Masuk— Qu’est-ce que vous… vous faites ici ?! s’exclama Maggie, qui n’en croyait pas ses yeux.
La tension était visible. Ils ne se lâchaient pas des yeux une seule seconde. C’était bien trop pour une simple coïncidence. Autour d’eux, plus rien n’existait ; uniquement des visages, des regards sceptiques, confus. Soudain, derrière Maggie, Mère Sarah s’avança vers le portillon. — Maggie ? Qui c’est ? Cela suffit pour la faire sursauter et la ramener à la réalité. Elle s’éloigna d’un petit pas en arrière. — Mère Sarah ! répondit-elle tout doucement, tout en gardant un œil confus et troublé sur ce visiteur inattendu et improbable… Quant au visiteur, il se tourna et fit signe de la tête à son chauffeur. Mère Sarah se rapprochait un peu plus, posant sa main sur son épaule. — Maggie, ma fille ! Maggie se retourna avec hâte, le trouble se lisant dans ses yeux. — Qu’est-ce qu’il y a ? Qui est à la porte ? Les lèvres de Maggie bougeaient plus qu’elle ne parvenait à sortir un mot. Mère Sarah dirigea son regard vers l’extérieur. C’est alors qu’elle vit un petit garçon se rapprocher d’un monsieur élégamment vêtu. — Qui sont-ils ? murmura Mère Sarah, les yeux plissés. — Recule-toi un instant, Maggie ! Maggie s’exécuta, passant nerveusement ses mains dans ses cheveux. Elle se mit même à faire de légers pas, tout en se mordillant légèrement les doigts, tellement elle était nerveuse. L’homme en question revint à nouveau face au portail et, cette fois-ci, le petit garçon lui tenait fermement la main. Mais lorsque son regard croisa celui de Mère Sarah, l’expression glaciale, assombrie et ferme qu’il avait face à Maggie laissa place à un visage plus léger. On aurait dit un autre homme. — Mère Sarah, déclara-t-il sur un ton calme, presque chaleureux. Maggie, à l’arrière, tentait de comprendre ce qui se disait, mais en vain. Mère Sarah fronça les sourcils, intriguée. Elle semblait ne pas le reconnaître. — Excusez-moi, monsieur, mais… — Oh, pardonnez-moi. Je suis Richard Evans et je ne sais pas si vous pouvez vous souvenir de ce jeune couple, il y a six ans de cela, à qui vous avez redonné espoir… — Je suis ravie que vous vous soyez souvenu de moi, répondit Mère Sarah, dont le regard, plutôt flatté, semblait toujours ne pas se souvenir de l’homme en face. — Anastasie, mon épouse, le serait aussi, répondit-il plus doucement, comme un murmure qu’il se forçait à prononcer avec toute son énergie. — Anastasie ?! s’exclama Mère Sarah, qui porta sa main à sa bouche, le regard bien agrandi, comme si elle venait enfin de se rappeler. — Vous êtes Richard Evans… et Anastasie, ma belle et douce Anastasie. Bien sûr que je me souviens de vous. Elle s’avança vers lui, les bras tendus et les yeux légèrement humidifiés. Richard s’avança aussi vers elle et lui prit les mains. — Je suis heureux d’être revenu ici ! — Merci, mon Dieu…, souffla Mère Sarah. Maggie essayait de voir un peu plus ce qui se passait, mais elle avait tout autant peur de croiser à nouveau son regard. Tout à coup, la voix de Mère Sarah retentit à travers la porte. — Maggie ! Maggie !! — Oui, mère !! sursauta-t-elle. Maggie s’avança vers elle, mais le regard abaissé, empreint de la peur de croiser celui de cet homme. — Nous avons une visite, mon enfant. Prépare les chaises du salon pour que nous puissions nous y asseoir, s’il te plaît. Maggie acquiesça et s’exécuta aussitôt. Sans perdre une minute de plus, elle courut à l’intérieur, plus stressée que jamais. — Et s’il disait qu’il a failli me renverser ? Je serais obligée de lui dire toute la vérité… que j’ai besoin d’argent. Comment ? Comment est-ce que je peux lui demander cela maintenant ? murmurait-elle, complètement déboussolée. Mère