FAZER LOGINChapitre 2
Damon
Le cuir de mon fauteuil capitonné gémit faiblement lorsque je me penche en avant pour saisir le stylo-plume en or massif. L'encre est noire, épaisse, définitive. Je signe, Damon Volkov, d'une écriture rapide et acérée. Pas une hésitation. Ce n'est qu'un papier parmi tant d'autres. Un accord. Un traité. Mon mariage.
Derrière les hautes fenêtres de mon bureau, la ville s'étend à perte de vue, constellée de lumières qui transpercent la nuit tombante. La pièce est plongée dans une pénombre étudiée, éclairée uniquement par la lampe de banquier qui projette un dôme de lumière chaude sur le bois sombre de mon bureau. Un mélange de puissance brute et de contrôle froid. Mon univers.
Je prends une gorgée du whisky ambré près de mon coude. La brûlure de l'alcool est nette, familière. Elle n'apaise rien, elle accompagne seulement. Mes pensées sont aussi claires et glacées que les cubes de glace qui tintent dans mon verre. Elena Hart. Mon esprit revient au dossier ouvert à côté du contrat, constitué par Viktor avec sa minutie habituelle. Il sait que ce mariage n'est pas une affaire de cœur.
Je ne cherche pas une épouse. L'amour, dans notre monde, est une vulnérabilité que l'on retourne contre vous. Je cherche la paix, la fin d'une guerre sanglante avec les Moretti qui saigne mes affaires. La famille Hart, avec ses connexions politiques et sa fortune respectable, est un allié de circonstance. Leur fille est la clé. Une transaction. Rien de plus.
Pourtant, je reprends le dossier et l'ouvre à nouveau. Mes yeux retombent sur la photographie agrafée à la première page, volée lors d'un gala de charité. Elle est prise de profil, un sourire sur le point d'éclore sur ses lèvres. Un long cou gracile, des cheveux blonds ramassés en un chignon laissant voir la courbe délicate de sa nuque. Une robe de soie pâle qui épouse ses formes avec une élégance naturelle, sans ostentation. Elle écoute quelqu'un hors-champ, et dans son attitude il y a une grâce qui n'appartient qu'à elle.
Elena. Je prononce son prénom dans le silence. Les syllabes sont douces, presque étrangères dans cet environnement de pouvoir brut. Vingt-trois ans aujourd'hui. Diplômée en histoire de l'art. N'a jamais trempé dans les affaires troubles de sa famille. Protégée. Préservée. Innocente. Chaque ligne que je lis renforce une pression étrange au creux de la poitrine. La conscience que je m'apprête à lier mon existence à celle d'un être lumineux pour la plonger dans mon abîme.
Ses passions sont détaillées. La peinture, les chevaux, la musique classique qu'elle écoute le soir, fenêtre ouverte sur les jardins. Des détails qui me peignent le portrait d'une jeune femme vivante, sensible, bien éloignée des intrigues et du sang qui souillent mon quotidien. Je pense aux tables de négociation, aux menaces voilées, aux exécutions ordonnées d'un signe de tête. Et puis je la regarde, elle, dans sa robe de soie, avec son sourire inachevé. Deux mondes qui vont entrer en collision.
Son père, Charles Hart, est un imbécile qui offre sa fille en bouclier pour échapper à ses propres erreurs. Il me l'a vendue, emballée dans le papier cadeau d'un traité de paix. Il ne sait pas la valeur de ce qu'il a sacrifié. Moi, en scrutant cette photographie, je vois l'étendue du gâchis. Et pour la première fois depuis des années, une émotion fend la surface gelée de ma conscience. Je parle à la femme de la photo.
— Tu ne paieras jamais pour les fautes de nos familles, Elena.
Elle portera mon nom, elle sera sous ma protection. Rien ni personne ne pourra l'atteindre. Elle aura sa liberté, ses espaces, sa vie. Je ferai de ce mariage une cage si vaste et si dorée qu'elle n'en sentira pas les barreaux.
Je referme le dossier et me lève, le verre de whisky à la main, pour marcher jusqu'à la baie vitrée. La ville à mes pieds est une bête vivante, mon royaume. Mon reflet dans la vitre me renvoie l'éclat métallique de mon regard, la ligne dure de ma bouche. Tout le monde voit le monstre, le mafieux cruel. Ils ont raison. Mais ils oublient qu'un roi protège ce qui est sien. Et à partir d'aujourd'hui, Elena Hart est mienne.
Un raclement de gorge m'interrompt. Viktor est dans l'embrasure de la porte, immobile et patient comme une ombre.
— Parle.
— La réponse est arrivée de la maison Moretti, Monsieur. Ils ont mal pris l'annonce. Nos informateurs signalent des mouvements de leurs hommes près des docks Est.
Un sourire carnassier étire mes lèvres. La nouvelle de la paix les fait grincer des dents. Parfait.
— Qu'ils viennent. Renforce la sécurité autour de tous nos points stratégiques. Et double l'équipe de surveillance sur la résidence Hart. Discrètement.
Viktor hésite une fraction de seconde.
— La cible pourrait être plus personnelle, Monsieur. Ils savent pour le mariage. Une future épouse est une cible tentante pour déstabiliser un homme.
Mon verre se brise dans ma main. Le cristal n'a pas résisté à la pression soudaine de mes doigts. Le whisky se mêle au sang qui perle sur ma paume. L'image d'Elena, le cou gracile, le sourire innocent, est frappée par une vision de violence. Une colère noire, absolue, jaillit du fond de mes entrailles.
