Share

Chapitre 5

Author: Anatory
last update publish date: 2025-12-31 02:24:09

“J’aurais dû le tuer depuis longtemps, ce connard. Le laisser pourrir comme les autres. Putain, s’il touche à un de tes cheve...” Il s’arrête net, jetant sa veste sur le fauteuil avec une violence qui fait trembler le bureau. Puis, ses yeux verts se posent enfin sur moi, et quelque chose change. La fureur s’atténue légèrement, remplacée par un calme forcé. Il expire longuement, s’appuyant contre son bureau.

“Amanda,” dit-il d’une voix plus douce, presque surprise. “Ce n’est rien. Juste une... altercation.” Il fouille dans un tiroir latéral, sort une trousse de secours usée bandages, désinfectant, compresses. Mais avant qu’il n’ait le temps de l’ouvrir, je m’approche, mue par un instinct que je ne comprends pas moi-même. J’ai toujours été comme ça : aidante, empathique, même avec ceux qui ne le méritent pas. Mes colocataires me le reprochent souvent  “Amanda, arrête de réparer tout le monde” mais là, c’est plus fort que moi.

“Laissez-moi voir,” dis-je en tendant la main vers la trousse. Il hausse un sourcil, mais me la laisse prendre. Au lieu de la lui rendre, je l’ouvre sur le bureau, sors un coton imbibé de désinfectant. “Asseyez-vous. Ça pourrait s’infecter.”

Il hésite, puis s’assied sur le bord de son bureau, me laissant approcher. Je commence par sa tempe, tamponnant doucement la plaie. Le sang séché s’efface, révélant une coupure nette  couteau ? Poing ? Je n’ose pas demander. Cameron me regarde faire, silencieux, son souffle chaud effleurant mon poignet. Puis, d’une voix basse, presque murmurée :

“Tu ne devrais pas t’inquiéter pour moi, Amanda. Sinon, je pourrais penser que je te plais... et m’autoriser des choses auxquelles tu n’as même pas idée.”

Les mots me figent sur place. Une sensation électrique me traverse le corps, comme un courant chaud qui part de ma nuque et descend le long de mon échine. Ses yeux verts plongent dans les miens, intenses, possessifs, comme s’il me déshabillait déjà du regard. Je sens mes joues s’empourprer, gênée, exposée. Ce n’est pas du désir pas encore mais une confusion brûlante qui me noue l’estomac. J’essaie de changer de sujet, vite, pour briser le moment. “Je... je dois désinfecter les mains aussi. Sinon, ça pourrait empirer.”

Je m’agenouille légèrement pour atteindre ses mains posées sur ses genoux, tamponnant les jointures écorchées. Le contact est clinique, mais intime  ses doigts forts, calleux, contrastant avec ma peau douce. Il me laisse faire un instant, puis sa main libre se pose sous mon menton, relevant doucement ma tête vers lui. “Regarde-moi, Amanda.”

J’obéis, piégée par son regard. “Qu’est-ce que tu vois ? Un sale petit voyou de bas étage ? Un homme qui se bat dans les ruelles sombres pour survivre ?”

Sa voix est rauque, chargée d’une vulnérabilité fugace sous la façade dure. J’hésite, la gorge serrée. “Euh... non. Pas vraiment.”

Il sourit, un sourire froid mais teinté d’amusement. “Est-ce que tu penses que ces égratignures peuvent m’anéantir ? Que je suis faible parce que je saigne ?”

“Non,” murmuré-je, sincère malgré moi. Il est tout sauf faible.

“Alors, qu’est-ce que tu cherches, Amanda ?” Ses doigts effleurent ma joue, un geste presque tendre qui fait bondir mon cœur. Je ne sais pas pourquoi peur ? Curiosité ? Quelque chose de plus primal ? Je sens mon pouls s’accélérer, une chaleur diffuse monter en moi, mais je n’ai pas le temps d’analyser.

La porte s’ouvre à cet instant précis. Elena entre, un dossier épais sous le bras. “Monsieur Black, voici les documents que vous avez demandés. Et il y a une urgence : on vous demande au club immédiatement.” Elle dépose le dossier sur le bureau, jetant un regard discret mais curieux vers moi, toujours à genoux avec les bandages à la main. Puis elle s’en va, refermant la porte sans un mot de plus.

