Se connecterChapitre 69ElaraLe silence qui suit mes paroles est un gouffre, un abîme qui s'ouvre entre Julian et moi, et je sais que rien ne pourra jamais le combler, que rien ne pourra jamais réparer ce qu'il a brisé, que rien ne pourra jamais effacer cette trahison. Il ne dit rien, ne tente pas de se justifier, ne cherche pas à me retenir. Il reste là, immobile, les poings serrés le long du corps, et je vois dans ses yeux une rage froide, une fureur contenue, une haine qui n'a rien à voir avec l'amour et tout à voir avec la possession. Ce n'est pas moi qu'il aimait, ce n'est pas moi qu'il voulait, ce n'était pas mon bonheur qu'il recherchait. Ce qu'il voulait, c'était me prendre à Adrian, m'arracher à lui comme on arrache un trophée des mains d'un rival, me posséder comme on possède un objet de valeur. Et aujourd'hui, il comprend qu'il a perdu, qu'il a toujours été en train de perdre, que je ne lui ai jamais appartenu et que je ne lui appartiendrai jamais._ Vous n'êtes pas meilleur que lui,
Chapitre 68ElaraLe silence de Julian est un aveu plus éloquent que tous les mots qu'il aurait pu prononcer, plus accablant que toutes les excuses qu'il aurait pu inventer, plus dévastateur que tous les mensonges qu'il a déjà proférés. Je le regarde, debout sur ce parvis d'hôpital balayé par le vent, et soudain, tout devient clair, terriblement clair, comme un puzzle dont les pièces s'assemblent enfin après des semaines de confusion. Les coïncidences qui n'en étaient pas, les informations qu'il me donnait au compte-gouttes, les révélations qui arrivaient toujours au moment le plus opportun pour me détourner d'Adrian, pour m'éloigner de lui, pour me jeter dans les bras de Julian. Je repense à tout cela, je repasse dans ma tête chaque conversation, chaque rencontre, chaque confidence, et la vérité m'apparaît dans toute sa laideur, dans toute sa cruauté, dans toute sa manipulation.Je ne sais pas comment je l'ai su, peut-être est-ce une intuition, peut-être est-ce un détail qui m'a écha
Chapitre 67ElaraLa convalescence d'Adrian est lente, ponctuée de visites de médecins qui parlent à voix basse dans le couloir, de séances de rééducation où il réapprend à marcher, à se tenir debout, à retrouver ses forces, de moments de découragement où il fixe le plafond sans rien dire et de moments d'espoir où il me sourit et où tout semble possible à nouveau. Je reste à distance, déchirée entre l'amour que je ressens pour lui et la blessure encore vive du mensonge, entre l'envie de me jeter dans ses bras et la peur d'être à nouveau trahie, entre le désir de lui pardonner et la voix intérieure qui me répète qu'il ne faut pas, qu'il ne faut plus jamais faire confiance, qu'il ne faut plus jamais être vulnérable. Chaque jour, je viens à l'hôpital, je traverse ces couloirs blancs et froids que je connais maintenant par cœur, je salue les infirmières qui m'appellent par mon prénom, je m'assois à son chevet, je lui tiens la main, je lui parle de tout et de rien, du temps qu'il fait deho
Chapitre 66ElaraL'opération dure des heures, des heures qui s'étirent comme des siècles, des heures où je ne dors pas, où je ne mange pas, où je ne fais que fixer le mur blanc de la salle d'attente en priant tous les dieux auxquels je ne crois pas. La nuit est tombée depuis longtemps, le jour s'est levé, et je suis toujours là, sur cette chaise en plastique, à attendre qu'une porte s'ouvre, qu'un médecin apparaisse, qu'une nouvelle tombe, bonne ou mauvaise. Mes vêtements sont encore tachés du sang d'Adrian, ce sang qui a séché et qui forme des croûtes sombres sur le tissu, mes mains portent encore les traces de sa blessure, incrustées sous mes ongles, incrustées dans les sillons de ma peau, et je ne me suis pas lavée, je n'ai pas voulu me laver, comme si enlever ce sang c'était l'abandonner, c'était renoncer à lui, c'était le laisser partir pour de bon.La salle d'attente est déserte à cette heure, éclairée par des néons blafards qui bourdonnent doucement et qui jettent sur les murs