Sarah les invita à entrer, les conduisant jusqu’au salon. Totalement envahie par ses propres pensées, Maggie oublia de ranger les chaises comme demandé. Mère Sarah, suivie de Richard Evans et du petit, rentra à l’intérieur et la trouva debout, en train de se mordiller les doigts nerveusement. — Maggie ! s’exclama Mère Sarah. Maggie sursauta et, malgré elle, ses yeux tombèrent à nouveau directement sur ceux de Richard, qui reprit aussitôt son air distant. — Je… je…, perdait-elle pied. — Maggie, ma fille, qu’est-ce qui t’arrive ? — Rien, mère… tout va bien… Elle se mit à ranger les chaises avec agitation, mais de temps à autre, elle ne put s’empêcher de croiser son regard. — Voilà, mère. C’est fait. Euh… je vais aller à l’extérieur terminer mon travail, déclara-t-elle aussitôt afin de s’extirper au plus vite. Une fois à l’extérieur, elle s’adossa contre le mur en soupirant. Puis elle leva les yeux vers le ciel, le cœur battant un peu plus fort. — La vie est tellement étrange… comment est-ce possible ? Je n’oublierai pas ce regard si méchant qu’il a porté sur moi… il aurait pu mieux réagir et non pas m’effrayer autant…, pensa-t-elle, fortement troublée. Dans la pièce, Mère Sarah resta un moment figée, les sourcils froncés en direction de la porte. Elle sentait bien que Maggie lui cachait quelque chose. Et cette visite non plus n’arrangeait rien. — Allez, William, va dire bonjour, déclara Richard, ramenant l’attention de Mère Sarah vers eux. William regarda longuement son papa, qui lui fit un signe positif de la tête. Puis il se tourna vers Mère Sarah, qui lui souriait tendrement. William s’avança à pas lents vers elle. Elle le prit dans ses bras. — Et Anastasie, où est-elle ? Je ne l’ai vue nulle part. Comment va-t-elle ? Richard baissa légèrement la tête. Ses yeux essayaient de dissimuler une émotion qu’il s’efforçait de ne plus ressentir. Puis il releva la tête et répondit : — Anastasie n’est plus…, répondit-il d’un ton calme, sans détour. Sa voix était neutre et son visage fermé. — Oh mon Dieu ! s’exclama Mère Sarah. — Et c’est notre fils… — Anastasie a perdu la vie en lui donnant naissance. Et revenir ici a toujours été son vœu le plus cher, confia-t-il, la voix devenue un peu plus serrée. — Je suis tellement désolée. Anastasie, ma fille… je prierai pour son âme. Et je suis certaine que de là-haut, elle veille sur vous. — Je…, débuta Richard, qui s’arrêta aussitôt. Il tourna la tête vers la porte, comme si un élément important, un souvenir, venait de lui revenir en mémoire. — Mère Sarah, je reviendrai demain si vous me le permettez. J’ai une chose importante à faire ! Il se leva précipitamment, prenant Mère Sarah de court. — William ! Viens, mon fils ! William fit un signe d’au revoir à Mère Sarah et s’avança vers son père. — Je reviendrai…, dit-il sans plus. Mère Sarah se figea un instant, puis lui sourit. — Oui, mon enfant. Revenez quand vous voulez. Richard et son fils s’avancèrent vers la porte… Juste au moment de la franchir, au même instant, Maggie se décidait enfin à quitter le mur contre lequel elle était adossée. Richard franchit la porte et, à cet instant, Maggie regagnait l’intérieur. Brusquement, ils se bousculèrent et Maggie se retrouva presque au sol quand, soudainement, Richard Evans se retrouva une nouvelle fois face à elle. Et cette fois-ci, instinctivement, et avec délicatesse, il l’empêcha de se faire mal.