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Chapitre 3

Author: Ethan Vale
last update publish date: 2026-10-05 14:50:15

Bienvenue au manoir Valcour

Point de vue d’Eulalie

"Prends tes affaires et pars."

Je regardai la femme qui me barrait le chemin.

"Pardon ?"

Elle sourit froidement.

"Mon fils a peut-être annoncé que tu es sa fiancée, mais cela ne signifie pas que tu es la bienvenue dans cette maison."

Je restai debout sur les marches, mon unique sac de sport accroché à mon épaule, fixant une femme qui semblait avoir été sculptée dans de la glace coûteuse. Cressida Valcour. Je la reconnus immédiatement d’après les photographies qui avaient circulé en ligne dans l’heure qui avait suivi mon acceptation de cet arrangement… les mêmes pommettes tranchantes que son fils.

"On m’a dit que ce serait mon domicile pour les six prochains mois."

"On t’a mal informée. Ou peut-être que mon fils a oublié de mentionner que cette maison appartient à une famille, et que les familles ont des standards."

"J’en suis sûre. Je ne savais juste pas que les bonnes manières n’en faisaient pas partie."

Son sourire s’amincit en quelque chose de moins amusé.

"Pardon ?"

"Vous m’avez bien entendue." Je déplaçai le sac sur mon épaule, refusant de laisser mon bras trembler même si tout en moi voulait se retourner et retourner droit vers la voiture.

"Vous ne me connaissez pas. Vous ne savez rien de moi, sauf un titre que vous avez lu ce matin. Alors avant de décider quels standards je remplis ou non, essayez peut-être d’abord une vraie conversation."

"J’en sais assez. Je sais qu’une employée d’hôtel ne se retrouve pas fiancée à un Valcour par accident."

"Et je sais qu’une femme n’a pas besoin d’insulter une inconnue sur le pas de sa propre porte à moins d’avoir peur de quelque chose. Je me demande de quoi."

Les yeux de Cressida se rétrécirent, quelque chose vacillant derrière eux qui n’était pas tout à fait de la colère.

"Mère."

Leontes apparut dans l’embrasure de la porte, veste absente, manches relevées, l’air d’un homme qui venait d’entrer au milieu de quelque chose qu’il avait anticipé depuis le début.

"Leontes, Dieu merci. Explique à cette fille que…"

"Eulalie reste. En fait, elle logera dans l’aile est, à côté de ma chambre. J’ai déjà prévenu le personnel."

La bouche de Cressida s’ouvrit, puis se referma. Je vis quelque chose passer sur son visage qui ressemblait presque à de l’incrédulité.

"Tu prends son parti. Contre ta propre mère."

"Je constate un fait. C’est ma fiancée. Elle sera traitée comme telle." Il se tourna vers moi, quelque chose d’illisible dans son expression.

"Entre. Je vais te montrer où tu vas dormir."

Cressida recula, mais pas avant que ses yeux ne se posent une dernière fois sur moi, froids et calculés d’une manière qui me disait que cette conversation était loin d’être terminée. Je suivis Leontes dans un couloir plus large que tout mon appartement, essayant d’ignorer le bruit de ses talons qui s’éloignaient derrière nous.

"Ce n’était pas nécessaire", dis-je une fois seuls.

"Quelle partie ?"

"Me défendre. Vous n’aviez pas à le faire."

"Si elle pense qu’elle peut te marcher dessus, elle le fera tous les jours pendant six mois. Mieux vaut en finir maintenant."

"Comme c’est généreux de votre part. On aurait presque dit que vous vous en souciez."

"Je me soucie que le contrat ne s’effondre pas. Rien de plus."

"Bien sûr."

Nous atteignîmes une paire de doubles portes au bout du couloir, et il en poussa une pour révéler une chambre plus grande que n’importe quel endroit où j’avais jamais dormi. Mes yeux allèrent immédiatement vers la porte sur le mur opposé.

"Où mène celle-là ?"

"Ma chambre."

Je me tournai pour le regarder.

"Vous m’avez mise juste à côté de vous."

"Nous sommes fiancés. Ça paraîtrait étrange si nous dormions aux extrémités opposées de la maison."

"Étrange pour qui ? Le personnel ? Les meubles ?"

"Le personnel parle. Les conversations du personnel deviennent des rumeurs. Les rumeurs atteignent les journalistes." Il le dit comme si c’était la chose la plus évidente au monde, les bras croisés, totalement indifférent à l’absurdité de la situation.

