LOGIN“J’aurais dû le tuer depuis longtemps, ce connard. Le laisser pourrir comme les autres. Putain, s’il touche à un de tes cheve...” Il s’arrête net, jetant sa veste sur le fauteuil avec une violence qui fait trembler le bureau. Puis, ses yeux verts se posent enfin sur moi, et quelque chose change. La fureur s’atténue légèrement, remplacée par un calme forcé. Il expire longuement, s’appuyant contre son bureau.
“Amanda,” dit-il d’une voix plus douce, presque surprise. “Ce n’est rien. Juste une... altercation.” Il fouille dans un tiroir latéral, sort une trousse de secours usée bandages, désinfectant, compresses. Mais avant qu’il n’ait le temps de l’ouvrir, je m’approche, mue par un instinct que je ne comprends pas moi-même. J’ai toujours été comme ça : aidante, empathique, même avec ceux qui ne le méritent pas. Mes colocataires me le reprochent souvent “Amanda, arrête de réparer tout le monde” mais là, c’est plus fort que moi.
“Laissez-moi voir,” dis-je en tendant la main vers la trousse. Il hausse un sourcil, mais me la laisse prendre. Au lieu de la lui rendre, je l’ouvre sur le bureau, sors un coton imbibé de désinfectant. “Asseyez-vous. Ça pourrait s’infecter.”
Il hésite, puis s’assied sur le bord de son bureau, me laissant approcher. Je commence par sa tempe, tamponnant doucement la plaie. Le sang séché s’efface, révélant une coupure nette couteau ? Poing ? Je n’ose pas demander. Cameron me regarde faire, silencieux, son souffle chaud effleurant mon poignet. Puis, d’une voix basse, presque murmurée :
“Tu ne devrais pas t’inquiéter pour moi, Amanda. Sinon, je pourrais penser que je te plais... et m’autoriser des choses auxquelles tu n’as même pas idée.”
Les mots me figent sur place. Une sensation électrique me traverse le corps, comme un courant chaud qui part de ma nuque et descend le long de mon échine. Ses yeux verts plongent dans les miens, intenses, possessifs, comme s’il me déshabillait déjà du regard. Je sens mes joues s’empourprer, gênée, exposée. Ce n’est pas du désir pas encore mais une confusion brûlante qui me noue l’estomac. J’essaie de changer de sujet, vite, pour briser le moment. “Je... je dois désinfecter les mains aussi. Sinon, ça pourrait empirer.”
Je m’agenouille légèrement pour atteindre ses mains posées sur ses genoux, tamponnant les jointures écorchées. Le contact est clinique, mais intime ses doigts forts, calleux, contrastant avec ma peau douce. Il me laisse faire un instant, puis sa main libre se pose sous mon menton, relevant doucement ma tête vers lui. “Regarde-moi, Amanda.”
J’obéis, piégée par son regard. “Qu’est-ce que tu vois ? Un sale petit voyou de bas étage ? Un homme qui se bat dans les ruelles sombres pour survivre ?”
Sa voix est rauque, chargée d’une vulnérabilité fugace sous la façade dure. J’hésite, la gorge serrée. “Euh... non. Pas vraiment.”
Il sourit, un sourire froid mais teinté d’amusement. “Est-ce que tu penses que ces égratignures peuvent m’anéantir ? Que je suis faible parce que je saigne ?”
“Non,” murmuré-je, sincère malgré moi. Il est tout sauf faible.
“Alors, qu’est-ce que tu cherches, Amanda ?” Ses doigts effleurent ma joue, un geste presque tendre qui fait bondir mon cœur. Je ne sais pas pourquoi peur ? Curiosité ? Quelque chose de plus primal ? Je sens mon pouls s’accélérer, une chaleur diffuse monter en moi, mais je n’ai pas le temps d’analyser.
La porte s’ouvre à cet instant précis. Elena entre, un dossier épais sous le bras. “Monsieur Black, voici les documents que vous avez demandés. Et il y a une urgence : on vous demande au club immédiatement.” Elle dépose le dossier sur le bureau, jetant un regard discret mais curieux vers moi, toujours à genoux avec les bandages à la main. Puis elle s’en va, refermant la porte sans un mot de plus.
Le moment est brisé. Cameron se lève d’un bond, attrapant sa veste. “Je dois y aller.” Il me regarde une dernière fois, intense, avant de sortir en trombe.
