LOGIN4 - Les Hommes en Noir
Le cœur de Leilani battait si fort qu'elle avait l'impression que les inconnus pouvaient l'entendre de l'autre côté de la porte. Elle resta figée devant le judas. Ils étaient six. Tous vêtus d'un costume noir impeccable. Tous parfaitement immobiles. Le plus âgé semblait avoir une soixantaine d'années. Ses cheveux gris étaient soigneusement coiffés, et son visage affichait une expression calme qui contrastait avec le malaise qu'il inspirait. Les cinq autres se tenaient légèrement en retrait. Aucun ne parlait. Aucun ne bougeait. Comme s'ils attendaient simplement qu'on leur ouvre. La sonnette retentit une nouvelle fois. Leilani recula d'un pas. Son premier réflexe fut d'attraper son téléphone. Ses doigts tremblaient tellement qu'elle manqua de le faire tomber. Elle composa le numéro de la police. Puis s'arrêta. Qu'allait-elle leur dire ? "Bonjour, des hommes en costume sont devant chez moi." Ils lui demanderaient s'ils avaient tenté d'entrer. Ce n'était pas le cas. S'ils avaient proféré des menaces. Non plus. Elle raccrocha avant même que l'appel ne parte. Une voix calme résonna derrière la porte.
- Mademoiselle Sterling, nous ne vous voulons aucun mal.
Leilani resta silencieuse.
- Nous souhaitons simplement vous parler.
Elle ne répondit toujours pas.
Après quelques secondes, l'homme reprit.
- Nous savons que Charles Sterling est décédé.
À l'évocation du prénom de son père, Leilani sentit sa gorge se nouer.
- Il nous avait demandé de venir après ses funérailles.
Ses yeux s'écarquillèrent.
Comment pouvaient-ils savoir cela ?
- Qui êtes-vous ? demanda-t-elle enfin d'une voix hésitante.
- Des personnes qui ont connu votre père.
- Je ne vous crois pas.
- C'est pourtant la vérité.
Le silence retomba. Leilani jeta un regard vers le dossier posé sur le bureau. Devait-elle ouvrir cette porte ? Ou appeler la police malgré tout ? Avant qu'elle ne prenne une décision, l'homme parla de nouveau.
- Votre père vous a-t-il laissé une enveloppe noire ?
Le sang de Leilani se glaça. Personne... Personne ne pouvait connaître l'existence de cette enveloppe. Elle fit instinctivement un pas en arrière.
- Comment savez-vous ça ?
- Parce que c'était prévu.
Le mot résonna dans toute la maison.
Prévu.
Comme si tout ce qui arrivait faisait partie d'un plan établi depuis longtemps. Leilani sentit une boule se former dans son ventre.
- Qui êtes-vous ?
Cette fois, l'homme ne répondit pas immédiatement.
- Vous connaîtrez bientôt notre identité.
- Ce n'est pas une réponse.
- Non.
- Alors partez.
Un léger silence suivit. Puis l'homme acquiesça.
- Très bien.
Leilani fronça les sourcils. Elle ne s'attendait pas à ce qu'il abandonne aussi facilement. À travers le judas, elle les vit effectivement se retourner. Les six hommes marchèrent jusqu'à leurs voitures noires. Quelques secondes plus tard, ils quittèrent la rue. Elle poussa un profond soupir. Ils étaient partis. Du moins... C'est ce qu'elle croyait.
...
Une heure plus tard, la nuit était tombée. Leilani n'avait toujours pas ouvert l'enveloppe. Elle tournait autour de la table du salon depuis plusieurs minutes. Chaque fois qu'elle tendait la main vers le sceau noir, les derniers mots de son père lui revenaient en mémoire.
- La... Ro...
- Trouve... le...
Elle finit par s'asseoir. D'une main tremblante, elle brisa enfin le sceau de cire. À l'intérieur se trouvait une unique lettre. L'écriture de Charles. Elle l'aurait reconnue entre mille. Ses yeux se remplirent aussitôt de larmes.
<< Ma très chère Leilani, Si tu lis cette lettre, c'est que je n'ai malheureusement pas réussi à te protéger aussi longtemps que je l'espérais. Je suis désolé. Pendant vingt-quatre ans, j'ai essayé de t'offrir une vie normale. J'ai essayé de te tenir éloignée d'un monde auquel tu n'aurais jamais dû appartenir. Mais certaines promesses ne disparaissent jamais.>>
Le souffle de Leilani devint plus court. Elle poursuivit sa lecture.
