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Le contrat du PDG
Le contrat du PDG
Author: Dledition

CHAPITRE 1 — LA SUPPLICATION

Author: Dledition
last update publish date: 2026-09-07 17:26:18

Charlotte

Le froid mordant de ce matin de janvier s'infiltre à travers les vitres de la voiture alors que nous nous approchons du siège social de Lavoie Industries. Je serre mon sac contre ma poitrine, comme si ce geste pouvait me protéger de l'humiliation qui nous attend. À côté de moi, mon père n'a pas prononcé un mot depuis que nous avons quitté la maison. Son visage est livide, ses mains tremblent légèrement sur le volant, et je remarque qu'il a mal noué sa cravate ce matin. Lui qui était autrefois si impeccable, si fier de son apparence, n'est plus que l'ombre de lui-même.

L'immeuble de verre et d'acier se dresse devant nous, imposant, écrasant. Cinquante étages de puissance et de richesse qui semblent nous narguer. Mon père gare la voiture sur le parking visiteur, et nous restons un instant silencieux, comme si nous retenions notre souffle avant de plonger dans l'inconnu. Je me tourne vers lui, cherchant dans ses yeux une lueur d'espoir, une alternative, n'importe quoi qui puisse nous éviter ce qui va suivre. Mais ses yeux sont vides, résignés, et c'est peut-être cela qui me fait le plus peur.

— Tu es prête ? me demande-t-il d'une voix rauque.

Je hoche la tête, incapable de prononcer un mot. Ma gorge est nouée par l'angoisse. Nous sortons de la voiture, et le vent glacial s'engouffre dans mon manteau, me transperçant jusqu'aux os. L'hiver québécois est impitoyable, à l'image de ce que nous allons affronter.

Les portes automatiques s'ouvrent avec un sifflement feutré, et nous pénétrons dans le hall d'entrée. Tout ici respire le luxe et la puissance : le marbre poli qui reflète la lumière des lustres en cristal, les plantes exotiques disposées avec soin, l'immense logo de Lavoie Industries qui trône derrière la réception. Une femme d'une trentaine d'années, parfaitement maquillée, nous accueille avec un sourire professionnel qui ne trahit aucune émotion.

— Bonjour, monsieur Bouchard. Vous avez rendez-vous avec M. Lavoie à dix heures, dit-elle en consultant son écran.

— Oui, c'est exact, répond mon père d'une voix qu'il essaie de rendre ferme, mais que je perçois comme fragile.

— Veuillez patienter dans le salon d'attente, M. Lavoie va vous recevoir dans quelques instants.

Nous nous asseyons côte à côte sur un canapé en cuir d'un blanc immaculé. Mon père pose ses mains sur ses genoux, et je remarque qu'il triture nerveusement son alliance. L'angoisse est palpable entre nous, épaisse comme un brouillard. Je voudrais dire quelque chose pour le rassurer, mais aucun mot ne me vient. Que pourrait-on dire dans un moment pareil, quand on s'apprête à mendier la clémence d'un homme plus puissant que soi ?

Les minutes s'égrènent lentement, interminables. Chaque bruit de talons sur le marbre me fait sursauter. Chaque porte qui s'ouvre me fait espérer, puis craindre. Je me surprends à observer les gens qui vont et viennent, ces employés de Lavoie Industries qui semblent si sûrs d'eux, si à l'aise dans cet univers de réussite. Comment peuvent-ils être aussi sereins alors que notre monde s'effondre ?

— M. Lavoie va vous recevoir, annonce enfin la réceptionniste en s'approchant de nous.

Mon père se lève, et je l'imite machinalement. Nous suivons la jeune femme jusqu'à un ascenseur privé. Le trajet jusqu'au dernier étage se fait en silence, uniquement ponctué par le ronronnement mécanique de la cabine. Lorsque les portes s'ouvrent, nous débouchons sur un couloir lambrissé de bois sombre, éclairé par des appliques en laiton. Un autre monde, une autre dimension.

La porte du bureau d'Alexandre Lavoie est massive, en acajou sculpté. La réceptionniste frappe doucement avant de l'entrouvrir.

— M. Bouchard et Mlle Bouchard sont là, annonce-t-elle.

Une voix grave lui répond, une voix qui me glace instantanément :

— Faites-les entrer.

Nous pénétrons dans le bureau le plus impressionnant que j'aie jamais vu. Les fenêtres panoramiques offrent une vue imprenable sur tout Montréal, recouvert de son manteau blanc. Le sol est en marbre noir, les murs ornés de tableaux abstraits que je devine hors de prix. Derrière un bureau en verre et acier, Alexandre Lavoie est assis, immobile, comme une statue.

Il ne se lève pas pour nous accueillir. Ses yeux, d'un bleu glacial, nous observent sans la moindre expression. Grand, les épaules larges, vêtu d'un costume trois pièces d'une élégance parfaite, il dégage une aura de puissance et de froideur qui me donne le vertige. Ses cheveux noirs sont impeccablement coiffés, sa mâchoire carrée est contractée, et je devine en lui une tension permanente, une colère sourde qui ne demande qu'à exploser.

— Asseyez-vous, dit-il simplement en désignant les deux fauteuils face à son bureau.

Mon père obéit sans un mot. Je m'installe à côté de lui, le dos droit, les mains croisées sur mes genoux. Je me force à soutenir le regard d'Alexandre Lavoie, même si tout mon être me hurle de baisser les yeux. Je ne veux pas lui donner la satisfaction de voir ma peur.

Un silence pesant s'installe. Alexandre Lavoie ne semble pas pressé de parler. Il nous observe, comme un prédateur observe sa proie avant de bondir. Mon père finit par briser le silence, sa voix tremblante trahissant son désespoir.

— M. Lavoie, je vous remercie de nous recevoir, commence-t-il. Je sais que vous êtes un homme très occupé, et je vous suis reconnaissant de m'accorder un peu de votre temps.

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