MasukLa femme qui en sait trop
Point de vue d’Eulalie "Tu devrais demander à ton fiancé ce que son père a fait au tien." J’ai cessé de respirer. La femme assise en face de moi a souri. Ottilie D’Aubray… l’ex-fiancée de Leontes. Elle était apparue dans le salon comme si elle avait toujours eu sa place ici. Un instant j’étais seule avec un livre que je ne lisais pas vraiment, et l’instant d’après elle était simplement là, me regardant avec une expression bien trop douce pour quelqu’un qui était censé me détester. "Pardon, qu’avez-vous dit ?" "Rien d’important. Je suis juste curieuse de savoir ce que Leontes t’a raconté." Elle prit une gorgée lente de son thé, indifférente. "Il déteste les mensonges, tu sais. Ironique, vu comme il est doué pour les raconter." "Je ne vois pas de quoi vous parlez." "Bien sûr que si. Tu vis l’un de ses mensonges en ce moment même." Je posai mon livre, le dos se redressant malgré moi. J’avais anticipé de la jalousie. Des remarques cinglantes, des regards froids, le genre de femme qui voudrait me rappeler que je n’avais pas ma place dans cette maison. À la place, j’avais eu ça. "Si vous êtes venue pour me mettre en garde contre lui, vous perdez votre temps. Ce n’est pas réel." "Je sais que ce n’est pas réel." Son sourire ne faiblit pas. "C’est exactement pour ça que je ne m’inquiète pas pour toi. Je m’inquiète de ce qu’il ne t’a pas dit." "Comme quoi ?" "Comme ton père." L’air quitta la pièce. Je la fixai, mon pouls soudain bruyant dans mes propres oreilles, mes mains devenant immobiles sur mes genoux. "Comment savez-vous quoi que ce soit sur mon père ?" "Parce que certaines familles sont très douées pour enterrer leurs erreurs." Elle posa sa tasse avec un petit clic précis contre la soucoupe. "Et certaines d’entre nous font attention depuis très longtemps." "Quelles erreurs. Dites-le clairement." "Balthazar Vireaux travaillait pour Valcour Industries avant son arrestation. Tu le savais ? Ou Leontes a-t-il oublié cette partie quand il t’a proposé son petit contrat ?" Ma bouche était devenue sèche. Je ne le savais pas. J’avais su que mon père travaillait dans la finance quelque part, une entreprise dont j’avais essayé d’effacer le nom de ma mémoire de la même façon que la ville avait essayé d’effacer ma famille de la sienne, mais Valcour Industries… non. Personne ne m’avait jamais dit ce nom auparavant. "Vous mentez." "Demande-lui toi-même, si tu ne me crois pas." Avant que je puisse répondre, la porte s’ouvrit et Leontes entra, et je vis quelque chose dans sa posture changer à l’instant où ses yeux se posèrent sur Ottilie. "Tu dois partir." "Leontes. Toujours aussi chaleureux." "Je suis sérieux. Maintenant." Ottilie se leva avec grâce, lissant des rides invisibles sur sa robe, totalement indifférente à la glace dans sa voix. Elle ne discuta pas. Elle ramassa simplement son sac et se dirigea vers la porte, s’arrêtant à côté de moi assez longtemps pour se pencher et parler d’une voix trop basse pour qu’il l’entende. "Demande-lui pourquoi ton père est mort en croyant que le nom Valcour avait détruit sa vie." Puis elle fut partie. "Qu’est-ce qu’elle t’a dit ?" Je me tournai lentement vers lui. "Est-ce que ton père connaissait le mien ?" Quelque chose vacilla sur son expression, apparut et disparut trop vite. "Eulalie…" "Réponds à la question." "C’est compliqué." "Ce n’est pas un non." Ma voix se brisa malgré mon effort pour la garder stable. "Est-ce que ton père connaissait mon père, Leontes ?" Il resta silencieux assez longtemps pour que le silence lui-même devienne une réponse, et quelque chose à l’intérieur de ma poitrine se fissura à le voir debout là. "Oui. Ils se connaissaient." "Depuis combien de temps ? De quelle façon ?" "Je ne sais pas tout moi-même, je…" "Mais tu savais quelque chose. Tu savais qu’il y avait un lien entre nos familles et tu n’as jamais une seule fois pensé à le mentionner avant que j’emménage dans ta maison ?" "Je n’ai pas pensé que