LOGINChapitre 38
Aurora
Le soir, seule dans ma chambre, je repense à ce moment, et je le retourne dans ma tête comme on retourne un couteau dans une plaie, encore et encore, jusqu'à ce que la douleur devienne une compagne familière, une présence rassurante qui me rappelle pourquoi je fais tout cela, pourquoi je passe mes nuits à étudier des cartes et mes journées à donner des ordres derriè
Chapitre 49DanteLuca entre dans mon bureau sans frapper. Cela fait des jours qu'il enquête, des jours qu'il fouille, qu'il interroge, qu'il remue le passé. Je l'attends, assis derrière mon bureau, les mains à plat sur le cuir grenat, les yeux fixés sur la porte. Il tient une chemise en cuir qu'il serre contre sa poitrine, et son visage est fermé, plus fermé encore que d'habitude. Il s'approche, il pose la chemise sur le bureau, et il l'ouvre lentement, sans un mot.Deux photos. Il les dispose côte à côte, avec une lenteur délibérée. La première, je la connais. C'est la silhouette voilée de Palerme, celle que mes hommes ont capturée au téléobjectif dans le jardin de la villa aux bougainvilliers. Une femme en noir, debout près du citronnier, le visage tourné vers l'horizon, le voile cou
Chapitre 48LucaJe reçois l'ordre de Dante et je m'y mets immédiatement. Trouver tout sur Aurora De Luca. Où elle est. Ce qu'elle fait. Tout. Absolument tout. Ses mots résonnent encore dans ma tête tandis que je descends les escaliers du manoir, et je sens le poids de cette mission, cette urgence que je n'avais pas vue chez lui depuis des années. Pourquoi maintenant ? Pourquoi après trois ans d'indifférence ? Pourquoi cette femme qui n'a jamais compté pour lui ?Je commence par les bases. Les registres d'état civil, les comptes bancaires, les propriétés, les cartes de crédit. Tout ce qui laisse une trace. Et très vite, je me heurte à un mur. Rien. Aucune trace depuis trois ans. Comme si elle s'était volatilisée.Je creuse plus profond. Je remonte le fil de sa vie avant le divorce. Le
Chapitre 47DanteDe retour à New York, je ne dors plus. Les nuits sont devenues des supplices, des heures interminables passées à fixer le plafond de ma chambre, les yeux grands ouverts dans l'obscurité, tandis que ces yeux me hantent. Ces yeux sombres, brûlants, qui brillaient derrière le voile dans les catacombes. Ces yeux qui m'ont transpercé, qui m'ont jugé, qui m'ont accusé. Ces yeux que je connais, j'en suis sûr maintenant, ces yeux que j'ai déjà vus quelque part, dans une autre vie, dans un autre monde, mais que je ne parviens pas à situer.Je me lève au milieu de la nuit. Je marche dans le manoir silencieux, mes pas nus sur les parquets cirés, et je finis toujours par échouer dans mon bureau, devant la cheminée éteinte, les yeux fixés sur les cendres froides. Je repense à cett
Chapitre 46AuroraJe sors par le passage secret, une fissure étroite dans la roche qui débouche sur une ruelle déserte derrière le monastère, et je cours presque, mes talons qui claquent sur les pavés humides, ma respiration qui s'échappe en nuages de buée dans l'air glacé de la nuit. Enzo m'attend au volant de la voiture, tous feux éteints, et je me glisse sur la banquette arrière, les mains tremblantes, les jambes coupées.Il ne dit rien. Il tourne la clé de contact, et la voiture s'éloigne dans les ruelles de Palerme, loin des catacombes, loin de lui.Il ne m'a pas reconnue.Cette phrase tourne dans ma tête comme un mantra, une litanie que je répète sans pouvoir m'arrêter. Il ne m'a pas reconnue. Il m'a regardée droit dans les yeux, il a entendu ma voix, il a vu ma silhouette, et il ne m'a pas reconnue.Je retire mon voile d'un geste brusque, j'arrache presque le tissu de mes cheveux, et je m'effondre sur la banquette, silencieuse, les yeux fixés sur le plafond de la voiture.— Ma
Chapitre 45DanteJe fais un pas en avant, un seul pas, et elle recule d'un pas, maintenant entre nous cette distance infranchissable qui semble calculée avec une précision diabolique, comme si elle connaissait exactement la longueur de mes jambes et la vitesse de mes réflexes, comme si elle avait répété cette chorégraphie des dizaines de fois avant mon arrivée. Je fais un autre pas, elle recule encore, et ce manège se poursuit tandis que je m'enfonce dans la galerie, mes yeux fixés sur les siens, ces yeux sombres qui brillent derrière le voile comme des éclats d'obsidienne, ces yeux qui sont la seule chose vivante dans ce royaume de mort, la seule chose qui ne soit pas figée par les siècles. Je ne vois rien d'autre, je ne peux rien voir d'autre, le voile efface tout, gomme tout, dissout ses traits dans une masse d'ombre impénétrab
Chapitre 44DanteJ'entre dans les catacombes des Capucins à minuit précises, seul, sans gardes, sans arme visible, comme elle l'a exigé dans ce message crypté qui m'a arraché au sommeil et qui n'a cessé de tourner dans ma tête pendant tout le vol transatlantique. Le silence qui m'accueille est si profond, si absolu, si total, que j'entends les battements de mon propre cœur résonner contre mes côtes comme un tambour funèbre, chaque pulsation amplifiée par l'étroitesse des murs de pierre qui m'entourent. Le tunnel d'entrée est un boyau de roche calcaire, humide et glacé, creusé par des moines il y a des siècles, et mes épaules frôlent presque les parois couvertes de salpêtre qui scintillent faiblement à la lueur des bougies. L'air est épais, stagnant, chargé d'une odeur de terre ancienne,







