Se connecterEthan finit par détourner le regard le premier. Il inspire lentement, puis reprend sa marche vers le centre du village, comme si notre conversation venait d’être rangée dans une case temporaire de son esprit, en attente de résolution.Je ne bouge pas immédiatement.Je reste figée un instant à le regarder s’éloigner, son dos droit, sûr de lui, comme s’il n’y avait jamais vraiment de débat possible avec lui. Une partie de moi hésite entre le suivre et rester à distance, entre céder encore une fois ou maintenir cette ligne que je m’impose depuis notre arrivée ici.Finalement, je le rattrape sans accélérer réellement, juste assez pour ne pas rester derrière lui.— Tu vas toujours faire ça ? je lui lance.Il ne tourne pas la tête.— Faire quoi ?— Décider ce qui est dangereux pour moi comme si je n’avais pas mon mot à dire.Il laisse passer un silence assez long pour que je comprenne que sa réponse ne sera pas impulsive, mais elle n’en est pas plus agréable.— Je décide ce qui compromet un
Le retour vers le village se fait dans une tension silencieuse. Lorsqu’ils atteignent enfin le centre du village de N’Dala, l’agitation habituelle semble presque irréelle, comme si rien au monde ne pouvait atteindre cet endroit protégé par ses propres règles. Ethan n’a pourtant pas le temps de s’y laisser tromper, car son téléphone satellite se met à vibrer dans sa poche avec une insistance immédiate qui lui arrache un instinct de vigilance.Il s’arrête net, décroche sans détour, et le changement dans son regard suffit à faire comprendre à Mila que quelque chose vient de basculer.Elle ne dit rien au début, mais elle reste assez proche pour entendre.La voix de Samuel grésille à travers les interférences, plus tendue qu’à l’accoutumée.— Ethan, situation critique sur le camp. Les renforts ont engagé le contact avec les groupes armés. Ça dégénère plus vite que prévu.Ethan serre légèrement la mâchoire, son regard se durcissant.— Blessés ?— Oui. Et surtout, on manque de médecins. Les
Après leur petit-déjeuner, Ethan prit contact avec Samuel grâce à la radio. La communication grésillait par intermittence, mais cette fois la situation semblait enfin stabilisée.Les hommes armés qui avaient pris le contrôle du camp avaient disparu avant l’arrivée des renforts, probablement alertés par les mouvements militaires dans la région. Samuel leur expliqua qu’il envoyait malgré tout plusieurs véhicules escortés par des gardes armés afin de sécuriser définitivement la zone.— Vous reviendrez demain matin, déclara Samuel à travers les interférences. Les hommes arriveront avant la tombée de la nuit aujourd’hui.Ethan jeta un regard vers Jabari avant de répondre :— Compris.Le roi du village, assis à côté de lui, prit alors calmement la parole.— Certains de mes hommes vous accompagneront jusqu’au camp demain.Ethan tourna la tête vers lui.— Ce n’est pas nécessaire.Jabari eut un léger sourire.— Ici, rien n’est laissé au hasard. Les routes sont devenues dangereuses depuis plusi
Je suis la femme du chef du village à travers les sentiers étroits qui s’éloignent progressivement des habitations. Plus nous avançons, plus les bruits du village disparaissent derrière nous pour laisser place à autre chose. Le vent dans les feuillages. L’eau au loin. Les cris lointains des oiseaux cachés dans la végétation.Après presque une demi-heure de marche, le paysage s’ouvre soudainement devant moi et je m’arrête net.Une immense chute d’eau descend le long des rochers noirs dans un grondement puissant avant de se jeter dans un bassin parfaitement clair entouré de végétation tropicale. La lumière du soleil traverse les gouttes suspendues dans l’air et donne à l’endroit quelque chose d’irréel.Je reste quelques secondes sans parler.— Mon Dieu…La femme du chef sourit doucement en voyant ma réaction.— C’est magnifique, n’est-ce pas ?Je tourne lentement sur moi-même, incapable de détourner les yeux du paysage.— On dirait un endroit caché du reste du monde.Elle acquiesce lent
La première chose que je sens en ouvrant les yeux, c’est la chaleur, pas celle de la hutte mais une chaleur différente, agréable.Il me faut quelques secondes pour comprendre pourquoi mon corps est aussi confortablement installé alors que, quelques heures plus tôt, cette natte me semblait être l’invention la plus cruelle de l’humanité.Puis je réalise.Je suis blottie contre Ethan.Sa respiration est lente, profonde, régulière contre mes cheveux, et l’un de ses bras repose autour de ma taille comme si mon corps avait naturellement trouvé sa place contre le sien pendant la nuit. Je me fige immédiatement.Mon premier réflexe devrait être de m’éloigner, de retrouver un minimum de dignité avant qu’il ne se réveille. Mais je ne bouge pas parce que malgré moi… je me sens bien.Son corps dégage une chaleur rassurante qui contraste violemment avec tout ce que je suis censée ressentir envers lui. Même endormi, Ethan semble solide, calme, comme si rien au monde ne pouvait réellement l’atteindre
Avant que tout se casse entre nous, Mila était simplement… Mila.Elle arrivait toujours trop vite dans mes journées, sans prévenir, comme si elle avait décidé que ma présence faisait partie de son emploi du temps et qu’il n’y avait rien à négocier là-dessus. Je la retrouvais après les entraînements, assise en haut des gradins, les jambes croisées, en train de lire ou de griffonner dans un carnet qu’elle refermait dès que je m’approchais.— T’as encore perdu des points en défense aujourd’hui, lançait-elle sans même lever les yeux.Je levais les yeux au ciel, mais je souriais déjà.— Tu comptes aussi les réussites ou juste ce qui t’arrange ?Elle relevait enfin la tête, avec ce regard trop vif pour son âge.— Les réussites, tout le monde les voit. Les erreurs, c’est plus intéressant.C’était toujours comme ça avec elle. Direct. Sans filtre. Et étrangement, ça ne me dérangeait pas.On marchait souvent ensemble ensuite, sans vraiment décider où aller. Elle parlait de tout, des cours, des
L’aéroport de Keflavík baignait dans une lumière gris-argent.Charlotte resserra son manteau, les joues rougies par le vent, tandis que Bjorn traînait leur unique valise avec un air las.— Tu sais que je t’en veux encore de m’avoir fait quitter Tbilissi sans dîner ?— Bjorn, s’il te plaît…— Non, v
Lorsque nous arrivâmes à l’hôtel, Arnaud nous attendait déjà dans le hall. Il avait cet air tranquille et impassible que rien ne semblait ébranler, même pas Bjorn qui avançait comme une diva, les bras chargés de sacs de beauté et le pas rebondi.— Mission accomplie ? demanda Bjorn, les mains sur le
Le soleil s’invite dans ma chambre avant même que mon réveil n’ose sonner. Une douce lumière dorée danse sur les rideaux, et j’entends, au loin, le murmure des voitures sur les pavés mouillés. Paris respire.Mais ce matin, ce n’est pas un matin comme les autres.C’est leur matin.— Bon anniversaire
Je n’ai pratiquement pas dormi. À cinq heures, j’étais déjà debout, rasé, habillé, les idées en ordre — du moins en apparence. J’ai convoqué le Conseil d’administration à six heures précises. Personne n’a compris pourquoi, mais quand on s’appelle Dante Whithemore, personne n’ose poser trop de quest







