LOGINSébastienIl me fallut une maîtrise surhumaine pour ne pas céder, pour ne pas laisser mon corps se transformer et réduire ces monstres en charpie. Mais la raison s’imposa, brutale : nous étions deux lycans affamés, amaigris par des mois de captivité, face à quatre zangarites repus, armés, entraînés. Mon loup lui-même était affaibli, prisonnier sous ma peau.Je baissai les yeux un instant, submergé par la honte de mon impuissance. La gorge serrée, je pensai à ces femmes que je ne pouvais arracher à l’enfer dans lequel elles étaient enfermées. Cette incapacité me brûlait plus cruellement que les coups.Alors, dans le silence de mon esprit, je fis un serment. Un serment froid, indéfectible. Le jour où la moindre faille se présenterait, je la saisirais sans hésiter. Pour elles. Pour toutes celles qu’ils avaient brisées.Je les libérerai.Et je ferais payer chacune de ces pourritures, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien de leur règne de violence.Ma résignation n’étouffa pas le tremblement
Les chapitres suivant contiennent des scènes explicites de violence sexuelle et de contrainte.Sébastien"Ça doit être votre jour de chance… ou celui de votre malheur hahaha... !" La voix de cet enflure de Madys résonna dans le couloir comme un verdict. "Allez! Levez-vous !"Roman s'était réservé le droit de tuer le zangarite nommé Sistéron, quant à Madys, c'est moi qui mettrait fin à ses jours, le moment venu...Nous nous redressâmes tous aussitôt, d’un même mouvement, animés par la même urgence farouche : quitter enfin cette cellule."Nan, pas vous !" s'adressa-t-il d'abord à nos frères, avant de basculer son regard vers Roman et moi, "Vous deux seulement !"Des mois s’étaient écoulés. Des mois à pourrir dans l’ombre, à attendre que leur enfoiré de roi daigne se souvenir de notre existence.Trois zangarites l'accompagnaient, cette fois. Il ouvrit la porte sans hâte, puis recula d’un pas, nous laissant sortir. Roman passa le premier. Aussitôt, deux paires de mains se refermèrent sur
8 mois plus tard...Sébastien"Quatre cent quatre-vingt-douze… quatre cent quatre-vingt-treize…"La voix de Kaïs, l'un de nos hommes, résonnait dans la cellule comme un glas, sourde, implacable. À même la pierre froide, Roman et moi continuions de plier les bras, portant nos corps meurtris à bout de force. Les paumes écrasées contre le sol rugueux, nous descendions lentement, puis nous redressions à nouveau, arrachant chaque mouvement à nos muscles tétanisés. La douleur ne demandait plus la permission : elle s’imposait, brûlante, vorace, mordant les épaules et les bras jusqu’à les rendre presque insensibles.Chaque flexion devenait une lutte contre l’effondrement. Chaque redressement, une insulte silencieuse à ceux qui nous voulaient à genoux.Ce rituel n’avait jamais été décidé. Il s’était imposé à nous, comme une nécessité brutale. Plusieurs mois à répéter ce geste, chaque matin, pour ne pas perdre pied. Pour rappeler à nos corps — et à nos geôliers — que nous respirions encore.Le m
EllaLes jours s’égrainèrent doucement, jusqu’à ce que la fin de la semaine nous rattrape. J’avais passé la matinée chez les Résende, partageant le repas que la mère de Rose avait préparé pour le départ de Liam. Toute la famille s’était attachée à notre nouvel ami, et je comprenais aisément pourquoi.Liam était un homme profondément bienveillant, porté par une courtoisie naturelle. Et son allure ne laissait personne indifférent : blond comme Louis, mais doté d’yeux d’un bleu limpide, son visage portait les marques d’une vie déjà bien remplie. Quelques cicatrices striaient sa joue et son menton, et les fines pattes d’oie au coin de ses yeux ajoutaient, à mes yeux, un charme indéniable à son sourire.Nous avions partagé toute la semaine avec lui, Rose et moi, et l’heure était désormais venue pour Liam de regagner sa meute, comme prévu. Sa présence rassurante allait nous manquer, j’en étais certaine, mais il avait sa propre route à suivre. Avant de partir, il nous fit promettre, à l’une c
Ella"Est-ce que ta mère est au courant pour le bébé ?"La voix de Rose me sortit de mes pensées. Nous étions assises dans la salle d’attente de la clinique de la meute, patientant jusqu’à ce que le Dr Réan me reçoive."Je n’ai pas encore eu l’occasion de lui en parler…""Tu crois que ça va aller ? Pour ta mère, je veux dire…""Elle est dévastée… mais elle tient bon, pour le moment," je lui répondis, sans réelle conviction. Comment pouvais-je être sûre qu'elle ne plongerait pas dans une nouvelle dépression à nouveau ? Rose sembla comprendre le fil de mes pensées, et se contenta de hocher la tête doucement."Tu penses en parler à Luna Line bientôt ?""Oui, je crois. Après tout, elle est la grand-mère de mon bébé… Savoir qu’une part de Sébastien continuerait de vivre en moi apaiserait peut-être un peu sa douleur.""Et Lauryne va bientôt mettre au monde l’enfant de Lucas, aussi ! Les enfants de ses deux aînés pourront grandir ensemble," ajouta Rose avec un doux sourire.Je n’y avais même
Rose-AnnaMinuit était passé, et pourtant mes paupières refusaient toujours de se fermer. À cette heure-là, sur le front, nous serions encore de garde jusqu’à l’aube, tandis que nos camarades tenteraient de voler quelques heures de repos avant de prendre la relève… Ou bien serait-ce notre tour de nous étendre, pour grappiller un peu de sommeil avant d’être rappelées au service quelques heures plus tard.Notre retour à la maison fut bref mais d’une chaleur presque douloureuse. Je n’avais jamais vu ma mère aussi bouleversée… En larmes, le souffle haché, elle resta accrochée à mon père et à moi durant toute la soirée, comme si relâcher sa prise risquait de nous faire disparaître à nouveau. La peur de nous avoir perdus se lisait sans détour dans ses yeux, éclatante, brute, impossible à masquer.Quant à mes petites sœurs, elles aussi en larmes, demeuraient pourtant fidèles à elles-mêmes : un tourbillon de joie et d’euphorie, une lumière vive au milieu de la tempête. Leur bonheur de nous ret







