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CHAPITRE 2— LA SUPPLICATION 2

Author: Dledition
last update publish date: 2026-09-07 17:28:11

Alexandre ne répond pas. Il se contente de pencher légèrement la tête sur le côté, comme pour dire : « Continuez, je vous écoute. »

— Comme vous le savez, poursuit mon père en triturant nerveusement ses doigts, mon entreprise traverse une période difficile. Les dettes se sont accumulées, et les créanciers deviennent... pressants. J'ai tout essayé, j'ai vendu tout ce que je possédais, mais ce n'est pas suffisant. Si je ne rembourse pas d'ici la fin du mois, je serai déclaré en faillite, et...

Sa voix se brise. Il baisse la tête, incapable de continuer. Je pose ma main sur son bras pour le soutenir, même si je ne sais pas quoi faire, quoi dire. Alexandre Lavoie, lui, n'a pas bougé d'un pouce. Son visage reste impassible, comme s'il assistait à une scène de théâtre sans le moindre intérêt.

— Et ? demande-t-il finalement, sa voix traînante.

— Et je viens vous supplier de m'aider, lâche mon père dans un souffle. Vous êtes mon dernier espoir.

Le mot « supplier » résonne dans la pièce, lourd de honte et de désespoir. Je ferme les yeux un instant, mortifiée. Jamais je n'aurais imaginé mon père, autrefois si fier, si indépendant, réduit à mendier devant un homme qui ne lui témoigne même pas un minimum de compassion.

Alexandre Lavoie se lève lentement, comme si le poids du monde reposait sur ses épaules. Il contourne son bureau et vient se poster devant la fenêtre, tournant le dos à mon père. Son reflet se dessine sur la vitre, silhouette sombre et menaçante.

— Vous me demandez de l'aide, dit-il d'une voix froide. Mais pourquoi vous aiderais-je ? En quoi votre situation me concerne-t-elle ?

— Je... je sais que vous avez le pouvoir de m'aider, balbutie mon père. Vous pourriez effacer ma dette d'un simple trait de plume. En échange, je... je pourrais vous céder mes parts, mon entreprise, tout ce que vous voudrez.

— Tout ce que je voudrais ? répète Alexandre en se tournant lentement vers nous.

Son regard bleu se pose sur moi pour la première fois depuis le début de l'entretien. Je soutiens son regard, malgré le frisson qui parcourt mon échine. Il m'observe longuement, comme s'il me découvrait soudainement. Puis, un sourire imperceptible étire le coin de ses lèvres. Un sourire qui n'a rien de chaleureux, rien de rassurant. Un sourire qui me glace jusqu'au sang.

— Vous me proposez de céder vos parts, vos biens, dit-il en s'avançant vers le bureau. Mais tout cela ne m'intéresse pas.

— Qu'est-ce qui vous intéresserait, alors ? demande mon père, la voix pleine d'espoir.

Alexandre s'arrête devant nous, les bras croisés sur sa poitrine. Il me fixe toujours, comme si j'étais la seule chose dans la pièce qui méritait son attention. Un frisson me parcourt, et je me force à ne pas détourner le regard.

— J'accepte de vous aider, dit-il enfin. À une condition.

Le cœur de mon père s'emballe. Le mien aussi, mais pour une raison différente. Je sens que cette condition va changer ma vie à jamais, et une voix intérieure me hurle de prendre la fuite.

— Quelle est cette condition ? demande mon père, la voix tremblante d'impatience.

Alexandre Lavoie esquisse un sourire froid, puis se tourne vers moi.

— Votre fille, dit-il simplement. Je veux qu'elle m'épouse.

Le silence qui suit est si profond que j'entends les battements de mon propre cœur résonner dans mes oreilles. Mon père me regarde, choqué, comme s'il ne comprenait pas ce qu'il vient d'entendre. Moi, je suis pétrifiée, incapable de prononcer un mot. Alexandre, lui, semble savourer l'effet de sa déclaration. Il se tourne vers la fenêtre, comme si la vue de Montréal lui importait plus que notre réaction.

— C'est une plaisanterie, n'est-ce pas ? souffle mon père, la voix brisée.

— Je ne plaisante jamais, monsieur Bouchard. C'est ma condition. Votre fille en échange de ma clémence.

— Mais... c'est insensé ! proteste mon père. Charlotte n'a rien à voir dans cette histoire. Elle ne mérite pas d'être mêlée à mes dettes.

— Et pourtant, c'est elle que je veux. Réfléchissez, monsieur Bouchard. Vous m'avez dit que vous étiez prêt à tout me céder. Eh bien, j'exige que votre fille devienne ma femme. Un mariage de convenance, rien de plus. En échange, j'efface votre dette et je sauve votre entreprise de la faillite.

Les mots d'Alexandre résonnent dans ma tête comme un glas. Un mariage de convenance. Je ne suis qu'une monnaie d'échange, un objet qu'on peut troquer contre une remise de dette. Je fixe mon père, cherchant dans ses yeux une lueur de refus, un sursaut de dignité qui le pousserait à rejeter cette offre infâme. Mais il ne dit rien. Il baisse la tête, comme s'il était déjà en train d'accepter.

— Je vous laisse réfléchir, reprend Alexandre en se rasseyant derrière son bureau. Vous avez trois jours. Passé ce délai, mon offre ne tiendra plus.

Il sort une feuille de papier de son tiroir et la pose sur le bureau. Un contrat, déjà préparé, comme s'il savait que nous finirions par accepter.

— Quittez mon bureau, à présent. J'ai d'autres affaires à traiter.

Mon père se lève, chancelant. Je l'imite machinalement, le regard fixé sur ce contrat qui scelle mon destin. Nous nous dirigeons vers la porte, mais Alexandre nous arrête :

— Une dernière chose, monsieur Bouchard. Si vous refusez ma proposition, je veillerai personnellement à ce que votre ruine soit totale.

Nous quittons le bureau sans un mot. Dans l'ascenseur, le silence est oppressant. Mon père, effondré, n'ose pas me regarder. Et moi, je ne sais pas si je dois hurler, pleurer ou m'enfuir. Tout ce que je sais, c'est que ma vie vient de basculer.

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