Se connecterChapitre 35ElenaLe repas s'achève dans un brouillard dont j'émerge à peine, les doigts encore entrelacés à ceux de Damon sous la nappe, le cœur gonflé d'une émotion confuse où se mêlent la gratitude, la surprise et une terreur sourde que je n'arrive pas à nommer. Je me lève de table quand les convives commencent à se disperser, prétextant un mal de tête pour échapper aux conversations polies et aux regards qui me pèsent comme des poids de plomb sur les épaules, et je me dirige vers les jardins par la porte-fenêtre du petit salon, aspirant à la solitude des allées ombragées et au murmure apaisant des fontaines.Je n'ai pas fait vingt pas sur le gravier de l'allée principale que des talons claquent derrière moi, un bruit sec et régulier qui se rapproche
Chapitre 34DamonLe déjeuner s'éternise dans un brouillard de conversations feutrées et de tintements d'argenterie, et chaque minute qui passe alourdit un peu plus le silence que j'observe depuis que j'ai pris place à la tête de la table. Mon regard ne quitte pas la scène qui se joue à ma droite, cette place vide qui aurait dû être celle d'Elena, cette chaise usurpée par Bianca avec une audace si parfaitement calculée qu'elle en devient une œuvre d'art de la provocation. Les invités mangent en parlant à voix basse, leurs yeux allant et venant entre Bianca, Elena et moi comme des spectateurs d'un tournoi de tennis, attendant le prochain échange, le prochain coup, la prochaine humiliation qui fera basculer le rapport de force.Je repousse lentement ma chaise, et le crissement des pieds de bois sur le marbre i
Chapitre 33ElenaLe déjeuner est servi dans la grande salle à manger du palais, une enfilade de tables nappées de lin blanc qui croulent sous les plats d'argent et les corbeilles de fruits exotiques, et l'assemblée des chefs de clan qui ont prolongé leur séjour à la faveur de cette réception improvisée prend place dans un bruissement de conversations feutrées et de chaises que l'on tire sur le marbre. Je me dirige vers la place qui m'est réservée, à la droite de Damon, cette place que l'on m'a attribuée depuis le premier jour et qui symbolise mon rang de maîtresse de maison, mais quand j'arrive à la hauteur de la chaise, je la trouve déjà occupée.Bianca Romano est assise à ma place, le dos bien droit, les couverts déjà disposés devant elle, et elle lève v
Chapitre 32DamonLe contact des bras de Bianca autour de mon cou est une brûlure que je n'attendais pas, une résurgence du passé qui me prend au dépourvu et me glace de l'intérieur. Je la repousse d'un geste ferme mais contrôlé, mes mains saisissant ses poignets pour les écarter de mes épaules, et je recule d'un pas, mettant entre nous une distance qui n'est pas seulement physique mais aussi symbolique, une frontière que je trace dans l'air du salon devant tous les invités qui retiennent leur souffle.— Bianca, ce geste n'a pas lieu d'être, dis-je d'une voix qui ne tremble pas mais qui ne laisse aucune place à l'ambiguïté. Tout ce qui nous liait appartient au passé, un passé que tu as choisi de quitter quand tu es partie pour Rome il y a cinq ans. Ne fais pas comme si rien n'avait changé depuis.
Chapitre 31ElenaLe lendemain matin, je descends le grand escalier du palais avec un sentiment d'apaisement que je n'avais pas ressenti depuis des semaines, encore imprégnée de la conversation nocturne avec Damon dans la bibliothèque, de ces heures passées à échanger des confidences et des souvenirs comme deux naufragés qui se découvrent sur la même île déserte. Les domestiques s'inclinent sur mon passage, et cette fois leurs courbettes me semblent moins mécaniques, leurs regards moins hostiles, comme si le renvoi de Madame Petrova avait produit l'effet escompté sur le moral du personnel. Je porte une robe d'un bleu doux, un modèle simple mais élégant qui met en valeur mes yeux sans ostentation, et j'ai relevé mes cheveux en un chignon souple qui dégage ma nuque, une coiffure que ma mère réprouvait mais que j'ai toujours trouvée plus confortable que les édifices sophistiqués qu'elle m'imposait.Le hall est plus animé que d'ordinaire, des gardes en uniforme, des conseillers en costume
Chapitre 30DamonLes rapports de sécurité s'empilent sur mon bureau comme autant de pièces à conviction d'une guerre qui ne dit pas son nom, des fiches de surveillance, des relevés d'écoutes, des photographies aériennes des positions ennemies, et je les parcours un à un avec la méticulosité glacée de ceux qui savent que la moindre information négligée peut coûter des vies. La lumière de l'aube filtre à travers les rideaux de velours, une lueur grise et molle qui n'éclaire rien mais qui souligne les cernes sous mes yeux et la fatigue accumulée dans mes épaules. Viktor n'est pas encore arrivé, le palais est silencieux, et je suis seul face à la paperasse qui constitue le versant administratif de mon empire.C'est alors que je la trouve, glissée entre deux dossiers sans enveloppe ni protection, une photographie qui n'était pas là la veille au soir quand j'ai quitté le bureau. Mes doigts se figent sur le papier glacé, et je sens le froid de la mort couler dans mes veines tandis que j'exa







