LOGINSalvatore
Le matin est gris, sale, comme une assiette oubliée sur une table de cuisine. La lumière est faible, blessée, elle rampe sur la terrasse sans chaleur. Je suis assis dans mon bureau, immobile, les mains à plat sur le bois, les yeux fixés sur la chose qui est posée devant moi.
Une boîte.
En carton blanc, sim
ÈveLe jour se lève à peine sur Palerme quand je franchis les portes de la villa. La ville est encore endormie, enveloppée dans un linceul de brume matinale qui monte de la mer et se dissipe lentement entre les ruelles. Les pavés sont humides, luisants sous les premiers rayons du soleil. L'air sent le sel, le jasmin, le pain chaud qui sort des boulangeries. C'est un matin comme les autres, un matin ordinaire de printemps sicilien. Sauf que rien n'est ordinaire. Sauf que tout va basculer.Je n'ai pas dormi. Pas une minute. Mais mon corps ne réclame pas de sommeil. Il est tendu, vibrant, comme une corde de violon qu'on vient d'accorder. Chaque pas que je fais résonne en moi, chaque souffle est conscient, chaque battement de cœur est une petite détonation qui me rappelle que je suis vivante, que je suis là, que c'est maintenant.Salvatore marche à mes côtés. Il n'a pas dormi non plus, ses yeux sont rouges, sa barbe est plus grise que d'habitude, ses épaules sont voûtées sous le poids de
Elle repose le verre sur la table de nuit, s'essuie la bouche du revers de la main, et me regarde. Ses yeux sont graves, profonds, insondables.— Tu vas me guérir pour de vrai ?Sa voix est calme, sans trembler. Une voix de grande personne dans un corps d'enfant.— Pour de vrai.— Ça va faire mal ?Je m'assois au bord du lit. Je prends sa main dans la mienne. Elle est si petite, si fine, si fragile. Les os sont comme des brindilles sous la peau. Mais la chaleur est là, la vie est là, têtue, obstinée, indomptable.
Il ne l'essuie pas. Il la laisse tracer son chemin, librement, jusqu'à son menton où elle reste suspendue un instant, scintillante, avant de tomber sur le col de sa chemise.— Je vous le promets, dit-il d'une voix brisée, méconnaissable, une voix d'homme qui a traversé un désert et qui n'a plus de salive. Je vous promets de la protéger, de l'aimer, de la laisser libre. Je vous promets d'être le père qu'elle mérite, si Dieu me prête vie. Mais...Il rouvre les yeux. Il les plante dans les miens. Son regard est un brasier, une forge, un soleil noir.— Mais il faut que vous reveniez. Revenez de cette chambre. Revenez vivante. Je ne veux pas sauver
Salvatore est dans son bureau, comme prévu. Je le sais avant même d'ouvrir la porte. Je le sais parce que la villa entière vibre de sa présence anxieuse, comme un diapason. Je traverse le couloir, je descends l'escalier, mes pas résonnent sur les dalles froides. La maison est silencieuse, trop silencieuse, comme si elle retenait son souffle.La porte du bureau est entrouverte. Je la pousse doucement, sans frapper. Il est là, debout devant la fenêtre, le dos à la porte. Il porte une chemise blanche, sans veste, sans cravate, les manches retroussées sur ses avant-bras musclés. Ses épaules sont larges, tendues, contractées par une tension que je peux presque voir, comme une chape de plomb posée sur ses omoplates.
ÈveL'aube est grise. Pas cette grisaille triste et sale des matins de pluie, mais une grisaille douce, laiteuse, une lumière de convalescence qui filtre à travers les rideaux et pose sur les meubles un voile de cendre argentée. Le soleil n'est pas encore levé, ou peut-être qu'il se cache derrière un banc de nuages, timide, hésitant, comme s'il ne voulait pas assister à ce qui va suivre.Je n'ai pas dormi. Pas une seconde. Mais je ne suis pas fatiguée. Mon corps est tendu, électrique, traversé de courants froids et chauds qui se combattent sous ma peau comme deux armées avant la bataille. Mes mains tremblent un peu, mais ce n'est pas de peur. C'est d'impatie
Je ferme les yeux. Mes paupières sont lourdes, mais je ne dors pas. Derrière elles, des images défilent. Ma mère, ses yeux bleus, ses mains noueuses, son tablier à fleurs. L'hôpital, le petit Mathieu, son sourire quand il m'a dit qu'il se sentait mieux. La fuite, l'errance, la solitude. L'arrivée à Palerme, l'odeur du jasmin et de la mer. Isabella, sa main dans la mienne, sa voix qui dit "tata Ève". Salvatore, son regard de braise, sa larme sur sa joue mal rasée. Vito, massif et silencieux. Silvia, ses mains de soin. Et toujours, toujours, cette lumière dorée qui monte du plus profond de moi, cette énergie qui ne demande qu'à se répandre, ce don mystérieux qui est à la fois ma bénédiction et mon fardeau.L'image d'Isabella appara&ici







