LOGINChapitre 53
Kaelan
Je me souviens des mois qui ont suivi le divorce, ces mois de noirceur absolue où je n'étais plus qu'une ombre, qu'un spectre hantant les couloirs du domaine de la Falaise, incapable de travailler, incapable de manger, incapable de dormir ailleurs que sur le canapé du salon où nous avions passé nos dernières nuits ensemble. Le domaine, cette forteresse de pierre grise perchée au-dessu
Chapitre 75KaelanSauvetage dans un entrepôt désaffecté. Il y va seul contre les consignes de la police. Il entre comme une ombre, ressort avec Liam dans les bras et du sang sur les mains. L'enfant sanglote contre son torse. « Papa… » C'est la première fois.Je ne préviens personne. La police veut encadrer l'opération, gagner du temps, suivre un protocole. Il n'y a pas de temps. Mon fils est dans cet entrepôt, seul, terrifié. Chaque minute compte. Je me gare à distance, coupe le moteur, vérifie mon arme. Mon frère a donné l'adresse, ou plutôt mes hommes l'ont obtenue en le serrant de près. Peu importe. Je n'attends pas.L'entrepôt est une carcasse de béton, éclairée par une lune froide. Je m'approche par l'arrière, longe les murs, respire lentement. Aucu
Chapitre 74KaelanIl découvre l'implication d'Alaric. Son propre frère. La rage qui le submerge est nucléaire. Il téléphone à Alaric et ne dit qu'une phrase : « Si mon fils a une égratignure, je t'enterrerai vivant. » Alaric raccroche. Mais il a eu peur. Kaelan l'a entendu.Le rapport tombe sur la table, en noir et blanc, avec des numéros de téléphone, des relevés bancaires, des témoignages. Mes hommes ont fait vite, trop vite, et le nom qui ressort me glace le sang. Alaric. Mon frère. Le cadet jaloux, celui qui a toujours voulu ma place, celui que je croyais seulement faible, incapable, mais pas traître. Pas au point de toucher à mon fils.Je relis les lignes, les mains tremblantes. Pas de doute. Les paiements aux ravisseurs, l'organisation, tout mène à lui. La rage qui
Chapitre 73LyséaElle est une poupée de chiffon sur le canapé de Camille. Elle fixe le mur. Parfois elle murmure le prénom de son fils. Parfois elle serre le bras de Kaelan jusqu'à laisser des marques. Elle ne pleure pas. Les larmes sont un luxe qu'elle ne peut pas se permettre.Je ne sens plus mon corps. Il est là, affalé sur les coussins, les jambes repliées, les bras mous, mais il ne m'appartient plus. Je suis ailleurs, suspendue dans un vide blanc, incapable de redescendre. Le mur en face de moi est beige, couvert d'un papier peint à motifs discrets. Je le fixe sans le voir. Je ne vois plus rien, je n'entends plus rien, sauf cette phrase qui tourne en boucle dans ma tête : « Tu aurais dû rester disparue. »— Lyséa, bois un peu.La voix de Camille est douce, lointaine. Une tasse apparaît dans mon champ de vision. Je ne bouge pas. Mes doigts restent inertes sur mes genoux. Elle soupire, repose la tasse, s'assied à côté de moi.— Il va le retrouver, dit-elle. Kaelan remue ciel et te
Chapitre 72KaelanIl mobilise toutes ses ressources. Anciens contacts militaires, hackers, indicateurs dans les bas-fonds. Il promet des fortunes à qui donnera une information. Il menace de détruire quiconque protégera les ravisseurs. La ville tremble.Je n'ai pas dormi depuis trente-six heures, je n'ai pas mangé, je n'ai pas fermé l'œil, et mon corps ne ressent plus rien, ni fatigue, ni faim, ni douleur. Il n'y a plus que cette rage froide qui me tient debout, cette détermination de fer qui me fait avancer, cette certitude absolue que je retrouverai Liam, que je le ramènerai vivant, et que ceux qui l'ont enlevé paieront de leur sang. Le bureau du manoir est devenu mon centre de commandement, une salle de guerre où les cartes de la ville s'étalent sur la grande table en acajou, où les ordinateurs ronronnent jour et nuit, où les t&e
Chapitre 71KaelanIl arrive chez Camille en trombe. Lyséa est au sol, le téléphone encore serré dans sa main, incapable de parler. Il voit la photo. Son visage devient cendre. Puis feu. « Je vais le ramener. »La porte de l'appartement de Camille s'ouvre à la volée, et je surgis dans la pièce comme une tempête, le souffle court, le cœur en feu, après avoir grillé tous les feux de la ville et laissé ma voiture en travers du trottoir. Camille est là, pâle, les bras ballants, les yeux rougis, et elle s'écarte sans un mot pour me laisser entrer. Lyséa est au sol, effondrée sur le parquet, adossée au canapé, le téléphone encore serré dans sa main comme un talisman maudit, comme une relique de cauchemar. Elle ne pleure plus, elle ne crie plus, elle ne bouge plus, el
Chapitre 70LyséaLiam ne sort pas de l'école. Elle attend, consulte sa montre, s'impatiente. Puis son téléphone vibre. Photo de Liam, bâillonné, les yeux agrandis par la terreur. Message : « Tu aurais dû rester disparue. » Le hurlement qu'elle pousse n'a rien d'humain.Les minutes s'étirent devant les grilles de l'école Saint-Exupéry, interminables, insupportables, et elle consulte sa montre pour la dixième fois en quelques instants, le cœur serré par une angoisse qui monte, qui monte comme une marée noire. Les autres enfants sortent en courant, se jettent dans les bras de leurs mères, de leurs nounous, de leurs chauffeurs, et elle les regarde défiler sans les voir, les yeux rivés sur la porte de l'école, sur cette porte qui ne s'ouvre pas pour son fils, sur ce vide qui grandit en elle.







