LOGINChapitre 5
Zelmira
La répétition était prévue à dix-sept heures. À la basilique Santa Anastasia, où le prêtre nous attendait pour régler les derniers détails de la cérémonie. L'ordre des lectures, la position des témoins, le moment exact où l'organiste attaquerait la marche nuptiale. Des broutilles, certes, mais des broutilles qui comptaient pour moi. Je voulais que tout soit parfait.
À seize heures trente, j'étais déjà prête, assise au bord de mon lit, le téléphone à la main, attendant le message de Stefano qui confirmerait qu'il arrivait. À seize heures quarante-cinq, j'ai reçu un texto.
« Désolé, mon amour. Un contretemps au cabinet. Je ne pourrai pas être là. On se voit ce soir ? »
Un contretemps. Le cabinet. Le cabinet de son père, qu'il doit reprendre un jour, et où il passe déjà le plus clair de son temps depuis qu'il a prêté serment. Je sais que son métier est exigeant. Je sais qu'il travaille dur pour se faire une place. Mais demain est notre mariage. Demain, nous échangeons nos vœux devant Dieu et devant nos familles. Et il ne peut pas se libérer pour une répétition qui dure une heure ?
J'ai essayé de ne pas montrer ma déception dans ma réponse. « Pas de souci. Je comprends. À ce soir. » Mais la déception était là, nouée dans ma poitrine, et mes doigts tremblaient en tapant les mots.
J'ai appelé Bianca. Elle devait être là aussi, en tant que demoiselle d'honneur. Le téléphone a sonné plusieurs fois, puis elle a décroché.
— Je suis désolée, Zelmira, je ne vais pas pouvoir venir non plus. Un rendez-vous de dernière minute avec le fleuriste. Tu sais comment il est, toujours à changer d'avis...
Sa voix était essoufflée, pressée, distraite. En fond, j'entendais un bruit de circulation, comme si elle était dehors.
— Le fleuriste ? J'ai parlé avec lui ce matin, tout était réglé.
— Il a rappelé. Une question sur les centres de table. Ne t'inquiète pas, je m'en occupe.
Elle a raccroché avant que je puisse répondre. Je suis restée immobile, le téléphone à la main, le silence de ma chambre soudainement assourdissant.
Je suis allée à la répétition seule. Le prêtre était compréhensif, habitué sans doute aux aléas des préparatifs matrimoniaux. Nous avons fait le tour de la basilique, réglé les détails que nous pouvions régler, et je suis rentrée chez moi le cœur lourd.
La maison était vide. Mes parents étaient sortis pour des courses de dernière minute, les domestiques s'affairaient à l'étage, et je me suis retrouvée seule dans le salon, entourée de fleurs et de rubans, dans cette atmosphère festive qui jurait avec l'angoisse qui me serrait le ventre.
Un contretemps au cabinet. Un rendez-vous avec le fleuriste. Ces explications sonnaient faux, d'une fausseté que je ne pouvais pas nommer mais que je ressentais physiquement, comme une vibration désagréable dans tout mon corps.
J'ai essayé de me rassurer. Stefano a toujours été sérieux, responsable. S'il dit qu'il a un contretemps, c'est qu'il a un contretemps. Bianca a toujours été impulsive, imprévisible. S'il y a un problème avec les fleurs, elle va le régler. Tout cela n'a rien d'inquiétant.
Mais les images se bousculaient dans ma tête. Stefano et Bianca, absents en même temps, comme par hasard. Leurs voix au téléphone, toutes deux pressées, toutes deux essoufflées. Ce fond sonore dans l'appel de Bianca — n'était-ce pas la circulation du centre-ville ? Près du cabinet de Stefano ?
J'ai chassé ces pensées. Je me suis traitée de paranoïaque. La fatigue, le stress, l'émotion. Tout cela me jouait des tours. Demain, je me marierais. Demain, tout serait clair.