<< Dans mon bureau se trouve un dossier. Tu dois le lire entièrement avant de prendre la moindre décision. Quoi qu'il arrive ensuite... n'aie pas peur. Souviens-toi d'une seule chose : tout le monde ne sera pas ton ennemi. >>
Une larme tomba sur le papier. Elle essuya rapidement ses yeux. Puis retourna la lettre. Une dernière phrase était écrite au dos.
<<Quand ils viendront te chercher... écoute-les avant de les juger.>>
Leilani resta immobile.
"Ils."
Les mêmes hommes que tout à l'heure ?
Qui étaient-ils réellement ?
Elle se leva aussitôt et prit le dossier caché dans le tiroir secret. Cette fois, elle l'ouvrit. À l'intérieur se trouvaient plusieurs photographies anciennes. La première représentait Charles. Beaucoup plus jeune. À ses côtés se tenait une femme que Leilani reconnut immédiatement.
Sa mère.
Mais ce n'était pas ce qui la choqua.
Derrière eux...
Se tenaient plusieurs hommes en costume noir.
Et chacun portait sur la veste...
A SUIVRE
Le symbole d'une rose noire.
Le cœur de Leilani s'emballa. Son père leur avait menti toute sa vie. Il les connaissait. Très bien.
Au même instant...
Un bruit de moteur résonna à l'extérieur.
Elle courut jusqu'à la fenêtre.
Les mêmes berlines noires revenaient lentement devant la maison.
Cette fois...
Elles étaient deux fois plus nombreuses.
Chapitre 20Le silence qui suivit la révélation de Blanche fut assourdissant. Leilani la regardait sans parvenir à comprendre ce qu’elle venait d’entendre. Elena Sterling.Sa mère.La femme qu’elle croyait morte depuis dix-neuf ans. La mère de Blanche. Les deux informations semblaient impossibles à faire tenir dans la même réalité.– Répète.Blanche essuya rapidement ses larmes.– Ma mère s’appelle Elena Sterling.– Ce n’est pas possible.– Je sais.– Non.Leilani secoua la tête.– Tu es en train de me dire que ma mère est aussi ta mère ?Blanche baissa les yeux.– Oui.Un rire nerveux échappa à Leilani.– Alors pourquoi est-ce que je ne t’ai jamais vue avant ?– Parce que je ne savais pas qui tu étais.– Tu mens.– Non !Blanche s’approcha.– Je te le jure, Leilani. Je ne savais pas que tu étais ma sœur.Le mot resta suspendu dans l’air.Sœur.Leilani sentit son cœur se serrer.Elle regarda Gabriel.– Est-ce vrai ?L’homme acquiesça.– Oui.– Comment ?Gabriel prit une profonde inspira
Chapitre 19 Le téléphone de Leilani tremblait entre ses doigts. La vidéo continuait de tourner. Le visage d’Elena occupait tout l’écran. Sa mère. La femme qu’elle avait passée vingt-quatre années à croire morte ou disparue. Et maintenant, elle était là. Vivante. Terrifiée.– Leilani, si tu regardes cette vidéo, c’est que Charles est mort.Leilani sentit ses jambes faiblir. Blanche lui attrapa doucement le bras.– Assieds-toi.– Non.Elle secoua la tête.– Je veux l’entendre.Sur l’écran, Elena inspira difficilement.– Je n’ai pas beaucoup de temps. Tu dois m’écouter jusqu’au bout. Ne coupe pas cette vidéo, même si certaines choses te font mal.Leilani fixa Cameron.Il n’avait pas bougé.Son visage était devenu complètement fermé.Elena poursuivit :– Si Cameron est avec toi…Elle hésita.Ses yeux se remplirent de larmes.– Ne lui fais surtout pas confiance.Leilani releva lentement les yeux vers lui.Personne ne parla.Cameron baissa son arme.– Leilani…– Ne parle pas.Sa voix était
