Masuk
Maggie et sa petite sœur Lucie restèrent toutes deux, le regard figé sur ce bout de pain posé sur la table.
Le regard attristé, et une envie véritable perceptible dans les petits yeux de Lucie, Maggie prit sa tasse de lait chaud qu’elle s’empressa de boire le plus rapidement possible, à la plus grande surprise de la petite. Aussitôt le verre déposé, Maggie soupira et un grand sourire expressif se dessina sur ses lèvres. — Oh ! Je suis tellement pleine ! Je ne peux plus rien avaler, feigna-t-elle d’être remplie. — Tu peux le prendre, ma Lucie. Ta grande sœur n’a plus faim. Je suis rassasiée, déclara-t-elle en lui pinçant joyeusement la joue. — Vas-y, prends-le, insista-t-elle. — Et toi alors, Maggie ? demanda la petite de sa petite voix, soucieuse. — Je suis pleine, ma chérie. Le lait chaud a pris toute la place, donc vas-y, prends-le, répondit-elle avec le même sourire. Lucie hocha légèrement la tête et s’exécuta. Elle prit le bout de pain qu’elle mangea avec appétit, dégustant chaque bouchée comme si c’était la dernière. Maggie la regardait tristement, consciente de la situation dans laquelle sa famille se trouvait. — Prends ton temps, Lucie. Je vais terminer de me préparer et j’irai voir papa et maman avant de m’en aller. D’accord ? Lucie acquiesça. Maggie se pencha pour lui faire un bisou sur la joue. Puis elle se leva et marcha tout doucement jusqu’au couloir. Mais juste avant de faire un pas de plus, elle se tourna un instant vers la petite Lucie qui déjeunait avec appétit. Dans les yeux de Maggie se reflétait une lueur qui criait plus que ce que ses mots ne pouvaient se permettre de dire et son cœur de supporter. Je suis désolée, Lucie… ta grande sœur fera tout pour améliorer notre vie… tout, ma chérie, pensa-t-elle fortement tout en essuyant la larme solitaire qui coula le long de sa joue. Le cœur lourd, Maggie prit le chemin vers la chambre de ses parents. — Gérard, essaye encore une fois. Ça ne peut pas se passer comme ça, s’écria son épouse. — Natacha, du calme. Cet imbécile va finir par me répondre, lança-t-il en composant de nouveau le numéro. Soudain, il enleva le téléphone de son oreille, poussant un léger cri de colère. — Qu’est-ce qu’il y a ? Ça ne passe toujours pas, c’est ça ? s’inquiéta sa femme. — Ces gens ne sont pas du tout fiables… j’aurais dû m’en douter après tant d’années à faire le sale boulot, déclara-t-il, le regard endurci de colère. — Ça ne va pas se passer comme ça ! s’exclama-t-il par la suite, vif de colère. Et puis soudain, la porte s’ouvrit. Tous deux se retournèrent précipitamment, pris de court. — Papa, maman, je m’en vais déjà à l’orphelinat, annonça Maggie en leur souriant. Sa mère et son père la fixèrent un moment, comme surpris, puis soudain avec un désintérêt désarmant. — Et alors ?! Tu ne vois pas que tu nous interromps ? s’exclama sa mère. Le sourire tendre de Maggie disparut instantanément, laissant place à une profonde confusion. — Je… je suis… tenta-t-elle de parler avant d’être brusquement interrompue. — Ferme-la ! rajouta son père. Maggie joignit ses mains à sa poitrine, le regard baissé. — Mais quelles sont ces manières, Maggie ? On doit toujours te répéter de frapper avant d’entrer, lança son père d’un ton dur. — Mais non, elle est beaucoup trop idiote pour se souvenir de toutes ces bonnes manières, ajouta sa mère. Les larmes remontaient déjà au creux de ses yeux. La tête toujours baissée, Maggie s’essuya aussi vite ces larmes avant de relever la tête. Face à elle, des parents qui n’étaient pas très contents de sa présence. Elle s’essuya de nouveau les yeux, puis elle leur dit : — Papa, maman, je