Share

Chapitre 4

Author: Anatory
last update publish date: 2025-12-31 02:17:28

Le soleil se lève à peine sur Londres, filtrant à travers les nuages bas et grisâtres qui enveloppent la ville comme un linceul. Je suis assise à l’arrière de la Bentley noire, les mains crispées sur mes genoux, tandis qu’Alfred, le chauffeur, conduit en silence vers la Black Tower. Pas de Cameron ce matin. Juste moi, seule avec mes pensées qui tourbillonnent comme un tourbillon incessant. La scène d’hier soir repasse en boucle dans ma tête, obsédante, implacable. Cet appel menaçant  la voix déformée, pleine de haine, promettant la mort. La façon dont Cameron a réagi : poings serrés, yeux noirs, une fureur contenue qui a transformé son visage en un masque de pierre. Et puis, ses mots : “C’est trop dangereux pour toi.” Pourquoi moi ? Qu’est-ce que j’ai à voir avec tout ça ? Je ne suis qu’une stagiaire, une assistante forcée, piégée dans un contrat que j’ai signé par peur. Mais ça avait l’air si sérieux, si réel. Des cartels, des menaces de mort... C’est comme si j’étais tombée dans un film noir, sauf que là, il n’y a pas de script pour me dire comment en sortir.

Alfred jette un coup d’œil dans le rétroviseur, son visage ridé impassible. “Mademoiselle Hayes, nous arrivons dans cinq minutes.” Sa voix est neutre, professionnelle, mais je détecte une pointe d’inquiétude. Ou peut-être que j’imagine tout ça, mon esprit paranoïaque amplifiant chaque détail. Je hoche la tête sans répondre, fixant les rues qui défilent : les passants pressés, les taxis noirs, la vie normale qui continue dehors pendant que la mienne bascule dans l’inconnu.

La tour apparaît enfin, monolithe de verre et d’acier qui domine Canary Wharf. Alfred gare la voiture au sous-sol, m’escorte jusqu’à l’ascenseur privé. “M. Black m’a demandé de vous ramener directement au 67e étage. Restez prudente.” Il disparaît, me laissant seule dans la cabine qui monte en silence. Mon reflet dans les miroirs me renvoie une image fatiguée : cernes sous les yeux, lèvres pincées. Le collier autour de mon cou pèse comme un rappel constant de ma nouvelle réalité.

Les portes s’ouvrent sur le hall immaculé. Elena est déjà là, tailleur gris impeccable, un café à la main. Elle me sourit, mais son regard est scrutateur.

“Amanda ? M. Black n’est pas encore arrivé. Il aura du retard ce matin.”

Elle me guide vers le bureau partagé, l’air affairé.

“Installe-toi pendant ce temps. Ne touche à rien d’inhabituel, d’accord ? Sur ta table, il y a une liste de tâches : classer ces dossiers, vérifier les rapports sur les investissements en Asie que tu as commencés hier, et préparer un mémo sur les projections de croissance pour le trimestre prochain. Rien de compliqué, juste du travail de base.”

Je hoche la tête, reconnaissante pour la normalité apparente. Les tâches sont effectivement banales : trier des documents financiers, croiser des données Excel sur des acquisitions légales immobilier de luxe à Singapour, tech startups en Inde. Ça me rappelle mon stage initial, avant que tout ne déraille. Pas de traces d’affaires louches, pas de mentions de cartels ou de transferts suspects. Juste des chiffres, des graphiques, des analyses froides. Je plonge dedans, essayant de me concentrer pour oublier le chaos. Les minutes passent, le bureau silencieux sauf pour le cliquetis de mon clavier.