— Qu’est-ce que vous… vous faites ici ?! s’exclama Maggie, qui n’en croyait pas ses yeux. La tension était visible. Ils ne se lâchaient pas des yeux une seule seconde. C’était bien trop pour une simple coïncidence. Autour d’eux, plus rien n’existait ; uniquement des visages, des regards sceptiques, confus. Soudain, derrière Maggie, Mère Sarah s’avança vers le portillon. — Maggie ? Qui c’est ? Cela suffit pour la faire sursauter et la ramener à la réalité. Elle s’éloigna d’un petit pas en arrière. — Mère Sarah ! répondit-elle tout doucement, tout en gardant un œil confus et troublé sur ce visiteur inattendu et improbable… Quant au visiteur, il se tourna et fit signe de la tête à son chauffeur. Mère Sarah se rapprochait un peu plus, posant sa main sur son épaule. — Maggie, ma fille ! Maggie se retourna avec hâte, le trouble se lisant dans ses yeux. — Qu’est-ce qu’il y a ? Qui est à la porte ? Les lèvres de Maggie bougeaient plus qu’elle ne parvenait à sortir un mot. Mère S
— Mais monsieur ? s’exclama le chauffeur, troublé. L’homme à l’arrière resta impassible, le regard assombri figé droit sur Maggie. — Paul, fais ce que je te demande ! lâcha-t-il, toujours aussi fermement. Maggie était complètement absorbée. La voiture se rapprochait d’elle et, malgré cela, ses pas demeuraient tout aussi lents. Tout s’était figé autour d’elle. Les seuls bruits que Maggie entendait et écoutait étaient ceux de son cœur et de ses pensées qui la fragilisaient… La voiture roulait. Sans s’arrêter, mais avec une tension moindre voulue par le conducteur, il espérait qu’elle puisse terminer son chemin sans qu’il n’y ait de drame. Mais Maggie ne le savait pas. Et de plus en plus, ses pas laissèrent place à un moment d’arrêt, tout simplement parce qu’elle ne pouvait plus se contenir… contenir ses larmes. Et là, elle s’arrêta en plein milieu de la route, au plus grand désarroi du chauffeur. Sa seule chance : c’était une petite ville et très peu de véhicules y roulaient.
Le cœur lourd, la pression plus forte de jour en jour, Maggie, l’aînée, la grande sœur, devait assurer une responsabilité que ses parents lui avaient brusquement confiée. Sa main recouvrant sa bouche alors qu’elle craquait, elle restait figée sous le poids de sa tristesse, son regard empli de larmes. Le temps d’un instant, elle souffla, même si cela signifiait tout laisser sortir. Soudain, la petite voix de Lucie se fit entendre au bout du couloir. Comme une alarme, un signalement qui l’obligeait à tout ravaler à nouveau d’un coup, Maggie s’essuya immédiatement les yeux. D’un coup, ses larmes disparaissaient. Ses vêtements, ses mains, elle utilisait tout ce qu’elle pouvait pour se sécher au plus vite les yeux. Entendant l’appel de la petite devenir de plus en plus constant, elle s’empressa de parcourir le couloir et d’aller la rejoindre. — Oui, oui, Lucie, je suis là, mon cœur, s’empressa-t-elle en arrivant près d’elle. Lucie la regardait vivement. — Maggie, est-ce que
Maggie et sa petite sœur Lucie restèrent toutes deux, le regard figé sur ce bout de pain posé sur la table.Le regard attristé, et une envie véritable perceptible dans les petits yeux de Lucie, Maggie prit sa tasse de lait chaud qu’elle s’empressa de boire le plus rapidement possible, à la plus grande surprise de la petite.Aussitôt le verre déposé, Maggie soupira et un grand sourire expressif se dessina sur ses lèvres.— Oh ! Je suis tellement pleine ! Je ne peux plus rien avaler, feigna-t-elle d’être remplie.— Tu peux le prendre, ma Lucie. Ta grande sœur n’a plus faim. Je suis rassasiée, déclara-t-elle en lui pinçant joyeusement la joue.— Vas-y, prends-le, insista-t-elle.— Et toi alors, Maggie ? demanda la petite de sa petite voix, soucieuse.— Je suis pleine, ma chérie. Le lait chaud a pris toute la place, donc vas-y, prends-le, répondit-elle avec le même sourire.Lucie hocha légèrement la tête et s’exécuta.Elle prit le bout de pain qu’elle mangea avec appétit, dégustant chaque







