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Chapitre 4— Le Regard de Liam

Author: Déesse
last update publish date: 2026-03-11 17:54:54

Éabha

— Tu savais.

Ma voix est rauque, brisée par les heures de cris et de pleurs. Je suis adossée au chêne, les jambes engourdies par le froid, la robe trempée de rosée, déchirée, souillée. Je dois ressembler à une épave. Une omega brisée.

Devant moi, à quelques mètres, Liam me regarde.

Il est venu.

Bien sûr qu'il est venu. Il fallait qu'il vienne. Pour finir le travail. Pour s'assurer que je ne fasse pas de scandale. Pour me dire les mots qui achèveront de me briser.

— Tu savais depuis le début.

Il ne répond pas tout de suite. Il s'appuie contre un arbre, les bras croisés, son visage à moitié dans l'ombre. Calme. Détendu. Comme si tout ça était sans importance. L'alpha qui contemple l'omega qu'il a écrasée.

— Oui, finit-il par dire. Je savais.

— Depuis quand ?

— Depuis toujours. Depuis que j'ai compris ce que signifiait être l'âme sœur de la fille du chef. Depuis que j'ai vu ce que ça pouvait m'apporter.

Je voudrais pleurer, mais je n'ai plus de larmes. Je voudrais crier, mais ma voix est morte. Alors je le regarde, cet étranger qui a partagé ma vie pendant vingt ans, et j'essaie de comprendre.

— Tu m'as menti. Pendant toutes ces années, tu m'as menti.

— Je t'ai protégée.

— PROTÉGÉE ?

Mon rire est amer, cassé. Je tousse, j'ai mal à la gorge.

— Tu m'as détruite, Liam. Tu as détruit ma vie. Ma famille. Tout.

— Ta famille, c'est précisément le problème.

Il se redresse, s'approche de quelques pas. Son visage est froid, calculateur. Je ne l'ai jamais vu comme ça. Ou peut-être que je n'ai jamais voulu le voir, aveuglée par mon amour d'omega soumise.

— Ton père est un bêta commerçant, Éabha. Ta mère est une omega. Vous n'avez ni pouvoir, ni influence, ni argent. Tu crois que j'allais passer ma vie dans cette médiocrité ? Moi, un alpha prometteur ?

— Tu m'aimais.

— Je t'aimais assez pour te garder. Pour te protéger. Tu aurais pu être ma maîtresse, vivre dans l'ombre, profiter de ma réussite. J'aurais pris soin de toi, discrètement. Mais tu as toujours été trop fière pour ça. Trop idéaliste.

Sa maîtresse.

Le mot résonne dans ma tête comme un glas. Sa chose. Son jouet. L'omega qu'on utilise quand on a envie de douceur, avant de retourner auprès de la vraie compagne, l'alpha digne de ce nom.

— Tu voulais que je devienne ta maîtresse ?

— C'était le plan, oui. Tu aurais eu une belle vie. Un appartement, de l'argent, ma protection. Personne n'aurait osé te toucher, tu serais restée ma chose précieuse. Mais il a fallu que tu croies au grand amour, au destin, à toutes ces conneries.

Il secoue la tête, presque avec pitié.

— Le destin, Éabha, ça n'existe pas. Il n'y a que des opportunités. Et toi, tu n'en es pas une. Tu n'es qu'une omega. Tu es née pour servir, pas pour régner.

Je me lève. Mes jambes tremblent, mais je me lève. Je le regarde dans les yeux, pour la première fois sans amour, sans illusion. Pour la première fois, je ne baisse pas la tête devant un alpha.

— Tu vas regretter ça, Liam MacCarthy.

Il rit. Un rire franc, amusé.

— Vraiment ? Toi ? Une omega de rien, sans famille, sans alliés, sans force ? Qu'est-ce que tu pourrais bien me faire ? Me regarder méchamment ?

— Je ne sais pas encore. Mais je trouverai.

Il s'approche encore, tout près. Son odeur, celle que j'aimais tant, me soulève le cœur. Il tend la main, attrape une mèche de mes cheveux, la fait glisser entre ses doigts.

— Tu es belle, dit-il, presque rêveur. C'est vrai, tu es belle. Une des plus belles omegas que j'aie jamais vues. C'est pour ça que je t'ai gardée si longtemps. C'est pour ça que j'aurais aimé te garder encore.

Il lâche mes cheveux, recule d'un pas.

— Mais la beauté, ça ne suffit pas. Pas dans notre monde. Il faut de la force. Du sang. Du pouvoir. Tu n'as rien de tout ça.

Il marque une pause, savourant ses mots.

— Écoute-moi bien, Éabha. Tu vas rentrer chez toi, tu vas pleurer un bon coup, et tu vas oublier tout ça. Ne fais pas de scandale. Ne cherche pas à te venger. Parce que si tu t'approches de moi, si tu t'approches de Saoirse, je te détruirai. Toi, ta famille, tout ce que tu aimes. Je réduirai votre vie en cendres. Et personne ne lèvera le petit doigt pour toi. Parce que tu n'es qu'une omega. Parce que je serai le gendre du chef suprême. Et toi, tu ne seras que la fille d'un commerçant ruiné.

Il recule, me toise une dernière fois. Son regard s'attarde sur mon corps, sur ma robe déchirée, sur mes jambes nues. Il y a quelque chose dans ses yeux... du désir, encore. Du regret. Du mépris.

— Dommage, murmure-t-il. Tu aurais fait une si bonne petite maîtresse.

Il tourne le dos et s'enfonce dans la forêt, me laissant seule avec ma rage et ma douleur.

Je m'effondre contre l'arbre. Je glisse lentement jusqu'à terre. Mes forces m'abandonnent. Je ne suis rien. Je n'ai jamais été rien.

Une omega : Faible , soumise et jetable.

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