Mais ce soir-là, Stefano n'est pas venu. Il a envoyé un nouveau message, plus court, plus sec. « Trop de travail. Repose-toi bien. À demain. »
Et le vide dans ma poitrine s'est fait plus grand.
Chapitre 150ÉpilogueZelmiraDes années plus tard, par une chaude soirée d'été, je me tenais sur la terrasse de notre villa toscane, les mains posées sur la balustrade en pierre, le regard perdu vers les collines qui s'embrasaient sous les derniers rayons du soleil. La vigne était lourde de raisins mûrs, les oliviers centenaires étendaient leurs branches noueuses vers le ciel, et l'air était chargé du parfum sucré des roses et de la lavande. Le chant des cigales emplissait l'air, mêlé aux rires lointains qui montaient du jardin, là où mes petits-enfants jouaient sous le regard attendri de leurs parents.Leonardo était revenu. Après ses années d'études à Paris, après son diplôme d'architecte, après son mariage avec Chiara dans cette même chapelle toscane où Alvise et moi avions renouvelé nos vœux, il était revenu s'installer en Italie, non loin de nous, avec sa femme et ses deux enfants, un petit garçon aux yeux gris nommé Alessandro et une petite fille aux yeux verts nommée Sofia. Il
Chapitre 149ZelmiraLes semaines passèrent, puis les mois, et peu à peu, insensiblement, le vide laissé par le départ de Leonardo commença à se combler. Non pas qu'il nous manquait moins, non pas que son absence devenait plus légère, mais nous apprenions à vivre avec, à l'apprivoiser, à la transformer en quelque chose de doux plutôt que de douloureux. Ses lettres arrivaient régulièrement, de longues lettres remplies de détails sur ses cours d'architecture, sur ses professeurs, sur ses nouveaux amis, sur Paris qu'il découvrait avec des yeux émerveillés. Il nous parlait de Chiara, qui avait été acceptée aux Beaux-Arts et qui travaillait jour et nuit dans son atelier, de leurs promenades le long de la Seine, de leurs visites au Louvre, de leurs rêves d'avenir. Et chaque fois que je lisais ces lettres, mon cœur se gonflait de fierté, de joie, de gratitude.Alvise et moi, nous redécouvrions ce que c'était que d'être seuls tous les deux. Comme au début. Comme avant Leonardo. Comme à cette
Chapitre 148ZelmiraLe jour du départ de Leonardo arriva plus vite que je ne l'aurais voulu, comme toutes les choses que l'on redoute et que l'on espère à la fois, comme tous les moments charnières de l'existence qui vous prennent par surprise alors même que vous les avez vus venir de loin. C'était un matin d'automne, doux et lumineux, un de ces matins où la lumière toscane semble vouloir retenir l'été encore un peu, où les collines se parent de brumes légères qui s'effilochent au lever du soleil, où l'air est chargé de l'odeur des raisins mûrs et des dernières roses de la saison. Les valises étaient entassées dans le hall de la villa, deux grandes valises noires et un sac à dos en cuir usé que Leonardo avait insisté pour garder malgré son aspect défraîchi, parce que c'était celui que je lui avais offert pour son premier voyage scolaire, des années plus tôt, et qu'il disait qu'il lui portait chance.Leonardo se tenait sur le perron, grand, élégant, ses yeux gris balayant une dernière
Chapitre 147ZelmiraLa première du film adapté de mon livre eut lieu à Rome, par une soirée de septembre douce et étoilée, dans une salle de cinéma historique aux murs couverts de velours rouge, aux balcons ornés de dorures, aux lustres de cristal qui scintillaient comme des milliers d'étoiles. Les projecteurs balayaient le ciel nocturne de leurs faisceaux blancs, les flashes des photographes crépitaient sur le tapis rouge, et une foule élégante, bruissante, se pressait devant l'entrée, impatiente d'assister à l'événement. Les acteurs étaient là, resplendissants dans leurs tenues de soirée, le réalisateur saluait la foule, les producteurs échangeaient des poignées de main, et moi, j'étais au milieu de tout ce tumulte, au bras d'Alvise, le cœur battant à tout rompre, incapable de croire que tout cela était réel.— Tu te rends compte ? murmurai-je à Alvise alors que nous montions les marches du cinéma, mes doigts crispés sur son bras, mes yeux écarquillés par le spectacle qui m'entoura