Le moment est brisé. Cameron se lève d’un bond, attrapant sa veste. “Je dois y aller.” Il me regarde une dernière fois, intense, avant de sortir en trombe.

Je reste seule, encore à genoux, le cœur battant. Lentement, je me relève, rangeant la trousse de secours. Mon regard tombe sur le dossier qu’Elena a déposé : étiqueté “CONFIDENTIEL” en lettres rouges majuscules. Il est là, ouvert sur le bureau, pages visibles des noms, des chiffres, des adresses qui semblent anodines au premier abord, mais qui pourraient cacher plus. Une idée ou plutôt une envie impulsive me traverse l’esprit. Et si je fouillais ? Après tout, je suis toute seule dans le bureau. Le contenu de ces documents pourrait me donner plus d’informations sur la situation. J’ai accepté ce contrat par peur, mais je ne suis pas bête. Je sais que plus j’en sais, plus j’ai des chances de m’en sortir. De comprendre ce qui se passe vraiment chez Black Industries. De peut-être trouver une issue.

Mais le risque est énorme. Cameron pourrait revenir à tout moment. Elena aussi. Et si on me surprend ?

Continue to read this book for free
Scan code to download App

Latest chapter

  • Le Diable en Costard    J'ai changée

    Je respirai profondément. Une fois. Deux fois. Trois.J'ouvris les yeux. Cameron était penché sur l'homme, ses doigts sous son menton, lui relevant la tête. La lumière crue du néon éclairait le visage du prisonnier un type d'une quarantaine d'années, le visage boursouflé, des poches sous les yeux, la barbe mal rasée. Il tremblait, ses attaches crissant contre l'accoudoir métallique de la chaise.— Tu sais pourquoi t'es là ? demanda Cameron, la voix calme, presque douce.L'homme hocha la tête, les yeux écarquillés.— Parce que... parce que j'ai volé le chargement. La livraison de la semaine dernière. Mais je vous jure, chef, j'avais pas le choix. Ma famille...— Ta famille, répéta Cameron, comme s'il goûtait le mot.— Ma femme, mon fils... ils m'ont dit que si je coopérais pas, ils leur feraient du mal. Alors j'ai pris le chargement, je l'ai planqué, et je devais le livrer hier soir.— Et tu ne l'as pas livré.— Parce que j'ai eu peur. Parce que j'ai pensé... j'ai pensé que vous me tu

  • Le Diable en Costard    Je suis une dure à cuire maintenant

    Je restai un instant immobile, adossée au bureau, le souffle encore court. Mes jambes tremblaient. Mes doigts aussi. Le bois du bureau était froid sous mes paumes, strié par mes ongles.Cameron avait disparu dans le couloir, sa silhouette massive s'éloignant d'un pas rapide. La porte était restée entrouverte. J'entendais sa voix, basse, grave, échangeant quelques mots avec Lewis.Je pris un tissu un mouchoir en papier sur son bureau, je ne sais pas comment il était arrivé là et je m'essuyai. Je remontai mon jean, fermai la braguette.J'aurais dû monter. Rentrer à l'appartement. Prendre une douche. L'attendre comme il me l'avait demandé.Mais mes pieds me portaient déjà vers la porte.— Tu fais quoi ? demanda-t-il en me voyant sortir.Il s'était arrêté dans le couloir, Lewis à ses côtés. Son visage était tendu, sa mâchoire serrée. Pas à cause de moi, à cause de ce qui l'attendait.— Je t'accompagne.Il rit. Un rire nerveux, presque gêné.— Je pense que tu devrais monter, Amanda.— Pou

  • Le Diable en Costard     Prends-moi ici !