Je reste seule, encore à genoux, le cœur battant. Lentement, je me relève, rangeant la trousse de secours. Mon regard tombe sur le dossier qu’Elena a déposé : étiqueté “CONFIDENTIEL” en lettres rouges majuscules. Il est là, ouvert sur le bureau, pages visibles des noms, des chiffres, des adresses qui semblent anodines au premier abord, mais qui pourraient cacher plus. Une idée ou plutôt une envie impulsive me traverse l’esprit. Et si je fouillais ? Après tout, je suis toute seule dans le bureau. Le contenu de ces documents pourrait me donner plus d’informations sur la situation. J’ai accepté ce contrat par peur, mais je ne suis pas bête. Je sais que plus j’en sais, plus j’ai des chances de m’en sortir. De comprendre ce qui se passe vraiment chez Black Industries. De peut-être trouver une issue.
Mais le risque est énorme. Cameron pourrait revenir à tout moment. Elena aussi. Et si on me surprend ?
— Pas vraiment. Elle est apparue il y a quelque temps et elle circule dans plusieurs villes. Il y a beaucoup de rumeurs, mais rien de suffisamment fiable pour que je puisse te dire qui se trouve derrière. Je ne sais pas précisément d'où elle vient ni qui l'a mise en circulation.Je pinçai les lèvres, hésitant à poser la question qui me trottait dans la tête depuis le début de la conversation.— Mais elle circule aussi sur ton territoire.— Oui, je sais.Je pris une inspiration.— Cameron, est-ce que tu es impliqué là-dedans ?Cette fois, le silence fut bref, mais sa réponse tomba sans détour.— Non. Je ne suis pas impliqué dans la distribution de cette drogue.Je gardai les yeux fixés sur le bord de la table.— Tu me le dis franchement ?— Oui. Je ne sais pas exactement d'où elle vient, ni qui la fait circuler. Je ne vais pas prétendre avoir des réponses que je n'ai pas, mais je sais que je n'ai rien à voir avec ça.Je ne répondis pas tout de suite. J'essayais de comprendre ce que je
Je me réveillai avec une sensation de raideur dans la nuque, encore à moitié endormie. Le plaid avait glissé jusqu'à ma taille et la lumière qui traversait les rideaux n'avait plus rien à voir avec celle de tout à l'heure. Je cherchai l'horloge du regard.Dix-huit heures.Je me redressai brusquement.— Merde…J'avais dormi presque trois heures. Sur les deux jours que je m'étais accordés avec ma mère, je venais d'en laisser filer une bonne partie de l'après-midi sans même m'en rendre compte.Je ramassai le plaid tombé au sol et le déposai sur le canapé avant de regarder autour de moi. Le salon était vide et la télévision éteinte. Je n'entendais aucun bruit venant de la cuisine.— Maman ?Seul le silence me répondit.Je me levai et traversai le couloir. La cuisine était également vide, mais une odeur de thé flottait encore dans l'air. Sur la table, un morceau de papier avait été laissé près de ma tasse.« Je suis partie chercher de quoi te cuisiner, ma chérie. Je reviens. »Je relus le
Mais la vérité ne m'appartenait plus tout à fait. Elle impliquait des hommes qui n'hésiteraient peut-être pas à s'en prendre à elle pour m'atteindre.Alors, je gardai le silence.Ma mère se leva finalement et emporta sa tasse dans l'évier.— Allez, viens. On sera mieux dans le salon. Je la suivis sans discuter. Une fois installées sur le canapé, je me rapprochai d'elle et posai la tête sur son épaule. Elle passa un bras autour de moi, attrapa la télécommande et alluma la télévision.Je n'avais même pas vraiment suivi le début du journal télévisé lorsque quelques mots retinrent mon attention.— Une nouvelle drogue particulièrement dangereuse circule actuellement dans plusieurs grandes villes. Les autorités sanitaires alertent la population sur les risques liés à cette substance, connue sous le nom de rue de « la Brume ».Je me redressai légèrement.À l'écran, le présentateur conservait son expression grave tandis que des images de rues londoniennes défilaient derrière lui. Je reconnus