Chapitre 146ZelmiraL'idée d'écrire mes mémoires naquit un soir d'hiver, alors que j'étais assise devant la cheminée du salon, un livre à la main que je ne lisais pas, le regard perdu dans les flammes qui dansaient dans l'âtre en crépitant doucement. Dehors, la neige tombait sur les collines toscanes, silencieuse, immaculée, recouvrant les vignes et les oliviers d'un manteau blanc qui scintillait sous la lune. Le silence était si profond, si absolu, qu'il semblait appeler les mots, les histoires, les souvenirs enfouis. Je pensais à tout le chemin parcouru, à cette jeune femme brisée qui avait fui Vérone en pleine nuit, abandonnant derrière elle sa robe de mariée, ses rêves de jeune fille, sa confiance en l'amour. Je pensais à cette nuit magique à Portofino, à cet inconnu au regard gris qui m'avait regardée comme personne ne m'avait jamais regardée, qui avait dansé avec moi sous les étoiles, qui m'avait aimée une nuit avant de me perdre au petit matin. Je pensais à tout ce qui avait s
Chapitre 145ZelmiraL'automne était revenu sur la Toscane, et avec lui les premières fraîcheurs, les premières feuilles mortes qui tourbillonnaient dans le vent avant de se poser sur le sol comme un tapis d'or et de cuivre, les premières soirées passées au coin du feu à regarder les flammes danser dans l'âtre. Leonardo avait dix-sept ans maintenant, et il était devenu un jeune homme, grand, fort, élégant, avec cette assurance tranquille et ce regard perçant qui faisaient tourner les têtes sans qu'il en ait conscience. Ses épaules s'étaient élargies, sa voix était devenue grave et posée, et il portait en lui cette noblesse naturelle, cette distinction innée qui caractérisait les Nerucci depuis des générations.Un soir, il vint me trouver dans mon atelier, alors que je terminais une toile commencée des semaines plus tôt, un portrait de Chiara assise dans le jardin, ses cheveux bruns caressés par la brise, ses yeux verts fixés sur l'horizon. La lumière du crépuscule entrait par la verri
Chapitre 4ZelmiraMa mère est assise dans le salon, près de la fenêtre ouverte, un livre à la main qu'elle ne lit pas. Je le sais parce qu'elle tourne les pages trop vite, machinalement, le regard perdu dans le jardin. Quand j'entre dans la pièce, elle sursaute presque, comme prise en faute.— Tu d
Chapitre 3ZelmiraJ'ai rencontré Stefano un soir de septembre, il y a deux ans. C'était à une fête de charité organisée par la Fondation Marini, dans le palais historique de sa famille, sur la Piazza dei Signori. Je me souviens de tout — la robe bleu nuit que je portais, les talons qui me faisaient
Chapitre 2ZelmiraQuand j'étais petite, je croyais que Bianca m'aimait. Elle était ma cousine, ma presque sœur, ma compagne de jeux. Nous passions nos étés ensemble dans la maison de campagne de notre grand-mère, à courir dans les champs de tournesols, à nous baigner dans la rivière, à nous raconte
Chapitre 1ZelmiraLa robe est suspendue devant moi, et je n'arrive pas à détacher mon regard d'elle. Elle flotte doucement dans la lumière de cette fin d'après-midi, portée par un courant d'air invisible qui s'infiltre par la fenêtre entrouverte. Le tulle ondule comme une respiration, la dentelle f







