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Chapitre 3

last update Veröffentlichungsdatum: 21.05.2026 19:06:49

Chapitre 3

Quand je me réveille, la lumière grise de l'aube filtre par les planches disjointes. Je ne sais pas combien de temps j'ai dormi. Assez pour que la fièvre ait baissé, pas assez pour que la douleur se soit calmée. Mes bandages sont imbibés de sang séché, mais les saignements ont cessé. Je suis en vie. C'est déjà un miracle.

Je me lève. Chaque mouvement est une torture, mais je la maîtrise. Je l'apprivoise. Je la transforme en carburant.

J'ouvre le placard. Dedans, des armes. Un Glock 17 que j'avais caché sous une latte du plancher, des chargeurs pleins, un couteau de chasse à la lame de quinze centimètres, un gilet pare-balles léger. Je vérifie chaque pièce, chaque mécanisme. Mes doigts sont encore gonflés, moins agiles qu'avant, mais ils se souviennent. Le geste est gravé dans mes muscles.

Je m'habille. Jean noir, sweat à capuche, veste en cuir. Le gilet sous le sweat. Le Glock dans la ceinture, dos, là où il ne se verra pas. Un couteau dans la botte. Un deuxième dans la manche.

Le miroir me renvoie une image différente de celle de la veille. Mon visage est toujours tuméfié, mais l'œil droit s'ouvre presque entièrement. La fente de ma lèvre a commencé à cicatriser. Je ressemble à un boxeur qui a perdu mais qui refuse de s'asseoir.

Je sors de la cabane. L'air est glacé, pur, chargé de l'odeur des pins et de la terre gelée. La neige n'est pas encore tombée, mais elle menace. Je sens l'hiver dans mes os, cette morsure qui annonce le blizzard. Je dois agir vite.

Je descends vers la vallée. La route est longue, deux heures de marche dans ce terrain accidenté, mais je connais chaque pierre, chaque raccourci. Je passe par les chemins de chèvres, ceux que les gardes de Greco ne fréquentent pas. Personne ne me cherche. Pour eux, je suis mort. C'est mon avantage.

En chemin, je repense à ce que j'ai entendu avant d'être torturé. Des bribes. Des morceaux de conversations. Les hommes de Don Greco parlaient d'une taupe, d'une information vendue aux Marchetti. Et mon nom revenait, associé à la trahison.

Trahison. Moi. J'ai donné ma vie à cette famille. J'ai couvert leurs crimes, éliminé leurs ennemis, protégé leurs secrets. Et on me traite de traître.

La rage monte, froide, méthodique. Je ne suis pas un homme impulsif. Je ne le serai jamais. La vengeance se prépare comme un assassinat : avec patience, avec minutie, avec l'élégance d'un coup de scalpel.

Arrivé en bas de la vallée, je m'arrête sur une crête qui surplombe la ville. Le palais Greco est visible, ses tours élancées qui percent le brouillard matinal. Les lumières des préparatifs scintillent encore. Le mariage a lieu ce soir.

Ce soir, je serai là.

Mais je ne sais pas encore sous quel visage. Victime ressuscitée ? Fantôme vengeur ? Libérateur ? Prisonnier d'une obsession qui commence à peine à me révéler ses griffes ?

Je m'assois sur un rocher. Je sors une barre de céréales de ma poche, je la mange sans goût. Mes côtes me lancent. Ma cuisse me rappelle à chaque mouvement que je ne suis pas guéri.

Le plan se dessine. Entrer dans le palais par l'ancienne orangerie, là où la sécurité est plus faible. Attendre la nuit. Trouver Alessia. La prendre. La sortir par la même route. L'emmener à la cabane. La garder.

Combien de temps ? Assez pour que l'alliance s'effondre. Les Marchetti exigeront des explications. Don Greco ne pourra pas livrer sa fille. La paix volera en éclats. Et dans la guerre qui suivra, je frapperai.

C'est simple. C'est cruel. C'est parfait.

Alors pourquoi cette hésitation ? Pourquoi cette image d'elle qui revient sans cesse, cette robe blanche que je n'ai jamais vue mais que j'imagine, ce visage que je connais à peine mais qui hante mes nuits ?

Parce que tu la connais, idiot. Tu l'as regardée sans qu'elle le sache, cent fois, mille fois. Depuis des années. Depuis ce jour où elle t'a tenu la porte en souriant, et où tu as su que tu ne pourrais jamais toucher à elle. Parce qu'elle était la fille du Don, et toi le chien. Parce que la distance entre vous était infranchissable.

Maintenant, cette distance n'existe plus. Tu es un mort-vivant. Tu n'as plus rien à perdre. Plus de loyauté, plus de devoir, plus de chaînes.

Alors oui, tu vas la prendre. Non pas pour la tuer. Pour autre chose. Pour une raison que tu ne veux pas encore nommer.

Je me lève. Mon corps proteste, mais je l'ignore. La descente vers la ville commence. Dans quelques heures, je serai aux portes du palais. Dans quelques heures, tout bascule.

Le soleil monte au-dessus de Val Sombre. En bas, les cloches de l'église se mettent à sonner. Le mariage. Dans quelques heures, Alessia Greco deviendra Alessia Marchetti.

Je presse le pas.

Je ne la regarderai pas dire oui à un autre homme.

Pas parce que je suis jaloux. Pas parce que je l'aime. Je ne sais même pas ce que c'est, l'amour. Je sais seulement que cette femme m'a regardé une fois, une seule, et que dans son regard il n'y avait pas de peur.

Personne ne me regarde sans peur.

Personne, sauf elle.

Et je veux savoir pourquoi.

Je m'enfonce dans la brume matinale, vers la ville, vers le palais, vers elle.

La vengeance peut attendre.

D'abord, je dois la voir.

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