"Vous appréciez ça."

"Je suis pratique."

"Vous appréciez d’être pratique, ce qui est en quelque sorte pire."

Le coin de sa bouche tressaillit, presque un sourire, disparu avant de pouvoir se former pleinement.

"Installe-toi. Le dîner est à vingt heures. Essaie de ne plus insulter ma mère d’ici là."

"Aucune promesse."

Il partit, et je passai l’heure suivante à déballer le peu que j’avais apporté, essayant de me convaincre que la douleur derrière mes yeux n’était que de la fatigue et rien d’autre.

Au moment où j’errai dans le couloir inconnu à la recherche de la salle de bain, la maison s’était calmée, la plupart des lumières baissées pour la nuit.

Je poussai une porte que je croyais vide et me retrouvai face à un mur de vapeur et à la vue de Leontes debout torse nu près du lavabo, une serviette nouée bas sur les hanches, l’eau encore gouttant le long de son dos après la douche.

Je me figé.

Il se retourna, totalement indifférent, et tendit la main vers une serviette propre accrochée près du miroir sans aucune urgence particulière.

"Mauvaise pièce."

"Je… oui. Évidemment." Je fis volte-face vers le couloir, le visage en feu.

"Les portes se ressemblent toutes."

"En réalité, non."

"Eh bien, pour moi, si."

"Tu as regardé pendant trois secondes avant de te retourner."

"Non."

"Si. J’ai compté."

"J’étais choquée. C’est différent."

"Par quoi ?"

J’ouvris la bouche et ne trouvai absolument rien d’utile qui m’attendait.

"Je vais me coucher."

"Eulalie."

Je m’arrêtai à la porte, pas tout à fait disposée à le regarder en arrière.

"La salle de bain est deux portes plus loin."

"Je le savais."

"Clairement pas."

Je refermai la porte derrière moi plus fort que nécessaire et restai dans le couloir, les mains pressées contre mes joues brûlantes, furieuse contre moi-même pour la façon dont mon cœur battait encore la chamade, furieuse contre lui pour avoir l’air entièrement trop satisfait de quelque chose qui n’aurait pas dû compter du tout.

Plus tard dans la nuit, incapable de dormir, je descendis chercher de l’eau et entendis sa voix avant de le voir.

"…je m’en fiche du coût. Trouve qui a arrangé pour qu’elle se retrouve dans ma suite. Je veux un nom d’ici demain matin." Une pause. Celui qui était au bout de la ligne dit quelque chose qui fit descendre sa voix encore plus froide.

"Alors fais-leur regretter. Quiconque l’a touchée va souhaiter ne jamais l’avoir fait."

Je restai figée dans le couloir, mon verre d’eau oublié dans ma main. Ce n’était pas la voix d’un homme protégeant son contrat d’affaires. C’était autre chose entièrement, quelque chose de plus rugueux et de plus personnel que tout ce qu’il m’avait montré depuis le début de ce cauchemar.

Je glissai vers ma chambre avant qu’il ne puisse me surprendre à écouter, mon esprit tourbillonnant de questions auxquelles je n’avais pas de réponses. Pourquoi se soucierait-il autant d’une inconnue qu’il connaissait depuis moins d’un jour ? À moins que je ne sois pas aussi étrangère à cette famille que je le pensais.

Quand j’atteignis enfin ma chambre, une enveloppe m’attendait sur le lit. Mes mains tremblèrent en l’ouvrant.

À l’intérieur se trouvait une vieille photographie. Deux hommes se tenaient côte à côte devant un bâtiment que je ne reconnaissais pas, tous les deux plus jeunes, tous les deux souriant comme de vieux amis. Je reconnus mon père immédiatement, et debout à côté de lui, le bras nonchalamment passé autour de son épaule, se trouvait un homme qui ressemblait presque exactement à Leontes.

Je retournai la photographie avec des doigts tremblants.

"Ton père n’a pas volé cet argent."

Mon souffle se coinça dans ma gorge. Je fixai les mots jusqu’à ce qu’ils deviennent flous, mon cœur battant si fort que je l’entendais dans mes oreilles. Puis, en dessous, une autre ligne attendait qui fit basculer la pièce autour de moi.

"La famille Valcour sait exactement qui l’a fait."

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