Puis, soudain, la porte s’ouvre à la volée. Cameron entre comme une tempête, claquant le battant derrière lui. Je lève les yeux, et mon cœur rate un battement. Il a l’air d’avoir passé la nuit dehors : cheveux ébouriffés, t-shirt blanc froissé et taché de sang séché au niveau du col, une blessure à la tempe droite  une entaille irrégulière avec du sang coagulé qui coule jusqu’à sa joue. Ses jointures sont écorchées, rouges et enflées, comme s’il avait frappé quelque chose ou quelqu’un à plusieurs reprises. Il marche d’un pas raide, sur les nerfs, les muscles tendus comme des câbles prêts à rompre.

Je suis choquée, un mélange de peur et d’inquiétude instinctive me submerge. Sans réfléchir, je me lève d’un bond. “Monsieur Black ? Qu’est-ce qui vous est arrivé ? Vous êtes blessé !”

Il ne me remarque pas tout de suite, perdu dans sa bulle. Il marmonne pour lui-même, la voix basse et venimeuse, pleine de rage contenue.

Continue to read this book for free
Scan code to download App

Latest chapter

  • Le Diable en Costard    J'ai changée

    Je respirai profondément. Une fois. Deux fois. Trois.J'ouvris les yeux. Cameron était penché sur l'homme, ses doigts sous son menton, lui relevant la tête. La lumière crue du néon éclairait le visage du prisonnier un type d'une quarantaine d'années, le visage boursouflé, des poches sous les yeux, la barbe mal rasée. Il tremblait, ses attaches crissant contre l'accoudoir métallique de la chaise.— Tu sais pourquoi t'es là ? demanda Cameron, la voix calme, presque douce.L'homme hocha la tête, les yeux écarquillés.— Parce que... parce que j'ai volé le chargement. La livraison de la semaine dernière. Mais je vous jure, chef, j'avais pas le choix. Ma famille...— Ta famille, répéta Cameron, comme s'il goûtait le mot.— Ma femme, mon fils... ils m'ont dit que si je coopérais pas, ils leur feraient du mal. Alors j'ai pris le chargement, je l'ai planqué, et je devais le livrer hier soir.— Et tu ne l'as pas livré.— Parce que j'ai eu peur. Parce que j'ai pensé... j'ai pensé que vous me tu

  • Le Diable en Costard    Je suis une dure à cuire maintenant

    Je restai un instant immobile, adossée au bureau, le souffle encore court. Mes jambes tremblaient. Mes doigts aussi. Le bois du bureau était froid sous mes paumes, strié par mes ongles.Cameron avait disparu dans le couloir, sa silhouette massive s'éloignant d'un pas rapide. La porte était restée entrouverte. J'entendais sa voix, basse, grave, échangeant quelques mots avec Lewis.Je pris un tissu un mouchoir en papier sur son bureau, je ne sais pas comment il était arrivé là et je m'essuyai. Je remontai mon jean, fermai la braguette.J'aurais dû monter. Rentrer à l'appartement. Prendre une douche. L'attendre comme il me l'avait demandé.Mais mes pieds me portaient déjà vers la porte.— Tu fais quoi ? demanda-t-il en me voyant sortir.Il s'était arrêté dans le couloir, Lewis à ses côtés. Son visage était tendu, sa mâchoire serrée. Pas à cause de moi, à cause de ce qui l'attendait.— Je t'accompagne.Il rit. Un rire nerveux, presque gêné.— Je pense que tu devrais monter, Amanda.— Pou

  • Le Diable en Costard     Prends-moi ici !

