LOGINElles s'arrêtèrent à l'angle de la rue des Marronniers.
La maison était là, à vingt mètres, les volets bleus, la glycine sur la façade, le marronnier dont on devinait la silhouette dans l'obscurité du jardin.
Elles marchèrent longtemps avant de parler.La nuit de Claireville les enveloppait, fraîche et silencieuse, ces rues résidentielles qui dormaient depuis longtemps avec leurs façades fermées et leurs jardins obscurs, et les pas des deux femmes sur les pavés résonnaient dans ce silence avec cette régularité des gens qui avaient besoin de marcher avant de pouvoir dire quoi que ce soit.Ce fut Jade qui parla la première."Elle chante faux avec une conviction absolue."Clara ne répondit pas immédi
Jade avait refait du thé.Personne ne lui avait demandé. Elle l'avait fait parce que c'était l'heure où les conversations importantes avaient besoin de quelque chose à tenir dans les mains, et elle avait reposé la théière sur la table basse et s'était rassise sur le bord du fauteuil avec cette discrétion qui était sa façon naturelle d'être là sans peser.Manon regardait Lucie endormie.Le salon les enveloppait toutes les trois dans la lumière chaude de la lampe en cuivre, et quelque chose dans cet espace, ces murs que Clara n'avait pas habités depu
Jade alla dans la cuisine sans qu'on lui demande.On l'entendit ouvrir les placards, faire couler de l'eau, le bruit de la bouilloire qu'elle trouva et brancha avec cette discrétion efficace de quelqu'un qui comprenait que la meilleure chose qu'elle pouvait faire pour l'instant était de disparaître juste assez pour laisser de l'espace aux deux femmes dans le salon.Clara et Manon s'assirent.Clara dans le fauteuil de sa mère. Manon sur le canapé à côté de la petite qui dormait, le doudou serré dans le poing, les joues rouges et le souffle régulier de quelqu'un qui faisait confiance au monde
Ce fut la petite fille qui brisa le silence.Pas avec des mots. Avec ce son particulier des enfants qui réclamaient l'attention de leur mère quand quelque chose les intriguait, ce petit bruit impatient entre le murmure e
Une silhouette.Petite, mince, un sac sur l'épaule, les cheveux défaits dans la nuit. Elle poussa la porte avec le geste précis et économe de quelqu'un qui l'avait fait des dizaines de fois, ce geste qui ménageait le grincement, qui savait exactement comment tenir la poignée pour que le bois ne frotte pas trop fort sur le seuil, ce geste appris par répétition dans l'obscurité d'une ruelle qu'elle connaissait mieux que n'importe qui.Elle fit un pas dehors.Et s'arrêta net.Clara était sortie de l'om
Elles s'arrêtèrent à l'angle de la rue des Marronniers.La maison était là, à vingt mètres, les volets bleus, la glycine sur la façade, le marronnier dont on devinait la silhouette dans l'obscurité du jardin.Et la lumière.La fenêtre du salon, cette lumière chaude et dorée de la lampe en cuivre, allumée dans la nuit comme toujours, comme si la maison respirait normalement et attendait quelqu'un ou ne l'attendait pas, indifférente et vivante à la fois."Elle est l&a







