MasukLe premier vrai baiser
Point de vue d’Eulalie "Si tu veux connaître la vérité, arrête de prétendre que tu ne me fais pas confiance." Leontes se tenait à quelques centimètres de moi. J’avalai ma salive. "Alors arrête de me donner des raisons de ne pas te faire confiance." Il passa une main dans ses cheveux, la frustration écrite sur chaque ligne de son visage. "Mon père conservait des dossiers privés sur plusieurs employés, y compris le tien. Après l’arrestation, ces dossiers ont disparu. Je ne sais pas ce qu’il y avait dedans. Je ne sais pas pourquoi ils ont disparu. Tout ce que je sais, c’est que Balthazar et Aurelius avaient une sorte d’arrangement avant que tout s’effondre." "Un arrangement. C’est assez vague pour signifier n’importe quoi." "C’est la vérité autant que je la connais." "Pratique, que la seule preuve qui pourrait réellement expliquer quelque chose ait justement disparu." "Tu penses que je protège mon père." "Je pense que ce ne serait pas la première fois qu’un Valcour protège un Valcour." Sa mâchoire se serra, et pendant un instant je crus qu’il allait me répondre sèchement. Mais à la place, il expira lentement, une partie du combat le quittant. "J’essaie de trouver la vérité, Eulalie. Pour nous deux." Je voulais le croire. C’était la partie terrifiante… un morceau imprudent de moi avait déjà commencé à le faire. Il n’y eut pas le temps d’y démêler davantage. Dans l’heure qui suivit, une styliste arriva avec une housse à vêtements et une expression sur le visage qui me disait que discuter ne mènerait nulle part. Et le soir venu, je me tenais dans une salle de bal pleine d’investisseurs et de caméras, ma main glissée dans le creux du bras de Leontes comme si elle y avait toujours appartenu. "Souris", murmura-t-il contre mon oreille. "Tu as l’air d’être menée à l’exécution." "C’est ce que je ressens." "Tu te débrouilles magnifiquement. Personne ne devinerait que tu détestes chaque seconde de ça." "Je ne déteste pas chaque seconde." Son sourcil se leva, juste un peu, comme s’il voulait demander ce que cela signifiait. Mais un groupe d’investisseurs s’abattit sur nous avant que l’un ou l’autre puisse dire quoi que ce soit d’autre. Ottilie arriva vingt minutes plus tard, dérivant vers nous comme si elle possédait la pièce, ce qui, à en juger par la façon dont les gens s’écartaient pour elle, était pratiquement le cas. "Leontes. Tu as exactement l’air que tu avais le soir où tu m’as demandée en mariage." Ses yeux se posèrent sur moi, doux et tranchants à la fois. "N’est-il pas magnifique dans ce smoking ?" "Je ne saurais pas. Je ne l’ai jamais vu faire une demande." "Tu le verras. Un jour. Si ça dure assez longtemps." Elle resta près de lui pendant la majeure partie de la soirée, sa main trouvant son bras à chaque occasion, glissant de petits souvenirs dans la conversation comme des miettes destinées uniquement à moi. Leontes remarqua. Bien sûr qu’il remarqua… il semblait tout remarquer chez moi ces derniers temps, ce qui était un problème en soi. Quand un journaliste finit par poser la question que tout le monde attendait clairement… s’il nourrissait encore des sentiments pour son élégante ex-fiancée, Leontes n’hésita pas. "Je me tiens à côté de la femme que j’ai choisie." La façon dont il me regarda en le disant fit faire quelque chose d’imprudent et de stupide à mon cœur. La soirée faillit devenir plus laide quand un autre journaliste, plus audacieux que les autres, se pencha avec un sourire qui n’avait rien de bienveillant derrière. "Mademoiselle Vireaux, cela ne vous inquiète-t-il pas d’épouser exactement la famille dont votre père aurait prétendument volé ?" La pièce sembla retenir son souffle. Avant que je puisse répondre, Leontes se plaça entièrement devant moi, sa voix tombant dans quelque chose de froid. "Cette question ne mérite pas de réponse, et si vous imprimez un seul mot reliant une affaire vieille de onze ans à ce soir, mon équipe juridique s’assurera que ce soit la dernière chose que vous publiiez sous le nom de ce média." Le journaliste pâlit et recula. Je restai là, stupéfaite, regardant la large ligne de ses