LOGINAlexandre
Trois ans plus tard.Je suis dans mon bureau, à Montréal. Un bureau immense, luxueux, impersonnel. Des fenêtres qui donnent sur le fleuve, des meubles design, des œuvres d'art, des tapis persans. Un bureau froid, vide, mort. Un bureau qui ne me ressemble pas. Un bureau qui n'est qu'un décor, qu'une façade, qu'une illusion.J'ai reconstruit l'entreprise. J'ai reconstruit ma vie. J'ai reconstruit tout. Tout, sauf moi. Tout, sauf mon cœur. Tout, sauf mon âme.IsabelleLa voix est grave, masculine, méfiante. Je la reconnais. Je reconnais cette voix. C'est celle de Vincent Lavoie. Le demi-frère d'Alexandre. Le fils illégitime de son père. L'homme qui a été renié, rejeté, exclu. L'homme qui hait Alexandre. L'homme qui veut se venger. L'homme qui pourrait m'aider.— Vincent ? C'est Isabelle.Un silence. Puis :— Isabelle ? Qu'est-ce que tu veux ?— Je veux te proposer un marché.— Un marché ? Quel genre de marché ?— Un marché qui pourrait nous profiter à tous les deux. Un marché qui pourrait te donner ce que tu veux. Un marché qui pourrait me donner ce que je veux.— Je t'écoute.— Alexandre nous a humiliés. Il nous a rejetés. Il nous a détruits. Toi, il t'a renié. Moi, il m'a abandonnée. Toi, il t'a volé ton héritage. Moi, il m'a volé mon amour. Toi, il t'a réduit à rien. Moi, il m'a réduite à rien. Toi, tu veux te venger. Moi, je veux me venger. Alors vengeon
AlexandreTrois ans plus tard.Je suis dans mon bureau, à Montréal. Un bureau immense, luxueux, impersonnel. Des fenêtres qui donnent sur le fleuve, des meubles design, des œuvres d'art, des tapis persans. Un bureau froid, vide, mort. Un bureau qui ne me ressemble pas. Un bureau qui n'est qu'un décor, qu'une façade, qu'une illusion.J'ai reconstruit l'entreprise. J'ai reconstruit ma vie. J'ai reconstruit tout. Tout, sauf moi. Tout, sauf mon cœur. Tout, sauf mon âme.Je suis devenu froid. Je suis devenu distant. Je suis devenu dur. Je suis devenu tout ce que je n'étais pas. Je suis devenu tout ce que je haïssais. Je suis devenu tout ce que je craignais.Je ne laisse personne entrer. Je ne laisse personne approcher. Je ne laisse personne m'aimer. Parce que j'ai peur. Peur de souffrir. Peur de perdre. Peur d'aimer. Peur de tout.On frappe à la porte.— Entrez.La porte s'ouvre. Et je la vois.Isabelle.
IsabelleJe me souviens de tout.Je me souviens de ce soir-là. Je me souviens de cette nuit-là. Je me souviens de chaque seconde, de chaque minute, de chaque heure. Je me souviens de tout, comme si c'était hier, comme si c'était maintenant, comme si c'était toujours.J'étais dans l'appartement d'Alexandre. Je l'avais embrassé. Je lui avais dit que je l'aimais. Je l'avais regardé partir. Et puis j'avais attendu. J'avais attendu qu'il soit sur la route. J'avais attendu qu'il soit seul. J'avais attendu qu'il soit vulnérable.Et puis j'avais appelé.Je l'avais appelé pour lui dire que je l'aimais. Je l'avais appelé pour lui dire que j'avais besoin de lui. Je l'avais appelé pour le distraire. Je l'avais appelé pour le détruire.Je ne voulais pas qu'il meure. Je ne voulais pas que Thomas meure. Je voulais juste qu'il ait peur. Je voulais juste qu'il souffre. Je voulais juste qu'il revienne vers moi. Je voulais juste qu'il m'a
AlexandreCinq ans plus tôt.Je me souviens. Je me souviens de tout. Je me souviens de ce soir-là. Je me souviens de cette nuit-là. Je me souviens de chaque seconde, de chaque minute, de chaque heure. Je me souviens de tout, comme si c'était hier, comme si c'était maintenant, comme si c'était toujours.J'étais dans mon appartement, à Montréal. Un appartement luxueux, un appartement de riche, un appartement de PDG. Des fenêtres immenses qui donnaient sur le fleuve, des meubles design, des œuvres d'art, des tapis persans. Un appartement froid, impersonnel, vide. Un appartement qui ne me ressemblait pas. Un appartement qui n'était qu'un décor, qu'une façade, qu'une illusion.Isabelle était là.Elle était assise sur le canapé, les jambes croisées, un verre de champagne à la main. Elle portait une robe de soie rouge, des talons hauts, des bijoux étincelants. Elle était belle. Elle était radieuse. Elle était éblouissante. Elle était t
IsabelleJe les ai vus.Je les ai vus, hier soir, dans le bureau d'Alexandre. Je les ai vus, par la porte entrouverte, par l'entrebâillement, par la fente de lumière. Je les ai vus, et j'ai vu ce baiser. Ce baiser qui m'a brûlée. Ce baiser qui m'a détruite. Ce baiser qui m'a tuée.Je suis dans ma chambre, assise devant le miroir, et je me regarde. Je vois une femme belle, élégante, sophistiquée. Je vois une femme qui a tout pour elle. Je vois une femme qui pourrait avoir n'importe quel homme. Je vois une femme qui a tout perdu.Je serre les poings. Je serre les dents. Je serre tout mon corps comme si je voulais me retenir de hurler. Comme si je voulais me retenir de tout casser. Comme si je voulais me retenir de tout brûler.Il l'a embrassée.Alexandre a embrassé Charlotte.Il ne m'a jamais embrassée comme ça. Il ne m'a jamais regardée comme ça. Il ne m'a jamais aimée comme ça. Il m'a aimée, oui. Il m'a désirée
Charlotte Je n'ai pas dormi. Pas une minute. Pas une seconde. Pas un instant. J'ai passé la nuit les yeux grands ouverts dans le noir, à fixer le plafond, à repenser à ce baiser, à ce moment suspendu, à cette seconde d'éternité qui a tout changé. Je revois ses lèvres sur les miennes, chaudes, douces, hésitantes. Je revois sa main sur ma nuque, ferme, tendre, possesssive. Je revois son regard, troublé, effrayé, brûlant. Je revois tout ça, encore et encore, comme un film qui tourne en boucle dans ma tête, et je ne sais pas quoi faire. Je ne sais pas quoi penser. Je ne sais pas quoi ressentir. Il m'a embrassée. Alexandre m'a embrassée. Et puis il s'est reculé. Il a dit que c'était une erreur. Il a dit d'oublier. Il a dit d'oublier ce baiser, d'oublier tout, d'oublier lui. Il a dit tout ça, et il s'est détourné, et il a regardé par la fenêtre, et il n'a plus rien dit. Il n'a plus rien fait. Il a attendu. Il a att







