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Chapitre 11 - L’illusion d’un souffle

Author: A. M. H.
last update Last Updated: 2026-02-04 07:00:00

La porte grinça en s'ouvrant sur une pièce si étroite que l'air semblait s'y être figé depuis des décennies, prisonnier entre les murs de plâtre écaillé. La chambre n'offrait que le strict nécessaire : un lit aux draps de lin rêche qui occupait la majeure partie de l'espace, une table de chevet bancale dont le bois portait les stigmates de vieilles auréoles de bougies, et un unique fauteuil en cuir craquelé, niché dans un coin sombre, souvenir d’un vestige oublié. L'odeur de la cire d'abeille

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    La porte grinça en s'ouvrant sur une pièce si étroite que l'air semblait s'y être figé depuis des décennies, prisonnier entre les murs de plâtre écaillé. La chambre n'offrait que le strict nécessaire : un lit aux draps de lin rêche qui occupait la majeure partie de l'espace, une table de chevet bancale dont le bois portait les stigmates de vieilles auréoles de bougies, et un unique fauteuil en cuir craquelé, niché dans un coin sombre, souvenir d’un vestige oublié. L'odeur de la cire d'abeille et de la poussière nous enveloppa, une promesse de confort qui, dans ce contexte, ressemblait plutôt à un piège étouffant.Je n'eus pas le temps d'ouvrir la bouche que deux coups secs retentirent contre le bois. La femme de Bram entra, déposant en silence deux assiettes fumantes de ragoût dont l'arôme de thym et de graisse chaude embauma brusquement la pièce, flanquées d'une miche de pain à la croûte épaisse. Elle jeta un regard curieux, presque méfiant vers la silhouette encapuchonnée qui

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    Je n'attendis pas que la créature bondisse. D'un geste sec, je posai rapidement la lanterne sur le rebord d'un fût de bière. La flamme vacilla, projetant de nouvelles ombres monstrueuses contre les murs de pierre suintants tandis que je dégainais ma seconde lame dans un sifflement métallique.Trapu, haut comme un enfant, mais doté de membres noueux et de griffes d'un noir d'ébène, le Gnome fonça droit sur mes jambes. L'espace était exigu, encombré de tonneaux poisseux et de sacs de grains dont la poussière me piquait la gorge, entravant chacun de mes mouvements. Je pivotai de justesse, sentant le souffle fétide et chaud, une odeur de viande putréfiée et de terre mouillée, contre mon mollet. Il poussa un cri, enragé de rater son coup, et renouvela sa méthode. Encore et encore. Il n'était qu'une boule de muscles et de haine bondissante dans la pénombre. Une fois la bête essoufflée, ses mouvements devenant plus lourds, je profitai d’une ouverture et j'abattis une de mes dagues.

  • La résonance de nos corps   Chapitre 9 - Les murmures du tavernier

    Bram s’approcha de moi alors que je finissais le fond de ma chope. Son regard, fuyant et chargé d'une anxiété palpable, oscillait nerveusement entre moi et les quelques clients qui s'attardaient encore près du foyer, là où les dernières bûches craquaient en projetant des ombres mouvantes. Il posa ses mains massives sur le comptoir, le bois grinçant sous son poids, et se pencha. Son haleine, chargée de tabac froid et d'une pointe de sueur rance, vint me chatouiller le visage dans un souffle discret.« Hannah, » murmura-t-il, la voix à peine plus haute qu'un crépitement de bûche. « J’ai un souci. Et pas des moindres. »Je me redressai, le cuir de ma tunique crissant contre le tabouret. Je sentais immédiatement la tension monter chez le tavernier, une raideur dans ses épaules et une fatigue persistante qu’il essayait de dissimuler sous ses paupières lourdes.« Du genre ? »« Le genre qu’on ne règle pas avec un revers de main et une gueule de bois. »Je fronçai les s

  • La résonance de nos corps   Chapitre 8 - La présence décorative

    Les lumières d'Oakhaven perçaient la brume telles des yeux de loups en pleine nuit. Ce village n'était qu'un amas de bois sombre et de chaume grisâtre, mais pour moi, il représentait le retour brutal à une civilisation que je ne savais plus comment aborder. Je marquai un instant d’arrêt, sentant le froid de la nuit se densifier autour de nous. L’odeur de la suie et du bétail m’assaillit, une promesse de vie qui me parut soudainement différente. « Rappelez-vous, » soufflai-je à l'ombre qui marchait dans mes pas, juste avant que nous ne franchissions l’arche du village. « Vous ne parlez pas. Vous ne regardez personne. Vous êtes... une présence décorative. »« Une présence décorative, » répéta-t-il, sa voix filtrant à travers les plis de sa capuche avec une ironie glaciale. « De mieux en mieux. »À peine avions-nous franchi les premières maisons que je sentis la tension monter d'un cran. Les villageois, regroupés par petits cercles devant leurs portes, cessèrent leurs conciliabules. J’é

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  • La résonance de nos corps   Chapitre 6 - Le fil invisible

    Je ne fis pas plus de deux lieues.La rage, qui m’avait servie de brasier à Blackwood, s’évapora brusquement alors que je m’enfonçais sous le couvert des pins. Le froid de la nuit, que je ne sentais plus, se rappela subitement à moi avec une morsure atroce, s'insinuant sous ma tunique lacérée. Je m’arrêtai, une main appuyée contre l’écorce rugueuse et poisseuse de résine d’un arbre, sentant mon cœur ralentir jusqu’à l’absurde.Ce n’était pas de la fatigue. C’était une extinction.Ma cicatrice, ce point de chaleur qui m'avait portée, devint soudain un éclat de glace fiché dans mes entrailles. Ma vision se fragmenta ; les silhouettes des arbres s'étirèrent comme des spectres avant d'être englouties par un noir d'encre. Ma main glissa contre l'écorce froide, et le sol percuta mon visage dans un goût de terre et d'aiguilles de pins avant même que je n'aie pu comprendre que je tombais.Puis, le néant. À nouveau.Un crépitement. Un silence massif, seulement troublé par le sifflement de l'ai

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