épaules tandis qu’il se retournait vers moi, vérifiant sans un mot si j’allais bien. "Vous n’aviez pas à faire ça." "Je voulais le faire." "Pourquoi ?" "Est-ce que ça a de l’importance ?" "Ça en a pour moi." Il ne répondit pas. Et ce non-réponse pesait plus lourd que tout ce qu’il aurait pu dire. Au moment où nous rentrâmes à la maison, la tension entre nous était devenue quelque chose que ni l’un ni l’autre ne pouvait plus feindre d’ignorer. "Vous le refaites", dis-je en le suivant dans le bureau. "Quoi donc ?" "Agir comme mon protecteur. Comme si j’appartenais à vous juste parce que j’ai signé votre contrat." "Tu ne m’appartiens pas." "Alors pourquoi continuez-vous d’agir comme si c’était le cas ?" Il se tourna complètement vers moi, et quelque chose dans son expression avait abandonné tout son contrôle habituel. "Parce que je n’aime pas regarder les gens te faire du mal. Ça n’a rien à voir avec le contrat." "Alors à quoi est-ce que ça a à voir ?" Il s’approcha au lieu de répondre. Assez près pour que mon souffle se coince quelque part dans ma gorge et refuse de bouger. "Ne faites pas ça", murmurai-je, bien que je ne fasse aucun effort pour reculer. "Tu veux que j’arrête ?" Je ne répondis pas. Je ne pouvais pas. Tout mon corps s’était immobilisé, attendant, chaque pensée rationnelle que je possédais s’éparpillant à l’instant où ses yeux tombèrent sur ma bouche. Il m’embrassa. Cela commença lentement, avec précaution, comme s’il s’attendait à ce que je me retire et me donnait toutes les chances de le faire. Je ne le fis pas. Mes mains trouvèrent le devant de sa chemise à la place, le tirant plus près, et quelque chose en lui sembla se briser à ce moment-là, le baiser s’approfondissant en quelque chose que ni l’un ni l’autre n’avait prévu et que ni l’un ni l’autre ne semblait capable d’arrêter. Quand nous nous séparâmes enfin, je tremblais, mon esprit s’efforçant de donner un sens à ce qui venait de se passer entre nous. Leontes me regarda, son sang-froid habituel introuvable, sa voix rauque quand il parla enfin. "Ce n’était pas pour les caméras." J’ouvris la bouche, bien que je n’aie aucune idée de ce que j’avais l’intention de dire, un mélange embrouillé de je sais et j’ai peur et s’il te plaît, dis ça encore. Son téléphone sonna avant que je puisse sortir un seul mot. Il répondit sans détourner les yeux de moi, et je vis son expression changer. "Qu’est-ce que tu veux dire, il a disparu." Mon estomac chuta droit à travers le plancher. "Leontes…" Il leva une main, écoutant, ses jointures blanchissant autour du téléphone. Puis il me regarda, et ce qu’il vit sur mon visage dut lui dire qu’il n’y avait aucun moyen doux de dire ce qui venait ensuite. "Ton frère a disparu." La pièce bascula. Mes oreilles se mirent à bourdonner, tout mon corps devenant froid de l’intérieur, le visage d’Isambard flashant derrière mes yeux. "Où est-il. Leontes, où est mon frère…" Il ne répondit pas. Il ne pouvait pas. Celui qui était au bout de cette ligne parlait encore, et je vis la couleur quitter entièrement son visage tandis que la voix continuait, grêle et distante mais d’une manière ou d’une autre encore assez audible pour que j’attrape moi-même les derniers mots. "Et si vous voulez qu’il reste en vie, dites à Leontes Valcour de nous donner ce que son père a volé."Le premier vrai baiserPoint de vue d’Eulalie"Si tu veux connaître la vérité, arrête de prétendre que tu ne me fais pas confiance."Leontes se tenait à quelques centimètres de moi.J’avalai ma salive."Alors arrête de me donner des raisons de ne pas te faire confiance."Il passa une main dans ses cheveux, la frustration écrite sur chaque ligne de son visage."Mon père conservait des dossiers privés sur plusieurs employés, y compris le tien. Après l’arrestation, ces dossiers ont disparu. Je ne sais pas ce qu’il y avait dedans. Je ne sais pas pourquoi ils ont disparu. Tout ce que je sais, c’est que Balthazar et Aurelius avaient une sorte d’arrangement avant que tout s’effondre.""Un arrangement. C’est assez vague pour signifier n’importe quoi.""C’est la vérité autant que je la connais.""Pratique, que la seule preuve qui pourrait réellement expliquer quelque chose ait justement disparu.""Tu penses que je protège mon père.""Je pense que ce ne serait pas la première fois qu’un Valcour
