FAZER LOGINChapitre 14 — Les règles du jeuNaomiJe me réveille dans son lit.La lumière du matin filtre à travers les rideaux. Les oiseaux chantent dans le jardin. Tout est calme. Tout est doux. Tout est faux.Je suis seule. Le côté d'Adrian est vide. Les draps sont froids. Il est parti depuis longtemps. Je me redresse lentement. Mon corps est lourd. Ma tête bourdonne. La nuit a été courte. Trop courte. Et trop pleine.Je me souviens de tout.Le baiser. Les larmes. Les mots. Je préfère vous perdre en vous gardant que vous garder en vous perdant. Ses yeux. Ses mains. Sa bouche. Tout. Je me souviens de tout.Et je ne sais pas quoi en faire.Je me lève. Je me douche. Je m'habille. Machinalement. Une robe simple. Un chignon. Rien de spécial. Je refuse de penser à hier soir. Je refuse de penser à lui. Je refuse de penser à ce que je ressens. Parce que si je pense, je vais m'effondrer. Et je ne peux pas m'effondrer. Pas maintenant. Pas encore.Je descends. La salle à manger est vide. Pas d'Adrian. Pa
Chapitre 13 — Le baiser voléNaomiMinuit approche.Je n'ai pas appelé Adrian. Je n'ai rien dit à personne. Je suis seule dans ma chambre, habillée de noir, les cheveux attachés, le cœur battant trop vite. Sur mon lit, la lettre d'Ingrid est étalée. Je la relis une dernière fois. La vérité sur la mort de ta mère.Je sais que c'est un piège. Je le sais. Chaque cellule de mon corps me hurle de ne pas y aller. Mais il y a cette voix. Plus forte. Plus profonde. Cette voix qui me murmure que si je n'y vais pas, je le regretterai toute ma vie.Je prends mon téléphone. Je tape un message. Pas pour Adrian. Pour Karl.Je sors. Ne le dites pas à M. Kessler. Je reviens dans deux heures.J'efface le message. Je le réécris. Je l'efface encore. Non. Si j'envoie ça, Karl viendra. Ou il préviendra Adrian. Et tout sera fini avant d'avoir commencé.Je pose le téléphone. Je prends une veste. Je sors de la chambre. Le couloir est sombre. Silencieux. Les domestiques dorment. Marthe dort. Karl dort. La mai
Chapitre 12 — Le premier contactNaomiLe lendemain, Adrian part tôt.Il a des rendez-vous. Des avocats. Des enquêteurs. Des hommes qui vont l'aider à détruire sa mère. Il me dit de rester au manoir. De ne pas sortir. De ne parler à personne. De faire attention.Je déteste recevoir des ordres. Mais cette fois, je l'écoute. Parce que je sais qu'il a raison. Parce que je sais qu'Ingrid est dangereuse. Parce que je sais que je suis une cible.La journée passe lentement. Je tourne en rond. Je lis. Je marche dans le jardin. Je regarde les fleurs. Les roses. Les lys. Les tournesols. Maman aurait adoré ce jardin. Elle aurait passé des heures ici. À planter. À tailler. À chanter.Je pense à elle. À sa voix. À ses mains. À ses yeux. À tout ce qu'elle m'a appris. À tout ce qu'elle m'a laissé.Je pense à Léa. À l'hôpital. À son sourire quand je suis partie. À sa force. À sa vie qui recommence.Je pense à Adrian. À ses yeux gris. À ses mains. À sa bouche. À ses mots. Je vous aime depuis toujours.
Chapitre 11 — La guerre est déclaréeNaomiIngrid est partie, mais son poison reste.Je le sens dans l'air. Dans les murs. Dans les regards des domestiques qui baissent les yeux quand je passe. Ils ont entendu. Ils savent. Ils ont peur. Pas de moi. D'elle. De la femme qui a régné sur cette maison avant moi. De la femme qui a tué ma mère.Je monte dans la chambre. Je ferme la porte. Je m'appuie contre le bois. Je respire. Profondément. Mais l'air n'entre pas. Ma gorge est serrée. Mes mains tremblent. Je glisse le long de la porte. Je m'assois par terre. Les genoux contre la poitrine. La tête entre les bras.La fille de la putain.Ses mots résonnent encore. Comme une gifle. Comme une lame. Comme un poison qui se répand dans mes veines.Ma mère n'était pas une putain. Ma mère était une femme douce. Une femme qui chantait en travaillant. Une femme qui sentait les fleurs. Une femme qui m'aimait. Une femme qui est morte en me protégeant.Et cette femme... cette Ingrid... cette monstresse...
Chapitre 10 — La mèreNaomiLe lendemain matin, je descends petit-déjeuner avec une boule au ventre.Je n'ai pas dormi. J'ai passé la nuit à revoir les carnets. Les photos. Les mots. Je vous aime depuis toujours. Pour toujours. Je les ai lus. Tous. Chaque page. Chaque ligne. Chaque aveu.Je connais Adrian Kessler maintenant. Je connais son enfance. Sa solitude. Sa mère cruelle. Son père absent. Sa souffrance. Je connais tout. Et malgré moi... malgré tout... je le comprends.Mais je ne lui pardonne pas.Je ne peux pas.La salle à manger est silencieuse. Adrian est là. Il boit son café. Il lit son journal. Il lève les yeux quand j'entre.— Vous avez lu les carnets.— Oui.— Tous ?— Tous.— Et ?— Et je ne sais plus quoi penser.Il hoche la tête. Il ne sourit pas. Il ne triomphe pas. Il attend.— Je ne vous pardonne pas, je dis. Je ne vous pardonnerai jamais.— Je sais.— Mais je... je ne peux pas vous haïr non plus. Et ça me rend folle.— Je sais.— Arrêtez de dire je sais !Ma voix cl
Chapitre 9 — Le manoir aux mille secretsNaomiLéa est stable.Les médecins disent qu'elle va se rétablir. Qu'elle pourra rentrer dans deux semaines. Qu'elle vivra. Vraiment. Longtemps. Normalement.Je devrais être soulagée. Je devrais être heureuse. Et je le suis. Quelque part. Au fond de moi. Mais il y a autre chose. Une ombre. Une inquiétude. Une peur que je n'arrive pas à nommer.Parce que maintenant, il n'y a plus d'excuse.Léa est sauvée. L'opération est payée. Le contrat est signé. Et je dois rentrer au manoir. Avec lui. Pour quatre-vingt-sept jours. Quatre-vingt-sept jours qui me séparent encore de ma liberté.Karl vient me chercher à l'hôpital à dix-huit heures. Léa dort. Je l'embrasse sur le front. Je lui murmure que je reviendrai demain. Elle sourit dans son sommeil. Elle ne sait pas. Elle ne sait pas ce que je fais pour elle. Elle ne saura jamais.La berline noire m'attend devant l'entrée. Karl ouvre la portière. Je monte. Je regarde l'hôpital s'éloigner. Les lumières. Les







