LOGINYANIS
Elle me regarde avec ces yeux noirs pleins de peur et de colère et de défi, et je ne peux pas m'empêcher de rire.
Pas un rire moqueur. Pas un rire méchant. Pas un rire cruel.
Un rire sincère. Un rire qui monte du fond de ma poitrine, qui me surprend moi-même, qui fait trembler mes épaules, qui plisse mes yeux. Un rire que je n'ai pas entendu depuis des années. Peut-être depuis une décen
Je hoche la tête, incapable de parler, la gorge nouée par l'émotion. Yanis se lève, contourne son bureau, s'approche de moi. Ses mains se posent sur mes épaules, ses yeux plongent dans les miens avec une intensité presque douloureuse.— Mais ne te fais pas d'illusions, Leila. Ton père est un danger pour nous. Pour toi autant que pour moi. S'il refuse ma proposition, s'il continue à comploter, s'il représente la moindre menace... je n'aurai pas le choix.— Je comprends.— J'espère que tu comprends vraiment. Parce que si tu dois choisir entre lui et moi, j'ai besoin de savoir que tu me choisiras.— Je te choisis, Yanis. Je t'ai choisi le jour où j'ai dit oui, le jour où j'ai posé mes lèvres sur les tiennes, le jour où j'ai décidé de rester. Je te choisis aujourd'hui. Je te choisirai toujours.Il h
LEILALa paix est de courte durée.Trois jours. Trois jours seulement de bonheur retrouvé, de caresses échangées, de sourires complices. Trois jours à nous redécouvrir, à nous réapprivoiser, à panser les plaies de notre séparation. Trois jours à rattraper le temps perdu, à nous aimer comme si chaque étreinte était la dernière, à nous parler comme si chaque mot était une confession.Trois jours. C'est tout ce que le destin nous accorde.Le quatrième jour, Yanis reçoit un appel qui fait basculer notre monde.Je suis dans le salon, installée sur le canapé avec un livre que je ne lis pas vraiment, quand je l'entends crier dans son bureau. Pas un cri de colère, pas un rugissement de fureur. Un cri de douleur. Un hurlement déchirant, bestial, qui me glace le sang et me fait bondir s
Il dépose un baiser sur mon front, tendre et solennel, comme un sceau apposé sur notre réconciliation. Je sens son souffle chaud sur ma peau, ses lèvres qui s'attardent, ses doigts qui caressent ma nuque.— Il y a autre chose que je dois te dire, reprend-il après un silence. La femme que tu as vue à la villa, celle qui est venue me parler en pleine nuit quand tu nous as espionnés... ce n'était pas une maîtresse. C'était une informatrice. Une ancienne femme de main de Silvano qui a changé de camp. Elle m'a donné des informations cruciales sur les plans de Silvano, sur ses caches, sur ses alliés. Sans elle, je serais peut-être déjà mort.— C'est pour ça que tu ne voulais pas que je la voie. Que tu ne voulais pas m'en parler.— C'était trop dangereux. Si Silvano avait su qu'elle me parlait, il l'aurait tué
LEILALa lumière grise de l'aube filtre à travers les rideaux défraîchis, peignant des rayures pâles sur le papier peint à fleurs décollé. Je me réveille lentement, embrumée, désorientée, le corps endolori par les étreintes de la nuit, la peau moite de sueur, les cheveux emmêlés sur l'oreiller. Il me faut quelques secondes pour me souvenir où je suis, pour me rappeler les événements de la veille. L'entrepôt. Les hommes de main. Yanis qui surgit des ombres. Cette chambre d'hôtel miteuse. Nos retrouvailles bestiales et désespérées.Yanis est encore endormi à côté de moi, son bras passé autour de ma taille, son visage enfoui dans mon cou. Sa respiration est lente et profonde, ses traits sont détendus, paisibles, comme je ne les ai pas vus depuis des semaines. Il n'a plus
Je pose mes mains sur son visage, mes paumes contre ses joues, mes doigts caressant sa barbe naissante. Sa peau est chaude, rugueuse, vibrante d'émotion contenue. Ses yeux plongent dans les miens, ces yeux vert émeraude qui m'ont fait chavirer, qui m'ont fait fondre, qui m'ont fait l'aimer.— Je ne suis pas Elena. Je ne vais pas mourir. Je suis là. Vivante. Avec toi.— Tu as failli mourir aujourd'hui. Si j'étais arrivé cinq minutes plus tard...— Tu n'es pas arrivé cinq minutes plus tard. Tu es arrivé à temps. Tu m'as sauvée.— J'aurais pu ne pas être là. J'aurais pu être à l'autre bout de la ville, en train de traquer Silvano, et je ne l'aurais jamais su. Matteo m'a appelé. Il m'a dit que tu étais partie pour l'entrepôt. J'ai roulé comme un fou pour te rejoindre. J'ai grillé tous les feux rouges,
LEILALa voiture file à travers les rues de Marseille, silencieuse et rapide comme un prédateur nocturne en pleine journée. Matteo conduit, les yeux fixés sur la route, les mains crispées sur le volant, ignorant délibérément la scène qui se déroule sur la banquette arrière. Yanis ne m'a pas lâché la main depuis que nous avons quitté l'entrepôt. Ses doigts sont entrelacés aux miens, solides et chauds, mais sa mâchoire est contractée, ses yeux fixés droit devant lui, son corps tendu comme un arc prêt à décocher sa flèche.Il est furieux. Je le sens dans chacun de ses muscles, dans chacun de ses souffles, dans chacun de ses battements de cœur. Pas furieux contre Silvano, pas furieux contre les hommes qui m'ont attaquée. Furieux contre moi. Furieux que j'aie désobéi, que j'aie q
YANISL'enveloppe arrive un matin comme les autres, portée par un coursier en costume noir qui refuse de la donner à quiconque d'autre que moi. Il reste planté dans le hall, silencieux, patient, comme si sa mission dépendait de cette enveloppe et d
YANISElle s'est endormie. Sa respiration est devenue régulière, son corps s'est alangui contre le mien, ses doigts ont relâché leur étreinte sur ma chemise. Elle dort paisiblement, sa tête sur mon épaule, confiante comme un enfant.Je n'ose plus bouger. Je n'ose même plus respirer, de peur de la r
LEILALe silence qui suit nos confidences est différent de tous les silences que nous avons partagés. Ce n'est pas un silence de fuite, ni de colère, ni de tristesse. C'est un silence de paix. De réconciliation. De communion.Je pose ma tête sur son épaule, mon front contre son cou, mes doigts entr
YANISLe dîner est terminé. Les bougies ont presque fini de se consumer, la cire coule en rivières blanches sur la nappe. Le vent s'est levé, apportant l'odeur du sel et des pins. Nous sommes repoussés dans le salon, sur le canapé face à la baie vitrée. Elle a posé sa tête sur mon épaule, ses pieds







