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Chapitre 79 — La confrontation

Autor: Eternel
last update Data de publicação: 2026-10-27 09:00:00

Dario

Il m'a regardé longtemps.

Je veux dire vraiment longtemps, cinq secondes, six secondes, ce qui ne ressemble à rien quand on le lit et qui dure une éternité quand on le vit. Il était assis derrière son bureau, il avait reposé le téléphone doucement, il avait croisé les mains, et il me regardait avec un visage que je ne connaissais pas.

Non, pardon. C'est l'inverse. Il me regardait avec le visage qu

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    DarioIl m'a regardé longtemps.Je veux dire vraiment longtemps, cinq secondes, six secondes, ce qui ne ressemble à rien quand on le lit et qui dure une éternité quand on le vit. Il était assis derrière son bureau, il avait reposé le téléphone doucement, il avait croisé les mains, et il me regardait avec un visage que je ne connaissais pas.Non, pardon. C'est l'inverse. Il me regardait avec le visage que je connaissais, mais je voyais en dessous. C'est ça qui arrive quand on a entendu la voix sans le costume : après, on voit le visage sans le visage. Je voyais son sourire paternel, et je voyais, en dessous, le calcul. Je voyais ses yeux clairs, ces yeux que je trouvais doux quand j'avais neuf ans, et je voyais qu'ils n'étaient pas doux, ils étaient clairs, ce qui n'est pas du tout la même chose, la clarté n'est pas une qualité du cœur, c'es

  • La voisine du parrain   Chapitre 78 — Le téléphone

    DarioJe vais vous dire un truc que personne ne croit jamais quand je le raconte : j'adorais Enzo.Vraiment. Adoré. Au sens plein, au sens idiot, au sens où un gamin de neuf ans adore l'homme qui le soulève sur ses épaules à l'enterrement de son père et qui lui dit, à l'oreille, pendant que tout le monde pleure : Toi, tu ne pleures pas. Les garçons de cette maison ne pleurent pas devant les étrangers. Tu pleureras ce soir, chez Donna Carmela, et elle te tiendra la tête. J'ai pleuré ce soir-là chez Donna Carmela, elle m'a tenu la tête, et Enzo est devenu, ce jour précis, le deuxième pilier de ma vie. Le premier étant Carmela. Le troisième étant le Don. Ça faisait un triangle parfait, solide, l'équilibre des meubles à trois pieds.Quand les rumeurs ont commencé à courir, après l'histoire du camion, ap

  • La voisine du parrain   Chapitre 77 — Le fils du doute

    DarioJe vais vous dire un truc sur moi : je ne suis pas intelligent. Je le sais, tout le monde le sait, ma marraine Carmela le dit en soupirant, le patron le dit en riant, et Enzo, lui, Enzo dit que l'intelligence est surestimée et que ce qui compte c'est le cœur. C'est pour ça que j'aime Enzo. C'est le seul qui a jamais trouvé quelque chose de bien à dire sur ma tête vide.Alors quand les rumeurs ont commencé, ces rumeurs de couloir que même les murs de l'immeuble finissent par répéter, j'ai fait ce que font les gens pas intelligents : j'ai refusé de les entendre.C'était un soir, chez L'Auberge du Quai, où les hommes du port boivent depuis que le monde est monde. Toto le Bavard était au comptoir, trois pastis de trop dans le nez, et il disait, à celui qui voulait l'entendre, que l'infirmière du patron fouillait partout, que la vieille Carmela tenait un carnet, qu'il y avait des histoires sur la mort de monsieur Vincenzo qui refaisaient surface, et que le nom d'Enzo tournait dans ce

  • La voisine du parrain   Chapitre 76 — La trace

    ZoéGino et Fifi ne sont pas des enquêteurs. Gino pleure sur les romans d'amour et Fifi s'évanouit devant les aiguilles, et pourtant, ce soir-là, dans le bureau du fond que Massimo leur a donné comme on donne une cuisine à deux enfants sages, ce sont eux qui trouvent la trace.C'est Fifi qui a eu l'idée, et il faut la raconter, parce que personne ne croira jamais que l'idée vienne de Fifi.— Docteur, il m'a dit, trois jours après mon retour. Vous cherchez comment il a tué monsieur Vincenzo. Mais vous cherchez les preuves de maintenant. Moi je me dis : les morts, ça coûte cher. Pas les balles, les balles c'est rien. Mais faire disparaître une voiture, payer les gars qui nettoient, faire taire un témoin, graisser un gardien de fourrière, ça coûte cher. Et l'argent, docteur, l'argent il laisse toujours des traces. Toujours. Même monsieur Enzo, il peut pas payer du liquide qui existe pas. Le liquide, il sort de quelque part.Alors ils ont fouillé. Pas les comptes actuels, trop surveillés,

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    ZoéTrois jours plus tard, je remonte avec ma valise. Le taxi me dépose devant la porte à dix-neuf heures, l'heure bleue, celle où le port allume ses lampes et où la ville ressemble à une carte postale qu'on aurait légèrement brûlée sur les bords.Gino est dans le hall. Il me voit, il se lève, et il pleure. Il pleure comme il pleure sur ses romans, sans bruit, les larmes qui coulent toutes seules, et il prend ma valise avec une délicatesse absurde, comme si c'était un ostensoir.— Docteur. Vous êtes revenue.— Je suis revenue, Gino.— Je le savais. Je disais à Fifi, elle reviendra. Fifi disait non. Fifi a perdu vingt euros.— Dis à Fifi qu'il me doit un service, alors.Il monte la valise. Je monte derrière. L'escalier est le même, la cire est la même, l'odeur de la sauce de Rosalie descend du premier comme un baiser de bienvenue. Au premier palier, la porte de l'appartement de Carmela s'entrouvre d'un centimètre, et un œil noir me regarde, et la porte se referme sans un mot. Message r

  • La voisine du parrain   Chapitre 74 — La condition

    ZoéJe le fais attendre quatre jours. Pas par cruauté. Par chirurgie. Parce qu'une réconciliation, c'est comme une suture : si on la fait trop tôt, sur une plaie pas nettoyée, ça s'infecte, et la deuxième infection est toujours pire que la première.Le quatrième jour, je monte à la maison. En plein jour. Par la grande porte. Je veux que tout l'immeuble me voie monter : Gino sur sa chaise du hall, les gardes au pied de l'escalier, Rosalie à sa fenêtre de cuisine. Je veux que la nouvelle remonte avant moi, jusqu'au premier étage, jusqu'à la fenêtre entre les rideaux, jusqu'à l'ombre feutrée. L'infirmière revient. Le plan reprend. Qu'il croie que le plan reprend. C'est exactement ce que je veux qu'il croie.Massimo m'attend dans le salon. Il n'a pas dormi, je le vois à ses yeux, je vois aussi qu'il n'a pas bu une goutte de

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