m’excuse. J’ai frappé à la porte mais vous ne l’avez pas entendue et, vu que j’y allais déjà, je me suis permise d’entrer. Pardonnez-moi. Je… je m’en vais. Sa mère porta toujours un regard dur sur elle. — J’espère que ma Lucie a au moins pu déjeuner, lança-t-elle durement. — Oui ! maman, répondit Maggie avec hâte… — Très bien. Et quand est-ce qu’on te paiera dans cet endroit ? Euh… cet orphelinat ? — Euh maman… euh… balbutia Maggie, troublée. — Mais réponds-lui ! s’interposa son père. — Euh papa, maman, c’est le début du mois. Je n’aurai ma paye qu’à la fin, répondit-elle. — Foutu orphelinat ! s’exclama Gérard. — Et pendant ce temps, qu’est-ce qu’on fait, Maggie ? Regarde comment c’est difficile. Tu le vois toi-même, pas vrai ? Comment veux-tu qu’on s’en sorte avec ce maigre salaire qu’elle te donne, et ce, une seule fois ? s’exclama Natacha, très remontée. — Maman… je… je vais trouver un travail en plus, je vous le promets. Ne… ne vous en faites pas. Mère Supérieure fait tout son possible pour me payer à temps, mais ne vous inquiétez pas… je… je vais faire tout mon possible pour essayer de vous donner un peu plus. — Commence d’abord par lui demander une avance. Ça va nous aider, lança son père. — Mais… je… — Je quoi ? Fais ce que ton père te demande. Si tu nous aimes vraiment et que tu nous considères réellement comme ta famille, tu nous rapporterais plus d’argent… regarde notre voisine, regarde comment elle se vante de ce que sa fille fait pour elle. Agis dans notre intérêt, Maggie. Regarde, même Lucie ne va pas à l’école parce qu’on manque de moyens. Même de quoi se nourrir, c’est difficile. — Oui… oui maman, je ferai de mon possible… je… je demanderai une avance, mais soyez patients, je vous en prie. Mère Supérieure est très gentille et elle fera tout son possible. Croyez-moi. — Maintenant, maman, papa, je vais y aller… j’ai beaucoup de choses à faire, déclara-t-elle avec hâte. Elle s’essuya les yeux et reprit son sourire. Puis elle s’avança vers sa mère en ouvrant les bras pour la prendre dans les siens. Malheureusement, cette dernière lui tourna le dos sans lui montrer la moindre affection. Elle se rétracta, puis immédiatement, elle sourit de nouveau, décidée à ne pas laisser cela la déstabiliser. Elle se tourna vers son père, qui lui aussi lui tourna le dos. La pauvre se rétracta de nouveau. Son regard triste se porta sur ses parents qui l’ignoraient. Maggie fit marche arrière et dit d’une voix basse mais douce, calme, avec dans le ton de sa voix une once de tristesse et de résignation : — Papa, maman, je suis partie. À ce soir. Maggie se retourna, le cœur lourd. Elle marchait le plus vite possible vers la porte. Et une fois la porte refermée derrière elle, elle ne put se retenir davantage et fondit en larmes. Mais elle savait que cela ne serait pas à son avantage pour des parents qui la considéraient moins que ce qu’elle pouvait leur rapporter. Alors elle se recouvrit la bouche, pleurant à chaudes larmes tout en essayant de cacher cette peine bien trop lourde qu’elle portait en elle. Son cœur en souffrance, ses larmes jaillissantes, Maggie subissait une pression bien trop lourde. Malgré cela, elle savait qu’elle devrait tout faire pour que ses parents et sa petite sœur ne manquent de rien.