c’était pertinent." "Mon père est mort. Il est mort dans une cellule de prison en croyant qu’il avait détruit sa propre famille, et tu me dis que ta famille a peut-être eu quelque chose à voir avec ça, et tu as décidé que ce n’était pas pertinent ?" "Je ne connaissais pas toute l’histoire quand je t’ai proposé le contrat." "Mais tu en savais assez." Il ne répondit pas assez vite, et ce silence me dit tout ce que sa bouche refusait de dire. "Tu as enquêté sur mon père. Avant de me choisir." "Oui." "Donc tu savais pour le lien avec ta famille avant de décider que je ferais une fiancée pratique." "Ce n’était pas comme ça." "Alors dis-moi comment c’était, parce que de là où je me tiens, on dirait que tu as choisi une femme dont le père était déjà enchevêtré dans l’histoire de ta famille, quelqu’un qui aurait toutes les raisons de se taire si la vérité venait un jour à la surface, parce que qui la croirait de toute façon." "Ce n’est pas pour ça que je t’ai choisie." "Alors pourquoi ?" Il hésita. Une seconde. Deux. Ce n’était rien, vraiment, à peine assez long pour le remarquer, mais je le remarquai, et quelque chose en moi devint froid et creux à le voir chercher une réponse au lieu d’en avoir simplement une prête. "C’est ce que je pensais." Je me retournai et m’éloignai avant qu’il ne trouve les mots, ma poitrine douloureuse d’une façon que je ne m’étais pas autorisée à ressentir depuis des années. Je trouvai la chambre d’amis vide au bout du couloir et m’assis au bord du lit jusqu’à ce que les larmes viennent, en colère, humiliée et épuisée tout à la fois, pleurant pour mon père, pour les années qu’il avait passées enfermé pour un crime qui soudain semblait moins certain que je ne m’étais jamais autorisée à l’imaginer. Je n’entendis pas la porte s’ouvrir. Je ne remarquai Leontes que lorsque le matelas s’enfonça à côté de moi, près mais sans me toucher, ses mains lâchement jointes entre ses genoux comme s’il ne savait vraiment pas quoi en faire. "Je ne vais pas prétendre avoir les bons mots pour ça." "Alors ne dis rien." "D’accord." Il ne partit pas. Il resta simplement assis là en silence pendant que je pleurais, assez près pour que sa chaleur m’atteigne quand même, et quelque chose dans son immobilité… relâcha quelque chose de serré dans ma poitrine. Finalement, sans en décider, je me penchai de côté jusqu’à ce que mon épaule repose contre son bras. Il se figea, comme s’il avait peur qu’un mouvement me fasse m’éloigner, puis, avec précaution, il se décala juste assez pour me laisser m’installer plus confortablement contre lui. Pendant un bref et dangereux instant, rien de tout ça ne semblait faux. "Eulalie." "Mm." "Il y a quelque chose à propos de l’affaire de ton père que je ne t’ai jamais dit." Je levai la tête, mon cœur battant soudain pour une raison entièrement différente. "Quoi ?" Son expression se durcit, la douceur d’un instant plus tôt disparaissant comme si elle n’avait jamais existé. "Il ne travaillait pas seul."Le premier vrai baiserPoint de vue d’Eulalie"Si tu veux connaître la vérité, arrête de prétendre que tu ne me fais pas confiance."Leontes se tenait à quelques centimètres de moi.J’avalai ma salive."Alors arrête de me donner des raisons de ne pas te faire confiance."Il passa une main dans ses cheveux, la frustration écrite sur chaque ligne de son visage."Mon père conservait des dossiers privés sur plusieurs employés, y compris le tien. Après l’arrestation, ces dossiers ont disparu. Je ne sais pas ce qu’il y avait dedans. Je ne sais pas pourquoi ils ont disparu. Tout ce que je sais, c’est que Balthazar et Aurelius avaient une sorte d’arrangement avant que tout s’effondre.""Un arrangement. C’est assez vague pour signifier n’importe quoi.""C’est la vérité autant que je la connais.""Pratique, que la seule preuve qui pourrait réellement expliquer quelque chose ait justement disparu.""Tu penses que je protège mon père.""Je pense que ce ne serait pas la première fois qu’un Valcour
