœur un peu plus vite. Les murs du manoir défilent autour de moi, majestueux et froids, couverts de fresques et de dorures qui racontent la gloire de la famille Marchetti. Je ne les vois pas. Je vois seulement son visage, j'imagine son regard quand je lui annoncerai la nouvelle, j'imagine sa voix changer, s'adoucir peut-être, et cette image me donne le courage d'avancer.

Les portes du bureau sont en acajou massif, imposantes comme les grilles d'une forteresse. Je les pousse sans frapper, ce que je ne fais jamais, et j'entre dans la pièce. Il est assis derrière son bureau, penché sur une pile de dossiers qui déborde de chaque côté, et il ne lève pas les yeux. Ses mains sont posées sur le cuir du sous-main, ses doigts longs et bronzés tachés d'encre, et son visage est incliné, les traits durs, la mâchoire serrée, les yeux gris fixés sur les papiers avec cette concentration qui ne vacille jamais. La lumière du matin filtre à travers les rideaux de velours grenat et découpe son profil en ombres et en lumières. Il est beau, d'une beauté qui fait mal, et il ne me regarde pas.

Un serviteur entre quelques secondes après moi, un plateau à la main, et dépose une enveloppe blanche sur le bureau. Je reconnais immédiatement le papier, le cachet, l'écriture noire qui annonce un document juridique. Les papiers du divorce. Mon estomac se serre, ma bouche s'assèche, et je reste figée au milieu de la pièce, incapable de parler, incapable de bouger, tandis qu'il ouvre l'enveloppe d'un geste précis, en sort les feuilles pliées, les parcourt rapidement. Il ne dit rien. Il prend sa plume, la trempe dans l'encrier en cristal, et il signe. Son nom défile sous ses doigts sans une hésitation, sans un tremblement. Puis il repose la plume, rassemble les feuilles, et les pousse vers moi. Il ne lève toujours pas les yeux.

Six ans de mariage réduits à ce geste, à ce froissement de papier, à ce silence. J'attends un mot, une explication, un regard, mais rien ne vient. Alors je m'avance, je prends la plume, et je signe à mon tour. Mon nom, Aurora De Luca, au bas d'une page qui efface tout ce que j'ai été pour lui. Le test de grossesse pèse dans ma poche comme une pierre, et je ne le sors pas. Il ne mérite pas de savoir. Il ne mérite pas cette joie. Il ne mérite plus rien de moi.

Je repose la plume, je tourne les talons, et je sors sans un bruit, la tête haute, le dos droit, alors qu'à l'intérieur tout s'effondre. Ce soir-là, allongée sur le lit froid d'une chambre d'invités, je comprends enfin ce que j'ai toujours refusé d'admettre. Je n'ai jamais existé dans cette maison. Je n'ai jamais été une épouse. Je n'ai jamais compté. Et l'enfant que je porte ne connaîtra jamais cette humiliation.

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