Ma valise ne contenait presque rien. Deux jours, c'était tout ce que je m'autorisais. J'avais soigneusement plié quelques vêtements, glissé un pull et un jean entre mes sous-vêtements, puis ajouté ma trousse de toilette. Le strict nécessaire pour un court séjour, même si, quelques jours plus tôt, je m'étais encore imaginée rester une semaine, peut-être deux. L'idée m'avait paru merveilleuse, jusqu'à ce que la réalité me rappelle que je n'étais plus libre de faire ce genre de projets sans réfléchir aux conséquences.Ma mère ignorait tout de ce qui se passait dans ma vie. Elle ne connaissait ni Marcus ni Dante, pas plus qu'elle ne savait que certains hommes pouvaient désormais représenter une menace pour moi. Quant à Cameron, elle n'avait de lui qu'une image soigneusement incomplète : celle d'un patron séduisant, suffisamment fortuné pour m'offrir un appartement de fonction et une existence qui, de l'extérieur, n'avait rien d'inquiétant.Je tenais à ce qu'elle conserve cette version des
— Maman, c'est moi.— Amanda !Son enthousiasme me tira immédiatement un sourire. Je l'imaginai dans sa cuisine, probablement en train de préparer du thé, avec la radio qui jouait en fond sonore.— Comment tu vas, ma chérie ?— Ça va. Et toi ?— Oh, tu sais, la routine. Je m'occupe de la maison, je regarde mes émissions… Rien de très passionnant.Elle marqua une pause.— Mais je suis contente que tu m'appelles.Cette simple phrase me serra le cœur.— Je me demandais si je pouvais venir demain. Passer la journée avec toi, si tu es libre.Un silence lui répondit. Puis sa voix s'éclaira.— Bien sûr que tu peux venir ! Depuis quand as-tu besoin de me demander ça ?— Je ne voulais pas te déranger.— Me déranger ? Amanda, tu es ma fille. Tu ne me déranges jamais.Je baissai les yeux, soudain incapable de répondre.— À vrai dire, continua-t-elle plus doucement, je me demandais quand tu viendrais. Je ne voulais pas te mettre la pression, mais… tu me manques.Je sentis ma gorge se nouer.— Toi
La voiture s’immobilisa devant mon immeuble. Cameron coupa le moteur, mais conserva les mains sur le volant, le regard perdu devant lui.Dehors, le jour déclinait. Les dernières lueurs du soleil accrochaient les façades, tandis que les rues commençaient à s’assombrir.— Tu ne montes pas ? demandai-je.— Non. J’ai quelque chose à régler.Avec lui, cette phrase pouvait aussi bien annoncer une réunion que la disparition de quelqu’un. J’avais appris à ne plus poser de questions dont je ne voulais pas connaître les réponses.Je détachai ma ceinture et attrapai la poignée de la portière. Pourtant, je ne sortis pas tout de suite.— Cameron ?Il tourna la tête vers moi.— Quoi ?J’hésitai. Je savais déjà que je risquais de regretter ma demande, mais je ne supportais plus l’idée de devoir négocier chaque geste de ma vie.— J’aimerais pouvoir sortir seule, de temps en temps.Son expression se ferma légèrement.— Seule ?— Oui, seule. Sans devoir demander la permission pour aller boire un café o
Je reste figée devant le dossier confidentiel, le cœur battant la chamade. Les pages légèrement entrouvertes me narguent, promettant des réponses à mes questions tourbillonnantes : qui est vraiment Cameron Black ? Quelles ombres se cachent derrière Black Industries ? Une partie de moi, la curieuse,
Le soleil se lève à peine sur Londres, filtrant à travers les nuages bas et grisâtres qui enveloppent la ville comme un linceul. Je suis assise à l’arrière de la Bentley noire, les mains crispées sur mes genoux, tandis qu’Alfred, le chauffeur, conduit en silence vers la Black Tower. Pas de Cameron
« Déshabille-toi. »Les mots tombent comme une sentence dans le silence lourd de la suite. Je reste figée dans l’encadrement de la salle de bain, la chemise de nuit en soie encore pliée sur mon bras. Mon cœur cogne si fort que je l’entends dans mes tempes. Non. Je ne peux pas. Pas comme ça. Pas ce
Mes mains tremblent tellement que le stylo glisse presque entre mes doigts. Le bureau de Cameron Black semble soudain trop grand, trop froid, comme si les murs de verre se refermaient sur moi. Son regard vert, implacable, me transperce. Il ne bouge pas, ne cligne même pas des yeux. Il attend. Et ch







