Mag-log inLe silence retombe progressivement dans le dortoir improvisé après le départ d’Elias.Mila dort enfin.Pour de vrai cette fois.Sa respiration est lente, régulière, paisible pour la première fois depuis notre arrivée sur ce camp, et malgré le chaos qui continue dehors, je reste quelques secondes immobile à la regarder comme pour m’assurer qu’elle ne va pas encore essayer de se lever.Même inconsciente, cette femme trouve le moyen de m’épuiser.Je laisse échapper un souffle avant de passer une main dans mes cheveux.Puis mon regard tombe sur son uniforme.Il est couvert de sang.Pas seulement quelques taches. Le tissu entier est imprégné de poussière, de sueur et de sang séché après vingt-quatre heures passées à opérer sans interruption.Je fronce légèrement les sourcils.Elle ne peut pas dormir comme ça.L’idée me traverse immédiatement, suivie presque aussitôt d’une autre beaucoup moins confortable.Est-ce que ce que je m’apprête à faire est complètement déplacé ?Je fixe Mila quelqu
Je la vois vaciller avant même qu’elle ne tombe.Une seconde plus tôt, Mila était encore debout au milieu de la tente médicale, en train de vérifier les perfusions des enfants comme si son propre corps n’existait plus depuis des heures. Puis soudain, quelque chose change dans sa posture.Son regard se vide légèrement.Ses jambes cèdent.Et pendant une fraction de seconde, mon cœur s’arrête réellement.— Mila !Je traverse immédiatement la tente en courant et la rattrape juste avant qu’elle ne s’effondre contre le sol. Son corps est brûlant entre mes bras, beaucoup trop léger aussi, comme si les dernières vingt-quatre heures venaient brutalement de lui tomber dessus d’un seul coup.— Mila, regarde-moi.Sa tête bascule faiblement contre mon bras.Ses paupières tremblent.Elle essaie de rester consciente, je le vois immédiatement. Même maintenant, son corps continue de lutter contre l’épuisement.Mais cette fois, il ne suit plus.— Mila.Ma voix devient plus dure malgré moi.Plus inquièt
Les cinq véhicules blindés de Jabari nous escortent jusqu’au camp sans rencontrer la moindre embuscade. Les hommes de la garde royale restent parfaitement synchronisés tout au long des quatre heures de route, avançant en formation autour de notre 4x4 avec une discipline militaire qui contraste violemment avec l’image traditionnelle que je me faisais encore de ce royaume quelques jours plus tôt.Pourtant, malgré le paysage qui défile derrière la vitre, malgré les villages traversés et les checkpoints improvisés, je reste enfermée dans mes pensées.Ou plutôt dans ma colère.Depuis ce matin, je n’ai pratiquement pas adressé un mot à Ethan. Lui non plus ne cherche plus vraiment à parler. L’atmosphère entre nous est lourde, silencieuse, presque électrique, et chaque fois que mes yeux se posent malgré moi sur la marque violacée au creux de son cou, quelque chose se serre immédiatement dans ma poitrine.Je détourne alors les yeux vers la route.Encore.Et encore.Lorsque nous approchons enfi
Ethan me réveille alors qu’il fait encore nuit noire.Pendant quelques secondes, je reste immobile, complètement désorientée, avant d’apercevoir sa silhouette près de l’entrée de la hutte.— Mila.Sa voix est basse, calme.— Il est quelle heure ?— Quatre heures.Je laisse échapper un soupir fatigué en me redressant lentement.Cette nuit a été horrible.Pas à cause de la natte cette fois.À cause de lui.Ou plutôt de son absence.Lorsque je me suis réveillée au milieu de la nuit, Ethan n’était plus à côté de moi. J’avais cru au départ qu’il était simplement sorti quelques minutes, mais il n’est jamais revenu.Je ne sais même pas pourquoi ça m’a dérangée autant.Après tout, je devrais être soulagée.Et pourtant, une étrange sensation de vide est restée avec moi jusqu’au matin.Je passe une main sur mon visage avant de murmurer :— Tu n’as pas dormi ?— Pas vraiment.Il ne donne pas plus d’explication.Ethan me tend ensuite une serviette propre.— Tu devrais aller prendre une douche ava
Nous traversons plusieurs couloirs souterrains avant d’atteindre une immense salle où les habitants du village ont déjà été installés. L’endroit est organisé avec une efficacité presque irréelle : des matelas ont été disposés au sol, des réserves d’eau circulent entre les familles, et malgré la peur encore visible sur certains visages, personne ne panique réellement.Je repère immédiatement le petit garçon que j’ai soigné ce matin.Sans réfléchir, je me dirige vers lui.Sa mère me voit approcher et son visage s’illumine aussitôt d’un soulagement presque bouleversant. Elle se redresse rapidement pendant que je m’agenouille près de l’enfant pour vérifier sa perfusion et son pansement.Je pose doucement ma main sur son front.La fièvre a déjà légèrement baissé.— C’est bien… murmuré-je presque pour moi-même.Le petit ouvre faiblement les yeux en me regardant, épuisé mais plus stable qu’avant, et mon cœur se serre malgré moi.Je vérifie rapidement sa respiration, son pouls, puis le pansem
Ethan finit par détourner le regard le premier. Il inspire lentement, puis reprend sa marche vers le centre du village, comme si notre conversation venait d’être rangée dans une case temporaire de son esprit, en attente de résolution.Je ne bouge pas immédiatement.Je reste figée un instant à le regarder s’éloigner, son dos droit, sûr de lui, comme s’il n’y avait jamais vraiment de débat possible avec lui. Une partie de moi hésite entre le suivre et rester à distance, entre céder encore une fois ou maintenir cette ligne que je m’impose depuis notre arrivée ici.Finalement, je le rattrape sans accélérer réellement, juste assez pour ne pas rester derrière lui.— Tu vas toujours faire ça ? je lui lance.Il ne tourne pas la tête.— Faire quoi ?— Décider ce qui est dangereux pour moi comme si je n’avais pas mon mot à dire.Il laisse passer un silence assez long pour que je comprenne que sa réponse ne sera pas impulsive, mais elle n’en est pas plus agréable.— Je décide ce qui compromet un
Le soleil de Paris est déjà haut lorsque la voiture s’arrête devant les studios. Il est un peu plus de dix heures et le tournage bat son plein. J’ai beau être un habitué des plateaux pour les tournages des spots du groupe, celui-ci a quelque chose de particulier.Le producteur m’attend à l’entrée,
Une jeune femme apparut.Brune, les cheveux en chignon lâche, vêtue d’un jean et d’un tee-shirt blanc. Ce n’était pas elle. Mon cœur se serra, une décharge froide me traversa la poitrine.— Lyvia Hale ? ai-je articulé, presque dans un souffle.Elle a souri, un sourire léger, poli.— Oh non, pas du
Il était près de quatorze heures trente lorsque nous avons enfin terminé de tout ranger dans le gymnase. Ballons dégonflés, confettis écrasés, papiers colorés partout — on aurait dit qu’un arc-en-ciel avait explosé sur le sol. Bjorn, les cheveux en bataille, tenait encore un rouleau de scotch à la
Ce soir-là, en montant les marches du grand hall aux bras de Bjorn, je me sentais étrangement fière.Il m’avait promis que cette soirée serait légère, presque amusante — un pas de plus dans ma nouvelle vie.J’avais voulu le croire.— Respire, Lyvia, souffla-t-il à mon oreille en m’ouvrant la porte.







