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CHAPITRE 3 : L'INSTINCT DU CHASSEUR

Author: Turass
last update publish date: 2026-02-11 14:01:43

[POINT DE VUE : DANTE]

Le port de Chicago la nuit ressemble à une gueule ouverte prête à vous avaler. L'air y est saturé de sel, de gazole et de promesses non tenues. C'est un cimetière de conteneurs rouillés où les cris se perdent dans le fracas des vagues contre le béton.

J'ajustai mon holster sous ma veste en cuir. Ce soir, pas de costume italien. Juste du noir, du pratique, du mortel. À côté de moi, adossé au capot de ma Range Rover blindée, Julian fumait une cigarette. Il avait l'air d'attendre un bus, pas une fusillade.

— Éteins ça, ordonnai-je. La lueur se voit à un kilomètre.

Il tira une dernière latte, me fixa droit dans les yeux — toujours ce putain de défi — et écrasa le mégot sous sa botte avec une lenteur exaspérante.

Julian : Tendu, Boss ?

— Concentré, rectifiai-je. Les Russes ne sont pas des amateurs. Ils sont lourdement armés, souvent bourrés, et ils n'ont rien à perdre.

Julian : Comme moi, alors.

Son sourire en coin me donna envie de le frapper et de l'embrasser en même temps. Je chassai cette pensée. Ce n'était pas le moment. Je fis signe à mes deux hommes, Rocco et un nouveau, Silas.

— On entre, on localise la cargaison, on laisse le message, on sort. Pas de héros. Si ça tire, vous visez la tête.

Julian vérifia la culasse du pistolet que je lui avais prêté. Un vieux Glock rayé. Je ne lui avais pas donné une de mes armes personnelles. Pas encore.

Nous avançâmes dans le dédale de conteneurs. Le silence était oppressant. Seul le bruit de nos pas sur le gravier et le hurlement lointain d'une sirène troublaient la nuit.

Nous arrivâmes au point de rendez-vous : le hangar 14. Une immense carcasse de tôle ondulée. La porte était entrouverte. Une lumière jaune, maladive, en filtrait.

Julian : Ça pue, murmura Julian à mon oreille.

Je sursautai presque. Il s'était déplacé sans un bruit.

— Quoi ?

Julian : Regarde les ombres, dit-il en pointant du menton vers le toit du hangar voisin. Il n'y a pas de vent, mais cette ombre a bougé.

Je plissai les yeux. Rien. Juste l'obscurité. Mais je savais que l'instinct ne s'apprend pas. Et Julian, malgré son air de voyou désinvolte, avait les sens d'un animal traqué.

Julian : C'est un guet-apens, souffla-t-il. Ils ne sont pas dedans. Ils nous attendent dehors.

À l'instant où il prononça ces mots, le premier coup de feu claqua. Une balle fit voler un éclat de béton à cinq centimètres de ma tête.

— À couvert ! hurlai-je.

Nous plongeâmes derrière une pile de palettes en bois pourri alors que l'enfer se déchaînait. Des tirs automatiques. Du calibre lourd. Ils étaient en hauteur, sur les conteneurs et les toits. Ils nous avaient en ligne de mire comme des canards dans une fête foraine.

Silas est touché ! cria Rocco.

Je jetai un coup d'œil. Le nouveau gisait au sol, une mare rouge s'élargissant sous lui. Il ne bougeait plus. Merde. Mon père allait me tuer.

— On est coincés ! rugit Rocco, tirant à l'aveugle par-dessus sa tête.

Je ripostai, abattant une silhouette sur le toit, mais ils étaient trop nombreux. Nous étions cloués au sol. Si nous restions là, nous étions morts.

Je regardai Julian. Je m'attendais à voir de la peur. De la panique. Je vis de la glace.

Il analysait le terrain. Ses yeux scannaient les positions ennemies avec une précision mathématique. Il se tourna vers moi.

Julian : Il y a un angle mort, dit-il calmement, sa voix à peine élevée pour couvrir le bruit des balles.

— Quoi ?

