เข้าสู่ระบบChapitre 9
Kaelan
Le silence qui suit ses mots est un gouffre sans fond, et je reste là, les bras ballants, le corps enraciné dans le gravier, incapable de faire un geste, incapable de prononcer une parole. « Tu me l'as demandé. » Cette phrase tourne dans mon crâne comme un vautour au-dessus d'une charogne, et je ne peux pas la saisir, je ne peux pas la comprendre, je ne peux pas l'accepter. Qu'est-ce qu'elle raconte, qu'est-ce que cette accusation absurde, ce mensonge qu'elle a dû nourrir pendant quatre ans pour justifier sa fuite, pour se donner le beau rôle dans l'histoire qu'elle a réécrite sans moi ? Je n'ai jamais demandé son départ, je n'ai jamais prononcé ces mots qu'elle me prête, je n'ai jamais voulu qu'elle disparaisse de ma vie comme une ombre qu'on efface d'un revers de main.
— Tu as disparu.
Ma voix est basse, cassante, une lame qu'on tire de son fourreau après des années de rouille. Elle ne contient pas de colère, pas encore, elle ne contient que cette incompréhension abyssale qui me ronge depuis qu'elle s'est retournée vers moi dans le salon, depuis que nos regards se sont croisés à travers la foule, depuis que j'ai compris que le fantôme que je poursuivais depuis quatre ans était de chair et de sang, vivant, réel, debout à quelques mètres de moi. Elle recule en entendant ces trois mots, un mouvement presque imperceptible de ses épaules, un retrait de tout son corps qui la rapproche de la fontaine, et ce recul est pire qu'une gifle, pire qu'une insulte, pire que tout ce qu'elle aurait pu répondre. Elle recule comme si je l'avais frappée, alors que ma main n'a pas quitté mon flanc, alors que mes doigts n'ont pas effleuré un seul cheveu de sa tête, alors que je n'ai jamais, pas une fois en quatre ans, pas une fois en deux ans de mariage, levé la main sur elle.
— Tu me l'as demandé.
Elle répète sa phrase, ou peut-être est-ce l'écho de la première qui continue de vibrer dans l'air glacé, je ne sais plus, je ne distingue plus sa voix de la rumeur du vent et du murmure de la fontaine. Cette phrase est une épée enfoncée dans mon sternum, une lame qu'elle tourne sans le vouloir, sans le savoir peut-être, et je sens le froid du métal se répandre dans ma poitrine, gagner mes poumons, mon ventre, mes jambes. Elle m'accuse d'un crime que je n'ai pas commis, elle me reproche un abandon que je n'ai jamais voulu, elle me jette au visage cette version déformée de notre histoire, et je n'ai pas de réponse, je n'ai pas d'argument, je n'ai pas d'explication. Rien. Juste la nausée qui monte, vague acide et brûlante qui me submerge, qui me tord l'estomac, qui me donne envie de vomir sur ce gravier parfaitement ratissé, au milieu de ce jardin parfaitement ordonné, devant cette femme qui me regarde comme si j'étais un étranger.
Je ne la touche pas, je ne fais pas un geste vers elle, je reste figé dans mon smoking taché de sang et de champagne, les bras le long du corps, les poings serrés, et je la regarde, cette femme qui a été ma femme, cette femme qui m'a quitté sans un mot, cette femme qui réapparaît aujourd'hui pour me condamner sans preuve et sans procès. Le vent soulève une mèche de ses cheveux courts, la lune éclaire son visage d'une pâleur d'ivoire, et je vois dans ses yeux cette même détresse qu'au jour de sa disparition, cette même douleur que je n'ai jamais comprise, que je n'ai jamais pu apaiser. Elle souffre, et c'est moi qu'elle accuse de sa souffrance, et cette injustice est la chose la plus cruelle que j'aie jamais éprouvée.
Je n'ai pas de réponse. Ma gorge est nouée, ma langue est paralysée, mon esprit est vide. Je reste là, muet, impuissant, ravagé par cette nausée qui ne passe pas, qui s'installe au creux de mon ventre comme une bête immonde, et je la regarde, je la regarde sans pouvoir détourner les yeux, sans pouvoir faire un pas vers elle, sans pouvoir faire un pas en arrière.