La femme qui en sait tropPoint de vue d’Eulalie"Tu devrais demander à ton fiancé ce que son père a fait au tien."J’ai cessé de respirer.La femme assise en face de moi a souri. Ottilie D’Aubray… l’ex-fiancée de Leontes.Elle était apparue dans le salon comme si elle avait toujours eu sa place ici. Un instant j’étais seule avec un livre que je ne lisais pas vraiment, et l’instant d’après elle était simplement là, me regardant avec une expression bien trop douce pour quelqu’un qui était censé me détester."Pardon, qu’avez-vous dit ?""Rien d’important. Je suis juste curieuse de savoir ce que Leontes t’a raconté." Elle prit une gorgée lente de son thé, indifférente."Il déteste les mensonges, tu sais. Ironique, vu comme il est doué pour les raconter.""Je ne vois pas de quoi vous parlez.""Bien sûr que si. Tu vis l’un de ses mensonges en ce moment même."Je posai mon livre, le dos se redressant malgré moi. J’avais anticipé de la jalousie. Des remarques cinglantes, des regards froids,
Bienvenue au manoir Valcour Point de vue d’Eulalie "Prends tes affaires et pars." Je regardai la femme qui me barrait le chemin. "Pardon ?" Elle sourit froidement. "Mon fils a peut-être annoncé que tu es sa fiancée, mais cela ne signifie pas que tu es la bienvenue dans cette maison." Je restai debout sur les marches, mon unique sac de sport accroché à mon épaule, fixant une femme qui semblait avoir été sculptée dans de la glace coûteuse. Cressida Valcour. Je la reconnus immédiatement d’après les photographies qui avaient circulé en ligne dans l’heure qui avait suivi mon acceptation de cet arrangement… les mêmes pommettes tranchantes que son fils. "On m’a dit que ce serait mon domicile pour les six prochains mois." "On t’a mal informée. Ou peut-être que mon fils a oublié de mentionner que cette maison appartient à une famille, et que les familles ont des standards." "J’en suis sûre. Je ne savais juste pas que les bonnes manières n’en faisaient pas partie." Son sourire s’amin
Ma fausse fiancée Point de vue d’Eulalie "Répétez ça." Je fixai Leontes comme s’il avait complètement perdu la raison. Il ne cligna même pas des yeux. "Tu vas être ma fiancée." La portière de la voiture se referma derrière nous avec un clic doux, nous enfermant tous les deux dans un silence qui semblait plus fort que la foule dont nous venions de nous échapper. Je tournai tout mon corps vers lui, mon pouls martelant encore sous l’effet des caméras, sous le son de mon propre nom hurlé par des inconnus qui croyaient savoir exactement qui j’étais. "Vous êtes fou ? Vous avez dit au monde entier que je suis votre fiancée. Je n’ai même jamais eu de vraie conversation avec vous avant ce soir." "Nous en avons une maintenant." "Ne faites pas ça. Ne prenez pas cette voix calme. Expliquez-vous." Il s’adossa au siège, dénouant sa cravate. "Les photographies n’étaient pas un accident, Eulalie. Quelqu’un a arrangé pour que tu te retrouves dans cette chambre. Quelqu’un voulait exactement
La femme dans sa chambre Point de vue d’Eulalie "Si tu sors de cette pièce, Eulalie, je m’arrangerai pour que tu ne travailles plus jamais dans cette ville." Je me suis figée, la main sur la poignée de la porte, puis je me suis lentement retournée pour fixer l’homme qui se tenait derrière moi. Leontes Valcour. Le milliardaire dont le nom pouvait faire basculer une pièce entière dans le silence… et, d’une manière ou d’une autre, je me trouvais dans sa suite privée à deux heures du matin. Ma tête battait comme si quelqu’un avait martelé l’intérieur de mon crâne à coups de marteau. "Comment connaissez-vous mon nom ?" "Il est sur le badge épinglé à votre poitrine." J’ai baissé les yeux. Bien sûr qu’il y était. Ma main s’est portée à ma tempe, appuyant fort, essayant de forcer les dernières heures à revenir à leur place… …un homme en costume gris qui m’avait demandé de livrer quelque chose à l’étage des penthouses, et quelqu’un qui m’avait tendu un verre d’eau pendant que