Chapitre 18 Le trajet jusqu’au parc se fit dans un silence lourd. Leilani regardait les rues défiler derrière la vitre, le téléphone serré entre ses doigts. La photographie envoyée par Adrian était toujours affichée à l’écran. Son père. Sa mère. Et cet homme dont le visage avait été volontairement rayé. Une seule phrase tournait dans son esprit.« Tu cherches ton père. Mais tu devrais chercher celui qui l’a tué. »Elle finit par se tourner vers Cameron.– Tu savais que mon père avait caché quelque chose dans ce parc ?– Je savais qu’il y avait laissé une piste.– Quelle piste ?– Je ne sais pas.– Tu mens.Cameron soupira.– Je ne te mens pas.– Alors pourquoi as-tu eu peur quand tu as vu la photographie ?Il ne répondit pas immédiatement.– Parce que je connais cet homme.Le cœur de Leilani se serra.– Qui est-ce ?– Je ne peux pas te le dire.– Encore cette phrase…Elle détourna le regard.– Je commence à en avoir assez.Blanche, assise à côté d’elle, intervint doucement.– Cameron
Chapitre 17Le silence qui suivit les dernières paroles d’Adrian fut plus violent qu’un coup de feu. Charles le fixait. Son visage était devenu livide.– Tais-toi.Adrian sourit.– Pourquoi ? Tu as peur qu’elle l’apprenne ?– Je t’ai dit de te taire.– Après vingt-quatre ans de mensonges, tu veux encore lui cacher la vérité ?Charles serra les poings. À quelques mètres d’eux, les hommes de la Rose Noire avaient cessé de tirer. La tension était devenue presque insupportable. Adrian regarda Charles avec une satisfaction froide.– Tu lui as raconté que sa mère avait disparu.– Elle avait disparu.– Tu lui as dit qu’elle était malade.– Elle l’était.– Tu lui as dit qu’elle devait rester loin de toi pour sa sécurité.Charles ne répondit pas.Adrian pencha légèrement la tête.– Mais tu ne lui as jamais dit qu’Elena était ma petite sœur.Charles ferma les yeux.Vingt-quatre années de secrets semblaient peser sur ses épaules.– Elle n’avait rien à voir avec toi.– Elle avait tout à voir avec
Chapitre 16Le monde de Leilani venait de s’arrêter. Elle fixait l’homme debout sur la passerelle. Son visage. Sa silhouette. Cette façon de tenir son arme. Même à cette distance, elle aurait reconnu ces traits entre mille.– Papa…Le mot sortit de ses lèvres dans un souffle. Personne ne bougea. Même Adrian semblait avoir perdu son sourire. L’homme descendit lentement les marches. Un pas. Puis un autre. Leilani avait les yeux remplis de larmes.– Papa ?Il continua d’avancer. Elle ne pouvait plus réfléchir. Son père était mort. Elle l’avait vu. Elle avait tenu sa main à l’hôpital. Elle avait entendu le médecin prononcer l’heure de son décès. Elle avait assisté à ses funérailles. Elle avait vu son cercueil disparaître sous terre. Alors cet homme ne pouvait pas être Charles. Et pourtant… Il lui ressemblait parfaitement. Lorsqu’il arriva au bas des escaliers, il s’arrêta à quelques mètres d’elle. Son regard rencontra celui de Leilani. Elle sentit ses jambes trembler.– Papa…Cette fois,
Chapitre 15La vidéo avait disparu de l’écran. Leilani fixait toujours son téléphone. Elle entendait les autres parler autour d’elle, mais leurs voix semblaient lointaines. Shelly était prisonnière. Et quelqu’un les avait trahis. Mais qui ? Elle leva lentement les yeux vers Cameron.– Je veux la retrouver.– Nous allons la retrouver.– Alors faisons-le maintenant.Cameron hocha la tête.– Martin, Diaz, préparez deux voitures.– Où allons-nous ? demanda Martin.Cameron regarda l’écran de surveillance.– Là où Adrian pense que nous irons.Leilani fronça les sourcils.– Vous avez une idée de l’endroit où il retient Shelly ?– Plusieurs.– Et laquelle est la bonne ?– Je ne sais pas encore.Il se tourna vers elle.– Mais Adrian vient de faire une erreur.– Laquelle ?– Il t’a envoyé cette vidéo.Leilani ne comprit pas.– Et alors ?– Il voulait que tu aies peur.Cameron prit son téléphone.– Mais il a également montré une partie du décor.Il agrandit une image arrêtée de la vidéo.Derrièr