    — Prends-moi, dis-je dans un souffle brûlant. Ici. Maintenant. Sur ce bureau.Ses yeux s’assombrirent instantanément, passant d’un bleu froid à un noir abyssal, animal. Sa mâchoire se contracta.Un rictus carnassier traversa ses lèvres. En une fraction de seconde, il me saisit par les hanches avec une force brute. Ses doigts s’enfoncèrent dans ma chair. Il me retourna violemment et me plaqua contre le bureau. Mes paumes s’écrasèrent sur le bois froid, mes doigts s’écartèrent largement. Les documents glissèrent, les photos tombèrent au sol, la grande carte de Londres se froissa sous mon ventre.Son corps massif se colla immédiatement contre mon dos. Je sentis son érection dure comme l’acier appuyer contre mes fesses à travers son pantalon. Son souffle chaud, saccadé, caressa ma nuque. Ses mains remontèrent lentement le long de mes cuisses tremblantes, glissant sous ma jupe avant d’attraper la ceinture de mon jean. D’une traction brutale, il le descendit jusqu’à mes chevilles. Mes baske

  • Le Diable en Costard    Visite surprise

    Les semaines avaient passé. Plus vite que je ne l'aurais cru.Chaque matin, je retrouvais Cameron dans la salle de sport privée. Chaque matin, il m'apprenait à frapper, à bloquer, à tomber, à me relever. Mes poings étaient moins maladroits, mes réflexes plus vifs, mon corps plus dur. Mais les séances finissaient toujours de la même manière son corps contre le mien, nos souffles mêlés, nos peaux moites de sueur.La dernière fois, c'était sur le tapis bleu. Il venait de me faire une clé de bras, j'avais riposté par un coup de tête maladroit, il avait ri ce rire grave que j'aimais tant et puis ses mains avaient glissé sous mon sweat, et plus rien d'autre n'avait compté.Je souris en y repensant, encore un peu rougissante.L'ascenseur de Black Industries montait en silence. Je n'étais pas revenue ici depuis des semaines. Depuis que ma relation avec Cameron avait changé, depuis que je n'étais plus sa secrétaire prisonnière.Les étages défilaient derrière la vitre. Le 67e. Le sien.Il ne s

  • Le Diable en Costard    Rébellion en vu ?

    *Quelques jours avant la rencontre entre Amanda et Sandro*L'atmosphère dans l'entrepôt de Marcus était lourde, chargée d'une tension que personne ne nommait mais que tous ressentaient. Les hommes se répartissaient entre les tables de poker, les canapés défoncés et le bar sommaire installé contre le mur. Les rires étaient rares, les regards méfiants, les silences pesants.Sandro était adossé au mur, un verre de whisky à la main, les yeux fixés sur rien. Il écoutait les murmures. Il les entendait depuis des semaines, ces chuchotements qui couraient entre les hommes quand Marcus tournait le dos. Des doutes. Des questions. Des vérités qu'on n'osait pas dire tout haut.*Pourquoi il nous a caché qu'elle existait ?**La fille de Richard... elle est à Londres, paraît-il.**Et lui, il dit rien. Il fait comme si de rien n'était.*Le plus vocal d'entre eux s'appelait Rico. Un ancien protégé de Richard, la quarantaine, le visage marqué par la rue. Il avait posé son verre sur la table et parlait

  • Le Diable en Costard    Succéder à mon père ?

    Le café refroidissait entre mes doigts. Sandro était penché vers moi, son regard sombre, presque douloureux.— Votre père, commença-t-il à voix basse, c'était un homme bien. Un type juste. Il ne faisait pas le mal pour le plaisir, vous comprenez ? Il protégeait les gens. Les faibles, les gamins des rues, les orphelins, tous ceux que personne voulait voir.Il nous a sortis de la merde. Sans lui... franchement, on serait morts dans une ruelle ou en train de croupir en prison.Ses mots résonnaient en moi, lourds, sincères. Je sentais ses doigts se crisper sur sa tasse, comme si chaque souvenir était une douleur physique.— Il ne parlait jamais de moi, dis-je, la voix plus fragile que je ne l'aurais voulu.— Non. Il parlait jamais de sa famille. Il disait que c'était la meilleure façon de vous protéger. Il répétait tout le temps : « Si quelqu'un apprend que j'ai une fille, elle deviendra une cible. » Il voulait pas que vous payiez pour ce qu'il faisait.— Et pourtant, tout le monde est au

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status