Chapitre 65ElaraLe sang d'Adrian est partout, sur mes mains, sur mes vêtements, sur le marbre de la salle, et je ne peux pas le quitter des yeux, je ne peux pas cesser de le toucher, de lui parler, de lui répéter que tout va bien, même si rien ne va bien, même si le monde est en train de s'écrouler autour de moi. Mes mains sont crispées sur sa blessure, j'essaie de contenir l'hémorragie avec un morceau de tissu que quelqu'un m'a tendu, une veste, une écharpe, je ne sais plus, et je sens le sang qui coule entre mes doigts, chaud et poisseux, qui s'infiltre sous mes ongles, qui tache ma peau, qui imprègne mes vêtements. Il est pâle, si pâle, et ses yeux se ferment, se rouvrent, se ferment à nouveau, comme s'il luttait de toutes ses forces pour ne pas sombrer dans l'inconscience. Je lui parle, je ne sais même pas ce que je dis, des mots sans suite, des supplications, des promesses, des mots d'amour que je n'avais jamais osé prononcer à voix haute et qui jaillissent maintenant comme une
Chapitre 64AdrianLe silence qui suit la révélation d'Elara est un gouffre, un abîme qui s'ouvre sous nos pieds et qui menace de tous nous engloutir dans ses profondeurs insondables. Vivienne est pétrifiée, le visage décomposé par la rage et l'humiliation, les doigts crispés sur le bois de la table comme des serres d'oiseau de proie, et je vois dans ses yeux cette lueur de folie que j'ai apprise à reconnaître depuis mon enfance, cette lueur qui annonce les pires explosions, les pires violences, les pires catastrophes. Elle ne supporte pas de perdre, elle n'a jamais supporté de perdre, elle a passé sa vie entière à écraser quiconque osait se mettre en travers de son chemin, et aujourd'hui, devant ce conseil d'administration qui la regarde avec horreur, devant ces journalistes qui prennent des notes fébriles, devant son fils qui l'a démasquée devant le monde entier, elle vient de tout perdre. Sa fortune, sa réputation, son pouvoir, tout s'est effondré en quelques minutes, réduit en cen
Chapitre 5AdrianLe musée des Beaux-Arts se dresse devant moi dans la lumière pâle du matin, majestueux et silencieux, avec ses colonnes de marbre blanc et ses immenses portes de bronze qui semblent garder l'entrée d'un temple ancien. Je gravis les marches d'un pas lent, mesuré, et l'écho de mes p
Chapitre 4AdrianJe ne dors pas. La nuit s'est refermée sur moi comme un piège, et chaque fois que je ferme les yeux, je revois son visage, ce regard impassible, cette façon qu'elle a eue de me dire non comme on refuse un verre d'eau. Elara. Ce prénom tourne dans ma tête, obsédant, irritant, fasci
Chapitre 3AdrianJe ne lâche pas prise. Pas cette fois. Elle a dit son prénom, elle a tendu mon manteau, elle m'a à peine regardé, et pourtant je suis encore là, planté devant elle comme un débutant, à chercher une faille dans son armure._ Elara. Un très joli prénom. Savez-vous qui je suis ?Je d
Chapitre 1AdrianLa nuit m'appartient. Elle s'étend sous mes fenêtres comme une femme offerte, scintillante de millions de lumières qui ne sont que le reflet de ma puissance, et je laisse mon regard glisser sur la ligne d'horizon, cette frontière floue entre le ciel et la terre que j'ai achetée mè