La femme qui en sait tropPoint de vue d’Eulalie"Tu devrais demander à ton fiancé ce que son père a fait au tien."J’ai cessé de respirer.La femme assise en face de moi a souri. Ottilie D’Aubray… l’ex-fiancée de Leontes.Elle était apparue dans le salon comme si elle avait toujours eu sa place ici. Un instant j’étais seule avec un livre que je ne lisais pas vraiment, et l’instant d’après elle était simplement là, me regardant avec une expression bien trop douce pour quelqu’un qui était censé me détester."Pardon, qu’avez-vous dit ?""Rien d’important. Je suis juste curieuse de savoir ce que Leontes t’a raconté." Elle prit une gorgée lente de son thé, indifférente."Il déteste les mensonges, tu sais. Ironique, vu comme il est doué pour les raconter.""Je ne vois pas de quoi vous parlez.""Bien sûr que si. Tu vis l’un de ses mensonges en ce moment même."Je posai mon livre, le dos se redressant malgré moi. J’avais anticipé de la jalousie. Des remarques cinglantes, des regards froids,
Bienvenue au manoir Valcour Point de vue d’Eulalie "Prends tes affaires et pars." Je regardai la femme qui me barrait le chemin. "Pardon ?" Elle sourit froidement. "Mon fils a peut-être annoncé que tu es sa fiancée, mais cela ne signifie pas que tu es la bienvenue dans cette maison." Je restai debout sur les marches, mon unique sac de sport accroché à mon épaule, fixant une femme qui semblait avoir été sculptée dans de la glace coûteuse. Cressida Valcour. Je la reconnus immédiatement d’après les photographies qui avaient circulé en ligne dans l’heure qui avait suivi mon acceptation de cet arrangement… les mêmes pommettes tranchantes que son fils. "On m’a dit que ce serait mon domicile pour les six prochains mois." "On t’a mal informée. Ou peut-être que mon fils a oublié de mentionner que cette maison appartient à une famille, et que les familles ont des standards." "J’en suis sûre. Je ne savais juste pas que les bonnes manières n’en faisaient pas partie." Son sourire s’amin
Ma fausse fiancée Point de vue d’Eulalie "Répétez ça." Je fixai Leontes comme s’il avait complètement perdu la raison. Il ne cligna même pas des yeux. "Tu vas être ma fiancée." La portière de la voiture se referma derrière nous avec un clic doux, nous enfermant tous les deux dans un silence qui semblait plus fort que la foule dont nous venions de nous échapper. Je tournai tout mon corps vers lui, mon pouls martelant encore sous l’effet des caméras, sous le son de mon propre nom hurlé par des inconnus qui croyaient savoir exactement qui j’étais. "Vous êtes fou ? Vous avez dit au monde entier que je suis votre fiancée. Je n’ai même jamais eu de vraie conversation avec vous avant ce soir." "Nous en avons une maintenant." "Ne faites pas ça. Ne prenez pas cette voix calme. Expliquez-vous." Il s’adossa au siège, dénouant sa cravate. "Les photographies n’étaient pas un accident, Eulalie. Quelqu’un a arrangé pour que tu te retrouves dans cette chambre. Quelqu’un voulait exactement
La femme dans sa chambre Point de vue d’Eulalie "Si tu sors de cette pièce, Eulalie, je m’arrangerai pour que tu ne travailles plus jamais dans cette ville." Je me suis figée, la main sur la poignée de la porte, puis je me suis lentement retournée pour fixer l’homme qui se tenait derrière moi. Leontes Valcour. Le milliardaire dont le nom pouvait faire basculer une pièce entière dans le silence… et, d’une manière ou d’une autre, je me trouvais dans sa suite privée à deux heures du matin. Ma tête battait comme si quelqu’un avait martelé l’intérieur de mon crâne à coups de marteau. "Comment connaissez-vous mon nom ?" "Il est sur le badge épinglé à votre poitrine." J’ai baissé les yeux. Bien sûr qu’il y était. Ma main s’est portée à ma tempe, appuyant fort, essayant de forcer les dernières heures à revenir à leur place… …un homme en costume gris qui m’avait demandé de livrer quelque chose à l’étage des penthouses, et quelqu’un qui m’avait tendu un verre d’eau pendant que