Julian : Le tireur à gauche recharge toutes les six secondes. C'est un vieux fusil à pompe. Celui à droite couvre le centre. Si je contourne par les conteneurs bleus, je peux les prendre à revers.

— Tu es malade ? C'est du suicide.

Julian : Non, Boss. C'est de la géométrie. Couvre-moi.

Avant que je puisse lui ordonner de rester, il bondit. Il ne courut pas comme un délinquant qui fuit la police. Il bougea comme une ombre. Rapide. Fluide. Il glissa entre deux caisses, disparut dans l'obscurité.

Putain d'idiot ! jurai-je.

Je me levai et arrosai la position des Russes pour attirer leur attention. — Hé ! Venez me chercher, connards !

Les balles sifflèrent autour de moi, déchiquetant le bois. Je comptai les secondes. Une. Deux. Trois.

Soudain, le tir à gauche cessa. Un cri étouffé. Puis un bruit sourd de corps qui tombe. Puis deux coups de feu secs, précis. Bam. Bam. Le tireur de droite cessa de tirer.

Le silence retomba aussi brutalement qu'il avait été brisé.

Je sortis lentement de ma cachette, l'arme au poing. Rocco me suivit, haletant. Nous avançâmes vers les conteneurs bleus.

Julian était là. Debout au-dessus d'un corps massif tatoué. Il essuyait une éclaboussure de sang sur sa joue avec le revers de sa manche. Il tenait son Glock d'une main ferme, le canon fumant encore. Deux autres corps gisaient un peu plus loin. Trois hommes. Il avait abattu trois hommes armés en moins de vingt secondes, avec un pistolet de merde, dans le noir.

Il leva les yeux vers moi. L'adrénaline avait dilaté ses pupilles, rendant ses yeux presque noirs. Il respirait fort, sa poitrine se soulevant sous son t-shirt trempé de sueur.

Il était terrifiant. Il était magnifique.

Je m'approchai de lui, enjambant le cadavre du Russe. Je devrais être méfiant. Un dealer de rue ne tire pas comme ça. Un dealer de rue tire n'importe comment en tenant son arme de travers. Julian avait tiré pour tuer, avec une efficacité militaire.

Mais à cet instant, mon cerveau reptilien s'en foutait. Le danger. Le sang. La violence. C'était le plus puissant des aphrodisiaques.

J'arrivai à sa hauteur. Je l'attrapai par le col de sa veste et le plaquai brutalement contre le métal froid du conteneur. Le choc lui fit lâcher un petit grognement.

— Qui es-tu vraiment, Julian ? grondai-je, mon visage à quelques millimètres du sien.

Il ne baissa pas les yeux. Il lécha la goutte de sang au coin de sa lèvre.

Julian : Je suis celui qui vient de te sauver le cul, Dante.

L'insolence. Toujours cette putain d'insolence. Je sentis mon érection se durcir douloureusement contre ma cuisse. L'envie de le prendre là, maintenant, au milieu des cadavres et de l'odeur de poudre, était si violente qu'elle me donna le vertige.

Je vis dans ses yeux qu'il le sentait aussi. Cette même faim sombre.

— On n'a pas fini, dis-je, la voix rauque. On doit brûler le hangar.

Je le lâchai brusquement, me reculant comme si je m'étais brûlé. — Nettoie ça, ordonnai-je en pointant les corps. Et ne me fais plus jamais peur comme ça.

Julian se redressa, ajustant sa veste avec un calme olympien. — À vos ordres, Boss.

Alors que je me détournais pour rejoindre Rocco, je l'entendis murmurer, juste assez fort pour que je l'entende : — Tu as eu peur pour moi, Dante ? C'est mignon.

Je serrai les dents si fort que ma mâchoire craqua. Je n'avais pas eu peur pour lui. J'avais eu peur de perdre ce jouet fascinant avant d'avoir fini de jouer avec. C'était ce que je me racontais. Mais alors que nous mettions le feu au hangar et que les flammes léchaient le ciel noir de Chicago, je savais que c'était un mensonge.

J'étais en train de tomber. Et la chute allait être mortelle.

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