— Qu’est-ce que vous… vous faites ici ?! s’exclama Maggie, qui n’en croyait pas ses yeux. La tension était visible. Ils ne se lâchaient pas des yeux une seule seconde. C’était bien trop pour une simple coïncidence. Autour d’eux, plus rien n’existait ; uniquement des visages, des regards sceptiques, confus. Soudain, derrière Maggie, Mère Sarah s’avança vers le portillon. — Maggie ? Qui c’est ? Cela suffit pour la faire sursauter et la ramener à la réalité. Elle s’éloigna d’un petit pas en arrière. — Mère Sarah ! répondit-elle tout doucement, tout en gardant un œil confus et troublé sur ce visiteur inattendu et improbable… Quant au visiteur, il se tourna et fit signe de la tête à son chauffeur. Mère Sarah se rapprochait un peu plus, posant sa main sur son épaule. — Maggie, ma fille ! Maggie se retourna avec hâte, le trouble se lisant dans ses yeux. — Qu’est-ce qu’il y a ? Qui est à la porte ? Les lèvres de Maggie bougeaient plus qu’elle ne parvenait à sortir un mot. Mère S
— Mais monsieur ? s’exclama le chauffeur, troublé. L’homme à l’arrière resta impassible, le regard assombri figé droit sur Maggie. — Paul, fais ce que je te demande ! lâcha-t-il, toujours aussi fermement. Maggie était complètement absorbée. La voiture se rapprochait d’elle et, malgré cela, ses pas demeuraient tout aussi lents. Tout s’était figé autour d’elle. Les seuls bruits que Maggie entendait et écoutait étaient ceux de son cœur et de ses pensées qui la fragilisaient… La voiture roulait. Sans s’arrêter, mais avec une tension moindre voulue par le conducteur, il espérait qu’elle puisse terminer son chemin sans qu’il n’y ait de drame. Mais Maggie ne le savait pas. Et de plus en plus, ses pas laissèrent place à un moment d’arrêt, tout simplement parce qu’elle ne pouvait plus se contenir… contenir ses larmes. Et là, elle s’arrêta en plein milieu de la route, au plus grand désarroi du chauffeur. Sa seule chance : c’était une petite ville et très peu de véhicules y roulaient.
Le cœur lourd, la pression plus forte de jour en jour, Maggie, l’aînée, la grande sœur, devait assurer une responsabilité que ses parents lui avaient brusquement confiée. Sa main recouvrant sa bouche alors qu’elle craquait, elle restait figée sous le poids de sa tristesse, son regard empli de larmes. Le temps d’un instant, elle souffla, même si cela signifiait tout laisser sortir. Soudain, la petite voix de Lucie se fit entendre au bout du couloir. Comme une alarme, un signalement qui l’obligeait à tout ravaler à nouveau d’un coup, Maggie s’essuya immédiatement les yeux. D’un coup, ses larmes disparaissaient. Ses vêtements, ses mains, elle utilisait tout ce qu’elle pouvait pour se sécher au plus vite les yeux. Entendant l’appel de la petite devenir de plus en plus constant, elle s’empressa de parcourir le couloir et d’aller la rejoindre. — Oui, oui, Lucie, je suis là, mon cœur, s’empressa-t-elle en arrivant près d’elle. Lucie la regardait vivement. — Maggie, est-ce que
Maggie et sa petite sœur Lucie restèrent toutes deux, le regard figé sur ce bout de pain posé sur la table.Le regard attristé, et une envie véritable perceptible dans les petits yeux de Lucie, Maggie prit sa tasse de lait chaud qu’elle s’empressa de boire le plus rapidement possible, à la plus grande surprise de la petite.Aussitôt le verre déposé, Maggie soupira et un grand sourire expressif se dessina sur ses lèvres.— Oh ! Je suis tellement pleine ! Je ne peux plus rien avaler, feigna-t-elle d’être remplie.— Tu peux le prendre, ma Lucie. Ta grande sœur n’a plus faim. Je suis rassasiée, déclara-t-elle en lui pinçant joyeusement la joue.— Vas-y, prends-le, insista-t-elle.— Et toi alors, Maggie ? demanda la petite de sa petite voix, soucieuse.— Je suis pleine, ma chérie. Le lait chaud a pris toute la place, donc vas-y, prends-le, répondit-elle avec le même sourire.Lucie hocha légèrement la tête et s’exécuta.Elle prit le bout de pain qu’elle mangea avec appétit, dégustant chaque







