MasukChapitre 82
Nyora
Je n'arrive pas à dormir, c'est impossible, mon cœur bat si fort dans ma poitrine que je l'entends résonner dans toute la chambre, et chaque fois que je ferme les yeux, je vois son visage, je vois ses yeux gris qui me regardent, je vois sa main qui se tend vers moi, et je rouvre les paupières en sursaut, le souffle court, les doigts crispés sur la couverture.
Demain, je vais renc
Chapitre 82NyoraJe n'arrive pas à dormir, c'est impossible, mon cœur bat si fort dans ma poitrine que je l'entends résonner dans toute la chambre, et chaque fois que je ferme les yeux, je vois son visage, je vois ses yeux gris qui me regardent, je vois sa main qui se tend vers moi, et je rouvre les paupières en sursaut, le souffle court, les doigts crispés sur la couverture.Demain, je vais rencontrer mon père. Demain, je vais le voir pour de vrai, pas cachée derrière une haie, pas déguisée en cliente d'une librairie, pas en train de l'observer de loin comme un fantôme. Demain, je vais m'asseoir en face de lui, je vais entendre sa voix, je vais peut-être même le toucher. Et cette idée est si grande, si vertigineuse, qu'elle me coupe le souffle et me donne le vertige.Je me lève sans faire de bruit,
Chapitre 81KaelisLa veille du départ, je descends dans la cuisine, attiré par le silence, et je trouve ma mère assise seule à la table, les mains enroulées autour d'une tasse de thé qui ne fume plus depuis longtemps. Son regard est perdu, fixé sur la fenêtre, mais je sais qu'elle ne voit pas la mer, qu'elle ne voit rien d'autre que ses propres pensées, ces pensées qui la hantent et qui la rongent depuis que la lettre est arrivée.Je m'assieds en face d'elle, sans faire de bruit, et je prends sa main. Ses doigts sont froids, immobiles, et elle sursaute légèrement, comme si elle revenait de très loin.— Tu ne dors pas ? demande-t-elle d'une voix douce, presque absente.— Et toi non plus, maman.Elle esquisse un sourire triste, ce sourire qu'elle a quan
Chapitre 80AélyraLa lettre est arrivée ce matin, glissée sous la porte de la librairie comme la première fois, et je l'ai ramassée avec des doigts qui tremblaient déjà, le cœur qui s'affolait dans ma poitrine comme un oiseau pris au piège. Je l'ai emportée dans l'arrière-boutique, loin des regards des clients, loin de la lumière trop crue de la devanture, et je me suis assise sur un carton de livres, entourée de piles poussiéreuses et de registres oubliés, et j'ai déchiré l'enveloppe avec des gestes saccadés.L'écriture de Vaelor est là, ample et décidée, et je la lis, je la dévore, je la bois, chaque mot est une gorgée d'eau dans le désert de mes années de silence. Il accepte. Il viendra. Il sera seul. Sans avocat, sans témoin, sans
Chapitre 79VaelorJe m'assieds à mon bureau, la plume entre les doigts, et je fixe la feuille blanche qui attend mes mots comme on fixe un adversaire. Chaque phrase que je vais tracer est un engagement, une promesse que je ne pourrai plus reprendre. J'ai passé la nuit à tourner en rond dans cette pièce, incapable de dormir, incapable de penser à autre chose qu'à cette rencontre, à elle, à eux. Maintenant, il faut écrire.Mon assistant frappe à la porte et passe la tête.— Monsieur Draken, vous m'avez demandé de vous rappeler votre réunion de onze heures. Faut-il la maintenir ?Je ne lève pas les yeux.— Annulez tout. Je ne veux être dérangé sous aucun prétexte.— Bien, monsieur.
Chapitre 78SeraphinaJe suis assise dans le salon de réception de ma demeure, une pièce baignée de lumière tamisée où chaque meuble, chaque bibelot, chaque tableau a été choisi pour rappeler à mes visiteurs la puissance et l'ancienneté de la famille Draken, quand ma femme de chambre frappe à la porte et entre sans attendre ma permission, ce qui est en soi une insolence que je ne tolère pas.— Madame, murmure-t-elle en s'inclinant, il y a quelque chose que vous devriez savoir.Je repose ma tasse de thé avec une lenteur calculée. Cette fille est fidèle, du moins je le croyais, et si elle se permet de me déranger à cette heure, c'est que l'affaire est grave.— Parle, dis-je d'une voix glaciale.— Une lettre est arrivée ce matin au bureau de Monsieur Draken, madame. Elle venait de Brumhaven, et l'écriture sur l'enveloppe... c'était celle d'une femme.Je me redresse imperceptiblement, les doigts crispés sur l'accoudoir de mon fauteuil.— Une femme ? De Brumhaven ? Tu es sûre ?— Oui, mada
Chapitre 77VaelorDeux jours ont passé depuis mon retour précipité de Brumhaven, deux jours interminables pendant lesquels je n'ai dormi que quelques heures, pendant lesquels je n'ai presque rien mangé, pendant lesquels j'ai annulé toutes mes réunions, toutes mes obligations, tous mes rendez-vous, parce que je n'arrivais pas à me concentrer sur autre chose que sur cette lettre que j'avais glissée sous la porte de la librairie et sur le silence qui avait suivi, ce silence lourd et angoissant qui me rongeait de l'intérieur comme un acide.Et puis ce matin, en arrivant dans mon bureau, je l'ai vue, posée sur le sous-main, une enveloppe de papier ordinaire, sans en-tête, sans sceau, sans rien qui puisse indiquer sa provenance, mais je l'ai reconnue immédiatement, je l'ai reconnue à l'écriture, cette calligraphie fine et é
Chapitre 2NyoraJe sais que maman ment.Je le sais parce que ses mains tremblent quand elle range les livres, parce que sa voix devient trop aiguë quand elle répond à mes questions, parce qu'elle évite de croiser mon regard, ce qu'elle ne fait jamais d'habitude. Maman me regarde toujours dans les
Chapitre 1AélyraJe regarde la mer depuis la fenêtre de ma librairie, et je sais que quelque chose va arriver, je le sens dans l'air comme on sent l'orage avant qu'il n'éclate, dans cette lourdeur étrange qui précède les catastrophes et les fins du monde.La librairie est silencieuse en cette heur
Chapitre 5Suite du flashback AélyraIl s'arrête devant moi, et le monde disparaît.Je ne sais pas comment expliquer ce qui se passe à cet instant, je ne sais pas si c'est la chaleur des lustres ou le parfum des fleurs ou le bourdonnement des conversations qui s'estompent, mais tout ce qui existai
Chapitre 4Flashback Septs ans plutôt..AélyraJ'ai vingt-deux ans, et je suis debout devant le miroir de ma chambre, et je ne reconnais pas la femme qui me regarde.La robe que je porte est une merveille de soie et de tulle, une création couleur émeraude que ma mère a fait venir de la capitale il







