LOGINChapitre 45
Naélia
J'ai trouvé la chambre ce matin, ou peut-être est-ce la chambre qui m'a trouvée, peut-être que cette porte entrouverte au fond du couloir de l'aile ouest m'appelait silencieusement depuis des jours, depuis des nuits, depuis que j'avais posé le pied dans ce manoir, et que je n'avais fait que repousser l'échéance, que retarder la découverte, que fuir cette v&ea
Chapitre 65NaéliaIl m'a lu des poèmes derrière la porte hier soir, des poèmes qu'il a écrits, des poèmes qui ne sont pas de Baudelaire ni de Verlaine ni d'aucun de ces poètes que nous lisions ensemble dans la bibliothèque du manoir quand nous avions seize ans et que le monde était encore simple, et sa voix était rauque, presque cassée, une voix d'homme qui a trop pleuré, une voix d'homme qui a trop crié dans le silence, une voix d'homme qui a passé des nuits entières à écrire ces vers sur des feuilles volantes en espérant qu'un jour, peut-être, il trouverait le courage de les lire à la femme pour qui ils avaient été écrits.Je ne dormais pas, je ne dormais plus depuis des semaines, depuis des mois, depuis que j'avais quitté le manoir, depuis que j'avais d
Chapitre 64LéandreLa nuit, j'entends des bruits, des bruits ténus, presque imperceptibles, qui traversent la cloison de briques et de plâtre comme des ondes silencieuses, et je les connais maintenant, je les reconnais entre tous, le grincement du sommier quand elle se retourne dans son lit, le froissement des draps quand elle se lève pour boire un verre d'eau, le bruit de ses pieds nus sur le parquet de sa chambre, et chaque bruit est une histoire, chaque craquement est un chapitre, chaque murmure étouffé est une confidence que la nuit me livre sans le vouloir.Elle dort mal, je le sais depuis la première nuit, depuis que j'ai emménagé dans cette maison mitoyenne avec pour seul bagage quelques cartons et pour seule ambition d'être près d'elle sans jamais l'importuner, et je l'entends se lever à deux heures du matin, à trois heures,
Chapitre 63NaéliaIl a acheté la maison voisine, la petite maison mitoyenne à la mienne, celle qui était à vendre depuis des mois et dont les volets gris battaient au vent chaque fois que la tempête montait de la mer, et je l'ai vu par la fenêtre ce matin, en écartant le rideau, alors que je buvais mon thé brûlant les mains serrées autour de la tasse pour me réchauffer, et mon cœur s'est arrêté, ma respiration s'est bloquée, ma main s'est figée sur le tissu comme si le temps lui-même venait de suspendre son cours.Il était là, en train de porter des cartons, de simples cartons bruns qu'il empilait sur le trottoir avant de les rentrer un par un dans la maison vide, et il ne portait pas un costume trois pièces comme au manoir, il ne portait pas cette armure de soie et de lin qui le r
Chapitre 62LéandreElle a changé de ville sans prévenir, sans laisser d'adresse, sans donner d'explication, elle a quitté la maison blanche aux volets bleus, elle a quitté la falaise et l'océan, elle a disparu une fois de plus, comme elle avait disparu il y a sept ans, comme elle disparaissait toujours quand la douleur devenait trop forte, quand ma présence devenait trop lourde, quand l'étau que je resserrais autour d'elle menaçait de la broyer, et quand Moreau m'a annoncé la nouvelle, quand il m'a dit que la petite maison était vide, que les volets étaient clos, que la boîte aux lettres débordait de courrier non réclamé, j'ai senti le sol s'ouvrir sous mes pieds, j'ai senti mon cœur s'arrêter, j'ai senti cette panique ancienne, cette terreur familière, remonter du fond de mes entrailles comme une bête qu'o
Chapitre 61NaéliaJe garde l'enfant, et cette décision, je l'ai prise ce matin, en me réveillant avec le soleil qui entrait à flots par la fenêtre ouverte, avec le bruit des vagues qui montait de la falaise, avec cette sensation nouvelle qui habitait mon corps, cette sensation d'être deux au lieu d'une, d'être habitée, d'être accompagnée dans la solitude la plus absolue, et je n'ai pas eu besoin de peser le pour et le contre, je n'ai pas eu besoin de consulter qui que ce soit, je n'ai pas eu besoin de réfléchir, parce que c'était une certitude viscérale, une évidence qui s'imposait à moi avec la force d'une loi physique, d'une loi biologique, d'une loi de la nature contre laquelle rien ni personne ne pouvait rien.Je garde l'enfant, cet enfant qui est le sien, cet enfant qui a été conçu dans l
Chapitre 60LéandreJe suis venu jusqu'à sa porte, sans prévenir, sans stratégie, sans calcul, sans rien de ce qui faisait de moi l'homme que j'avais toujours été, l'homme de marbre, le manipulateur froid, le stratège qui anticipait chaque mouvement, chaque réaction, chaque conséquence, et pour la première fois de ma vie, je n'avais rien préparé, rien organisé, rien planifié, je m'étais levé ce matin avec une certitude qui ne devait rien à la raison, une certitude qui venait du ventre, des tripes, de cette partie de moi qui avait passé sept ans à se consumer et qui refusait de se consumer davantage, et j'avais pris la voiture, j'avais roulé pendant des heures à travers les routes de campagne, les forêts, les falaises, et j'avais fini par arriver devant cette petite maison blanche aux volets







