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CHAPITRE 2 - Anastasia

作者: A. Nyxalea
last update 公開日: 2026-08-27 16:33:23

Les quatre jours suivants ne me laissèrent presque aucun répit. Orlov demeura introuvable, mais nous récupérâmes ses entrepôts et une partie des hommes qu’il avait achetés. Deux capitaines refusèrent de me prêter serment et furent placés sous garde. Deux organisations déplacèrent des soldats près de nos frontières avant de les rappeler lorsque Lev doubla nos patrouilles. Trois autres capitaines reçurent des offres pour changer de camp. L’un accepta. Il n’eut pas le temps de profiter de l’argent.

Je dormis moins de six heures en quatre nuits. Chaque fois que je fermais les yeux, je revoyais la main de mon père sur la couverture sombre et j’entendais Ivan prononcer ces trois mots : Viktor est mort. Alors je retournais dans le bureau de mon père et je travaillais jusqu’à ce que le jour se lève.

La nouvelle de sa mort se répandit avant la fin de la première matinée. Avec elle naquirent plusieurs versions de mon avenir. Selon certaines, Ivan dirigeait réellement la Bratva et me laissait occuper le fauteuil de mon père par affection. Selon d’autres, Medvedev préparait déjà mon remplacement. La plus généreuse me donnait six mois avant de perdre mes territoires ou la vie.

La prochaine réunion des Pakhans devait avoir lieu une dizaine de jours plus tard chez Sergei Volkov. Mon père aurait dû m’y conduire lui-même. Les autres Pakhans refusèrent d’attendre aussi longtemps. Sergei les convoqua dans sa propriété le soir de l’enterrement.

À la fin de la cérémonie, je restai devant la tombe jusqu’à ce que le dernier invité se soit éloigné. La terre fraîche recouvrait désormais le cercueil. Des couronnes s’entassaient autour de la tombe, envoyées par des hommes qui avaient respecté mon père, craint son nom ou attendu sa mort.

Ivan se plaça près de moi, sans parler.

— Tu peux encore annuler, dit-il finalement.

— Non.

— Ils utiliseront ton deuil contre toi.

— Ils l’utilisent déjà.

Je quittai le cimetière sans me retourner. Dans moins de deux heures, je devais convaincre les hommes les plus puissants de Russie que la mort de Viktor n’avait libéré ni son fauteuil, ni ses contrats, ni un seul mètre de son territoire.

Mikhail Volkov m’attendait dans le bureau de mon père lorsque je revins au domaine. Un dossier noir reposait devant lui, accompagné des copies de chaque accord qui liait les Morozov aux organisations convoquées chez son frère.

Mon père l’avait recruté trois ans plus tôt, après sa rupture avec sa famille. Mikhail gérait une partie de nos finances et connaissait déjà nos comptes mieux que certains hommes présents depuis vingt ans. Viktor lui avait accordé sa confiance. Jusqu’ici, Mikhail ne m’avait jamais donné de raison de lui retirer la mienne.

— Tous les chiffres ont été vérifiés deux fois, annonça-t-il. J’ai ajouté les dernières transactions d’Orlov et les offres reçues par nos capitaines.

Je parcourus les premières pages.

— Il manque le contrat d’Oust-Louga.

— Sous l’intercalaire gris. La part des Volkov est de dix-huit pour cent, pas vingt. Sergei tentera probablement d’obtenir les deux points supplémentaires que Viktor lui refusait.

— Tu connais bien ton frère.

Son visage ne trahit rien.

— Suffisamment pour savoir qu’il ne laisse jamais passer une faiblesse.

— Et ce soir, tout le monde pense que j’en suis une.

— Ce soir, ils vont surtout chercher à savoir si c’est vrai.

Il referma le dossier et me le tendit.

— Votre père m’a donné une place lorsque je n’en avais plus. Je n’oublie pas ce que je lui dois.

— Alors aide-moi à protéger ce qu’il a construit.

— C’est déjà fait, Pakhan Morozova.

Il fut le premier à m’appeler ainsi sans y être obligé.

Ivan s’installa à côté de moi dans la voiture. Il portait encore le costume noir des funérailles. Le dossier de Mikhail reposait sur mes genoux et la chevalière de mon père tournait légèrement autour de mon doigt à chaque virage.

— Laisse-moi entrer avec toi, demanda-t-il.

— Seuls les Pakhans sont conviés.

— Sergei pourrait faire une exception.

— Et les autres te regarderont chaque fois que j’ouvrirai la bouche pour savoir si tu approuves. Non.

Il détourna les yeux vers la vitre.

— Ils vont te provoquer.

— Je sais.

— Gromov essaiera de placer quelqu’un à ta place. Certains défendront leurs accords. D’autres attendront de voir qui prend l’avantage avant de parler. Quant à Sergei…

— Quoi, Sergei ?

— Il ne te défendra pas.

— Je ne vais pas chez lui pour être défendue.

Les grilles du domaine Volkov apparurent au bout de la route. Derrière elles, une longue allée traversait une propriété entourée d’arbres et de murs assez hauts pour arrêter autre chose que les regards.

Ivan posa une main sur mon avant-bras lorsque la voiture s’immobilisa devant les marches.

— Tu n’as rien à leur demander, Anastasia. Ne les laisse pas transformer cette réunion en jugement.

— Je ne leur demande rien. Je viens leur apprendre que la place de mon père n’est pas libre.

Deux gardes m’attendaient à l’entrée. Je leur remis mon pistolet et le couteau fixé contre ma cuisse. L’un d’eux inspecta mes vêtements, effleura la rose noire piquée dans mon chignon et la considéra comme un simple bijou. Il ne remarqua pas la fine pointe d’acier dissimulée sous ses pétales.

Un troisième homme me conduisit au premier étage. À mesure que nous avancions, les voix provenant du salon devinrent plus distinctes. Ils avaient commencé sans moi. Ou peut-être parlaient-ils assez fort pour que je les entende décider de mon avenir avant même mon entrée.

Le garde s’arrêta devant deux hautes portes sombres.

— Anastasia Morozova, annonça-t-il.

Les battants s’ouvrirent.

Autour de la longue table, les hommes les plus dangereux de Russie tournèrent les yeux vers moi. Certains avaient connu mon père. D’autres espéraient déjà se partager ce qu’il m’avait laissé.

Au bout de la pièce, Sergei Volkov referma lentement le dossier posé devant lui. Il ne se leva pas.

Je franchis le seuil sans baisser les yeux.

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    — Je cherche la logique. Sergei avait déjà des accords avantageux avec nous. Une guerre lui aurait coûté davantage que deux points à Oust-Louga.— Mikhail est aussi un Volkov.Ivan ne répondit pas immédiatement.— C’est lui qui a trouvé le transfert.— Cela ne l’innocente pas.— Non.Je regardai à travers la petite vitre renforcée. Orlov avait baissé la tête. Cinq années de fuite s’achevaient dans la pièce où j’avais découvert le corps de mon père.— Il manque quelque chose, repris-je. Celui qui a payé ne cherchait ni un territoire ni un contrat. Il a cessé de protéger Orlov dès que Viktor est mort.— Une vengeance personnelle.— Ou une menace supprimée.Le visage d’Ivan resta fermé. Sa fatigue creusait davantage les lignes autour de ses yeux. Il avait vieilli pendant ces cinq années, même s’il refusait de l’admettre.— Tu devrais rentrer quelques heures, dit-il. Je reste avec Lev jusq

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