— Si un seul cheveu de sa tête est touché, la guerre que son père essayait d'éviter ne sera qu'une promenade de santé comparée à la tempête que je déchaînerai. Lance un message aux Moretti. Dis-leur que j'ai signé le contrat de mariage, et que toucher à ma femme, c'est signer leur propre arrêt de mort.
Viktor incline la tête et disparaît, me laissant seul avec la douleur lancinante dans ma main et la rage qui bat contre mes tempes. J'essuie machinalement le sang avec un mouchoir en soie. La protection n'est plus seulement une promesse murmurée à une photographie. Elle est devenue un ordre de guerre. Ce mariage ne sera peut-être pas la paix que j'espérais, mais j'ai allumé la mèche, et je la tiendrai jusqu'au bout.
Chapitre 49ElenaLe palais est silencieux quand nous franchissons les grilles, un silence de cathédrale que troublent seulement le crissement des pneus sur le gravier et les ordres étouffés que Viktor donne aux gardes qui se déploient autour du périmètre. Damon me porte dans ses bras depuis la voiture, il a refusé que quiconque le fasse à sa place, il a refusé que les médecins appelés en urgence s'occupent de moi avant qu'il ne m'ait déposée lui-même sur le lit de notre chambre, et je n'ai pas protesté, je n'ai pas trouvé la force de protester, je me suis simplement blottie contre sa poitrine en respirant son odeur de poudre et de sueur, cette odeur qui est devenue pour moi le parfum du salut.Les domestiques s'écartent sur notre passage, leurs visages sont pâles et leurs yeux sont baissés,
Chapitre 49ElenaLe palais est silencieux quand nous franchissons les grilles, un silence de cathédrale que troublent seulement le crissement des pneus sur le gravier et les ordres étouffés que Viktor donne aux gardes qui se déploient autour du périmètre. Damon me porte dans ses bras depuis la voiture, il a refusé que quiconque le fasse à sa place, il a refusé que les médecins appelés en urgence s'occupent de moi avant qu'il ne m'ait déposée lui-même sur le lit de notre chambre, et je n'ai pas protesté, je n'ai pas trouvé la force de protester, je me suis simplement blottie contre sa poitrine en respirant son odeur de poudre et de sueur, cette odeur qui est devenue pour moi le parfum du salut.Les domestiques s'écartent sur notre passage, leurs visages sont pâles et leurs yeux sont ba
Chapitre 48DamonL'informateur est un petit homme au visage de fouine et aux yeux fuyants, un trafiquant de bas étage que Viktor a débusqué dans un bar sordide des faubourgs après avoir retourné la ville entière pendant des heures qui m'ont paru des siècles. Il a vu les voitures noires quitter le port, il a reconnu les hommes qui descendaient des véhicules, il a suivi la piste jusqu'à un entrepôt désaffecté de la zone industrielle, un bâtiment de tôle et de béton que mes troupes encerclent à présent avec la précision silencieuse d'un étau qui se referme sur sa proie.La nuit est noire et sans lune, une nuit qui semble s'être faite la complice de mes ennemis mais qui va devenir leur tombeau, et mes hommes se déploient autour du bâtiment comme des ombres liquides, leurs armes
Chapitre 47ElenaL'entrepôt est une cathédrale de rouille et de ténèbres où l'humidité suinte des murs comme une sueur froide, où des chaînes rouillées pendent des poutres métalliques dans un silence que troublent seulement les gouttes d'eau qui tombent une à une des conduites crevées, un bruit régulier et obsédant qui scande les secondes de mon enfermement comme un métronome funèbre. Je suis attachée à une chaise au milieu de cette nef désaffectée, les poignets liés derrière le dossier par des liens de plastique qui scient ma peau à chacun de mes mouvements, creusant des sillons rouges dans ma chair à chaque fois que j'essaie de me libérer, les chevilles entravées aux pieds de la chaise par des cordes épaisses et rugueuses qui m'empêche
Chapitre 46DamonLa nouvelle m'atteint comme une balle en pleine poitrine, une décharge glacée qui traverse ma colonne vertébrale et me fige au milieu du couloir, les doigts crispés sur le rapport que Viktor vient de me tendre, les yeux fixés sur ces mots qui dansent devant mes prunelles sans que je parvienne à en accepter le sens. Elena a disparu, enlevée dans la chapelle du domaine par quatre hommes armés, et les deux gardes qui montaient la garde devant les portes gisent à présent dans une mare de sang qui s'élargit sur les dalles de pierre, leurs corps criblés de balles, leurs visages figés dans une expression de surprise qui en dit long sur la rapidité et le professionnalisme de l'attaque. La chapelle est vide, les bancs renversés dans le chaos de la lutte, les cierges éteints qui fument encore dans leurs photophores de verre
Chapitre 45ElenaLa petite chapelle du domaine est un havre de silence et de pénombre où j'ai pris l'habitude de me réfugier quand le poids du monde devient trop lourd pour mes épaules. Les murs de pierre sont couverts de fresques anciennes représentant des saints aux visages paisibles, des bougies brûlent devant l'autel dans des photophores de verre rouge qui projettent des lueurs dansantes sur les voûtes, et l'odeur de l'encens mêlée à la cire chaude crée une atmosphère de sanctuaire que rien ni personne ne semble pouvoir troubler. Je suis agenouillée sur un prie-Dieu devant la statue de la Vierge, les mains jointes, les yeux fermés, cherchant dans le silence un réconfort que les hommes ne savent pas donner, et je ne prie pas vraiment, je médite, je respire, j'essaie de faire le vide dans mon esprit assailli par les accusations du







