Le trajet jusqu'à la prison s'est déroulé dans le silence.
Camille n'a pas pleuré. Elle ne s'est pas débattue. Elle s'est contentée de regarder par la fenêtre, les yeux vides.
Son cœur s'était déjà refroidi, réduit en cendres avec tout ce en quoi elle avait autrefois cru.
Lorsque les portes de la prison sont apparues au loin, le soleil était déjà en train de se coucher.
Une voiture de sport rouge était garée devant l'entrée, comme si elle l'attendait.
Camille est descendue seule du véhicule de transport, chaque mouvement lui arrachant une douleur atroce. Personne ne lui a tendu la main.
La propriétaire de la voiture rouge est alors descendue à sa rencontre. C'était Manon.
Vêtue de créateur de la tête aux pieds, la peau impeccable et un sourire qui ne présageait rien de bon aux lèvres, elle s'est adossée à la portière et a observé Camille avec une cruauté ouvertement jubilatoire.
« Alors ? Ça fait quel effet, d'aller en prison juste après avoir accouché ? Ça doit être affreux. »
Camille ne s'attendait pas à la voir ici. L'engourdissement dans ses yeux s'est aussitôt transformé en rage.
Si Manon n'avait pas provoqué cet accident et pris la fuite, rien de tout cela ne serait arrivé.
« Qu'est-ce que tu veux ? »
« J'ai une bonne nouvelle et une mauvaise nouvelle. Laquelle veux-tu en premier ? »
Le sourire de Manon a fait naître quelque chose de froid et d'inquiétant dans la poitrine de Camille.
« Tu as déjà l'air assez pathétique comme ça, alors je vais faire vite. La bonne nouvelle... ta peine de six ans vient d'être réduite à quatre. Et la mauvaise... »
Elle a marqué une pause, savourant visiblement son expression, avant de porter le coup final avec un sourire radieux.
« Le mois prochain, Julien et moi, on se marie. Et ta fille ? Elle sera officiellement reconnue comme ma fille. À partir de maintenant, je suis la seule mère qu'elle connaîtra. »
La journée pouvait-elle être pire ?
La fureur a embrasé les veines de Camille.
Elle s'était déjà préparée à l'idée que Julien épouse Manon. Elle s'y attendait.
Mais ça, c'était différent.
C'était Julien qui lui arrachait Nicole. Julien qui la séparait de sa propre fille, peut-être pour toujours.
Aucune mère ne pouvait entendre de tels mots sans avoir l'impression que son monde entier s'effondrait.
« Julien lui a même proposé de porter le nom des Girard », a ajouté Manon, enfonçant un peu plus le couteau dans la plaie.
Les Girard étaient la famille de Manon.
« Elle sera élevée entièrement par ma famille, loin de toi. Comme ça, rien de ton passé ne viendra jamais perturber notre mariage. »
Quelque chose s'est brisé en Camille.
Elle s'est précipitée vers Manon et l'a saisie par le col.
« Si tu remets ma fille aux Girard, je révélerai à chaque gardien de cette prison exactement ce que tu as fait ! »
Manon n'a même pas cillé.
Elle a simplement laissé échapper un rire moqueur avant de tapoter la joue de Camille avec une douceur presque maternelle, comme si elle s'amusait avec un enfant.
« Tu es vraiment aussi naïve ? »
Elle s'est penchée légèrement vers la femme au visage livide, son sourire devenant encore plus cruel.
« Laisse-moi te faciliter les choses. À partir de maintenant, la coupable, c'est toi. La condamnée, c'est toi. Mon nom n'apparaît nulle part dans ce dossier. »
Elle a marqué une courte pause avant de murmurer : « Alors dis-moi... à qui comptes-tu me dénoncer ? »
L'estomac de Camille s'est noué. Elle a serré les dents tandis que la haine se resserrait dans sa poitrine, brûlante et suffocante.
« Les Girard feront n'importe quoi pour te protéger. Alors, il n'y a vraiment rien que votre argent ne puisse acheter ? »
« La loi ? » a ricané Manon. « Ici, Julien est la loi. Un seul mot de sa part suffit à me sauver et à te détruire. Je voulais que quelqu'un d'autre porte le chapeau, mais il a insisté pour que ce soit toi. J'avais pas le choix. Maintenant tu comprends à quel point il te déteste, n'est-ce pas ? »
Les mots l'ont frappée de plein fouet. La gorge de Camille s'est serrée. Une violente nausée lui est montée à la bouche, et elle s'est pliée en deux avant de cracher du sang.
Julien était sans pitié. Il lui avait volé son enfant, brisé son cœur, et maintenant il la précipitait tout droit en enfer.
Quel genre d'homme pouvait faire cela à une femme qui l'avait aimé sans condition ?
Manon s'est bouché le nez d'une main, dégoûtée, puis a regagné sa voiture.
« Qu'est-ce que vous attendez tous ? » a-t-elle lancé sèchement aux gardiens. « Emmenez cette folle à l'intérieur. »
« Tu vas payer pour ça, Manon ! » a hurlé Camille, les yeux rougis par la haine et les larmes.
Manon lui a adressé un dernier sourire.
« Inquiète-toi plutôt pour toi. Rien ne garantit que tu sortiras vivante de ces quatre années-là. »
Elle a démarré et s'est éloignée sans un regard en arrière.
Camille, elle, est restée seule devant les portes de la prison.
Soudain, une douleur fulgurante lui a traversé le ventre. Elle a porté instinctivement une main à ses points de suture.
Elle venait d'accoucher quelques heures plus tôt.
Elle aurait dû tenir son bébé dans ses bras.
Au lieu de cela, elle allait entrer en prison...
Camille a serré les dents et a baissé les yeux.
Elle ne méritait rien de tout ce qui lui arrivait.