Chapitre 95LyséaLa cérémonie est sublime.Le jardin de la maison des Vagues est baigné de lumière dorée. Les roses blanches, les lavandes, les oliviers. Le quatuor à cordes joue une mélodie douce. Nos proches sont là. Camille. Quelques amis fidèles. Liam, debout à côté de nous, tenant les alliances dans un petit coussin de velours. Vingt agents de sécurité, invisibles mais présents, postés aux quatre coins du domaine.Kaelan est devant moi. Costume sombre. Chemise blanche. Col ouvert. Pas de cravate. Pas de masque. Juste lui. Ses yeux gris. Son sourire. Ses mains qui tremblent un peu. Les miennes aussi.Le prêtre parle. Des mots d’amour. De fidélité. De pardon. Je n’écoute pas vraiment. Je regarde Kaelan. Je le bois. Je me
Chapitre 94Kaelan et Lyséa— On avance la cérémonie.Elle me regarde. Elle est assise sur le canapé, les jambes repliées sous elle, une tasse de thé froid entre les mains. Elle n’a pas dormi. Moi non plus. La phrase d’Elena tourne dans nos têtes comme un poison.— Avancer ? répète-t-elle.— Oui. Dans deux semaines. Pas dans deux mois. On ne va pas attendre qu’elle sorte de prison pour vivre. On ne va pas lui donner ce plaisir.Elle pose sa tasse. Elle se lève. Elle marche vers la fenêtre. Elle regarde la mer. Ses épaules sont tendues. Je le vois. Chaque bruit la fait sursauter. Une porte qui claque. Une voiture qui passe. Un cri de mouette. Elle sursaute. Elle ne le dit pas. Mais je le vois.— Tu as peur, dis-je.
Chapitre 93KaelanJe publie tout. Ce matin. Chaque document. Chaque preuve. Chaque crime. Les falsifications de Martha. Les comptes offshore d'Elena. La tentative de meurtre. L'enlèvement de Liam. Tout.Mon avocat envoie les dossiers à tous les journaux. Toutes les chaînes. Tous les sites. Pas un seul n'est oublié. Je veux que le monde entier sache qui est Elena Dorsay. Ce qu'elle a fait. Ce qu'elle mérite.Les premières publications tombent à huit heures. Une. Puis deux. Puis dix. Puis cent. La presse bascule. En une heure. Les gros titres changent. « Complot contre Lyséa Dorsay. » « Elena Dorsay, la marâtre diabolique. » « Preuves accablantes. » Les journalistes qui la traitaient de prostituée parlent maintenant de complot. De manipulation. De vengeance.Je regarde les &eacu
Chapitre 92LyséaJe sors. Capuche. Lunettes noires. Je marche vite. Tête baissée.J'achète le lait. Le pain. Je paie. Je sors.Elle apparaît. Une femme. Manteau rouge. Elle vient vers moi. Elle s'arrête. Elle me regarde. Ses yeux sont pleins de mépris.— Prostituée.Le mot me frappe. Je ne bouge pas. Je ne réponds pas. Elle penche la tête. Elle crache. Sur ma joue. Sur mes lunettes.Je reste immobile. Je ne riposte pas. Je ne l'insulte pas. Je ne la pousse pas. Je ne fais rien.Elle sourit. Elle tourne les talons. Elle s'éloigne.Je m'essuie. Avec ma manche. Je ramasse mon sac. Je marche. Vers la maison.J'arrive. Je pousse la porte. Je la referme. Le clic de la serrure résonne. 
Chapitre 91ElenaJe regarde l’écran de mon ordinateur. Les photos sont prêtes. Lyséa, dans des poses obscènes, avec des hommes qu’elle n’a jamais vus. Des montages parfaits. Des visages flous, des corps nus, des draps froissés. J’ai payé un hacker, un vrai, pas un amateur. Le résultat est à la hauteur de mes espérances.J’ouvre ma messagerie. J’ai une liste de journalistes. Des tabloïds. Des sites à scandale. Des chaînes de télévision. Je joins les photos. J’écris un message simple : « La femme de Kaelan Dorsay, Lyséa Morel, prostituée de luxe. Photos exclusives. » J’envoie. À tous. En une seule fois.Je m’adosse à ma chaise. Le néon au-dessus de moi grésille. La pièce est vide, à
Chapitre 90ElenaLa cicatrice me dévore le visage. Une longue balafre qui descend de la tempe au menton, mal recousue, mal guérie, trace vivante de ma fuite. Je l'ai attrapée en sautant d'une voiture en marche, un mois plus tôt. J'ai perdu beaucoup de sang. J'ai perdu mon réseau. Mes hommes. Mes contacts. Mes comptes.Mais je n'ai pas perdu la haine.Je suis assise dans un entrepôt désaffecté, à la périphérie de la ville. L'endroit pue l'humidité et la rouille. Des néons vacillants projettent une lumière blafarde sur le béton. En face de moi, trois hommes. Des hommes du cartel de Medellín. Ils ont des visages durs, des costumes sombres, des armes visibles. Ils me regardent comme on regarde un rat qui aurait survécu à la noyade.— Vous avez du culot de