    — Prends-moi, dis-je dans un souffle brûlant. Ici. Maintenant. Sur ce bureau.Ses yeux s’assombrirent instantanément, passant d’un bleu froid à un noir abyssal, animal. Sa mâchoire se contracta.Un rictus carnassier traversa ses lèvres. En une fraction de seconde, il me saisit par les hanches avec une force brute. Ses doigts s’enfoncèrent dans ma chair. Il me retourna violemment et me plaqua contre le bureau. Mes paumes s’écrasèrent sur le bois froid, mes doigts s’écartèrent largement. Les documents glissèrent, les photos tombèrent au sol, la grande carte de Londres se froissa sous mon ventre.Son corps massif se colla immédiatement contre mon dos. Je sentis son érection dure comme l’acier appuyer contre mes fesses à travers son pantalon. Son souffle chaud, saccadé, caressa ma nuque. Ses mains remontèrent lentement le long de mes cuisses tremblantes, glissant sous ma jupe avant d’attraper la ceinture de mon jean. D’une traction brutale, il le descendit jusqu’à mes chevilles. Mes baske

  • Le Diable en Costard    Visite surprise

    Les semaines avaient passé. Plus vite que je ne l'aurais cru.Chaque matin, je retrouvais Cameron dans la salle de sport privée. Chaque matin, il m'apprenait à frapper, à bloquer, à tomber, à me relever. Mes poings étaient moins maladroits, mes réflexes plus vifs, mon corps plus dur. Mais les séances finissaient toujours de la même manière son corps contre le mien, nos souffles mêlés, nos peaux moites de sueur.La dernière fois, c'était sur le tapis bleu. Il venait de me faire une clé de bras, j'avais riposté par un coup de tête maladroit, il avait ri ce rire grave que j'aimais tant et puis ses mains avaient glissé sous mon sweat, et plus rien d'autre n'avait compté.Je souris en y repensant, encore un peu rougissante.L'ascenseur de Black Industries montait en silence. Je n'étais pas revenue ici depuis des semaines. Depuis que ma relation avec Cameron avait changé, depuis que je n'étais plus sa secrétaire prisonnière.Les étages défilaient derrière la vitre. Le 67e. Le sien.Il ne s

  • Le Diable en Costard    Rébellion en vu ?

    *Quelques jours avant la rencontre entre Amanda et Sandro*L'atmosphère dans l'entrepôt de Marcus était lourde, chargée d'une tension que personne ne nommait mais que tous ressentaient. Les hommes se répartissaient entre les tables de poker, les canapés défoncés et le bar sommaire installé contre le mur. Les rires étaient rares, les regards méfiants, les silences pesants.Sandro était adossé au mur, un verre de whisky à la main, les yeux fixés sur rien. Il écoutait les murmures. Il les entendait depuis des semaines, ces chuchotements qui couraient entre les hommes quand Marcus tournait le dos. Des doutes. Des questions. Des vérités qu'on n'osait pas dire tout haut.*Pourquoi il nous a caché qu'elle existait ?**La fille de Richard... elle est à Londres, paraît-il.**Et lui, il dit rien. Il fait comme si de rien n'était.*Le plus vocal d'entre eux s'appelait Rico. Un ancien protégé de Richard, la quarantaine, le visage marqué par la rue. Il avait posé son verre sur la table et parlait

  • Le Diable en Costard    Succéder à mon père ?

    Le café refroidissait entre mes doigts. Sandro était penché vers moi, son regard sombre, presque douloureux.— Votre père, commença-t-il à voix basse, c'était un homme bien. Un type juste. Il ne faisait pas le mal pour le plaisir, vous comprenez ? Il protégeait les gens. Les faibles, les gamins des rues, les orphelins, tous ceux que personne voulait voir.Il nous a sortis de la merde. Sans lui... franchement, on serait morts dans une ruelle ou en train de croupir en prison.Ses mots résonnaient en moi, lourds, sincères. Je sentais ses doigts se crisper sur sa tasse, comme si chaque souvenir était une douleur physique.— Il ne parlait jamais de moi, dis-je, la voix plus fragile que je ne l'aurais voulu.— Non. Il parlait jamais de sa famille. Il disait que c'était la meilleure façon de vous protéger. Il répétait tout le temps : « Si quelqu'un apprend que j'ai une fille, elle deviendra une cible. » Il voulait pas que vous payiez pour ce qu'il faisait.— Et pourtant, tout le monde est au

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status