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Chapitre 126 — Bonus

last update Date de publication: 2026-08-01 05:12:26

Caspian

La première fois que je la vois, c'est un soir de novembre, dans une petite rue brumeuse derrière l'hôpital de Great Ormond Street ; elle sort de son service, épuisée, les épaules basses, les cheveux mal attachés, et elle ne me voit pas, bien sûr, elle ne peut pas me voir, je suis dans l'ombre, je suis l'ombre, je suis ce frisson dans son dos qu'elle attribue au vent froid.

Elle vient de perdre un enfant.

Je le sais à son odeur.

L'odeur du chagrin est très particulière chez les humains
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  • Les chaînes de l'éternité    Chapitre 127— Bonus : Le premier Noël

    VictoriaNoël 2056, dans notre manoir de la lande.Nous y revenons de moins en moins souvent, trop absorbés par l'hôpital de Londres, par les obligations du Conseil, par la gestion du territoire, mais cette année, j'ai insisté pour y passer les fêtes, et Caspian a accepté sans discuter, ce qui prouve à quel point il a changé en un siècle.Le manoir est exactement comme dans mon souvenir, inchangé, préservé par les soins d'Aleksandr et de Thomas qui continuent d'y vivre à plein temps ; les tapisseries n'ont pas bougé, les bibliothèques n'ont pas pris une ride, la petite chapelle est toujours là, au bout de l'aile ancienne, avec sa porte basse en chêne noirci et son autel de pierre.Mais cette nuit, le manoir brille de lumières.J'ai passé la semaine à le décorer, avec l'aide de Thomas qui s'est révélé un décorateur de Noël tout à fait enthousiaste ; il y a des branches de houx accrochées au-dessus des cheminées, des guirlandes de lumières blanches enroulées autour des rampes d'escalier

  • Les chaînes de l'éternité    Chapitre 126 — Bonus

    CaspianLa première fois que je la vois, c'est un soir de novembre, dans une petite rue brumeuse derrière l'hôpital de Great Ormond Street ; elle sort de son service, épuisée, les épaules basses, les cheveux mal attachés, et elle ne me voit pas, bien sûr, elle ne peut pas me voir, je suis dans l'ombre, je suis l'ombre, je suis ce frisson dans son dos qu'elle attribue au vent froid.Elle vient de perdre un enfant.Je le sais à son odeur.L'odeur du chagrin est très particulière chez les humains ; ce n'est pas seulement une odeur de larmes, c'est une odeur de fatigue profonde, de cortisol, de sommeil manqué, de nourriture négligée ; c'est une odeur que je connais bien, que j'ai sentie des milliers de fois, que j'ai souvent suivie pour chasser, parce que les humains tristes sont plus faciles à attraper que les humains heureux.Mais celle-ci, je ne la chasse pas.Je ne sais pas pourquoi.Elle n'est pas plus belle que les autres — elle est jolie, mais jolie comme le sont des milliers de je

  • Les chaînes de l'éternité    Chapitre 125— Épilogue : La lettre brûlée

    VictoriaUn siècle, jour pour jour, après ma transformation.Je suis assise sur le toit de notre maison de Bloomsbury, ce même toit d'où j'ai contemplé Londres pour la première fois avec des yeux d'immortelle, il y a cent ans ; la ville a changé, bien sûr, comme changent toutes les villes, mais l'essentiel est resté : la courbe de la Tamise, la silhouette de Saint-Paul, les toits d'ardoise, les cheminées fumantes, le bruit lointain des voitures qui roulent dans les rues.J'ai une lettre dans la main.Une lettre que j'ai écrite ce matin même, d'une écriture encore humaine — je n'ai jamais adopté les calligraphies anciennes que Caspian affectionne, je suis restée fidèle à mon stylo à bille, à mon écriture d'infirmière, rapide, précise, un peu penchée.La lettre est adressée à Victoria de mon nom de jeune fille, infirmière à l'hôpital pour enfants de Great Ormond Street, résidant dans un petit appartement de King's Cross.Elle dit ceci :Chère Victoria,Tu ne me connais pas encore, mais

  • Les chaînes de l'éternité    Chapitre 124 — Les chaînes de l'amour

    VictoriaLes décennies passent, et je les sens passer d'une manière que je n'aurais jamais pu imaginer quand j'étais humaine ; ce n'est pas une succession de jours et de nuits, c'est une accumulation de couches, de strates, de souvenirs qui s'empilent sans s'effacer, et je comprends maintenant pourquoi Caspian parlait des siècles avec cette lassitude qui m'étonnait tant au début de notre relation : quand on a vécu assez longtemps, le temps devient une matière qu'on pétrit plutôt qu'une ligne qu'on suit.Mais je ne suis pas lasse.Je suis heureuse.L'hôpital de l'East End est devenu une institution respectée dans le monde vampirique ; des créatures viennent de toute l'Europe, parfois même d'au-delà, pour y chercher refuge, soins, conseils ; j'ai formé une dizaine de guérisseurs, j'ai écrit des protocoles de soins, j'ai adapté mes connaissances médicales humaines aux besoins spécifiques des immortels, et je continue d'apprendre chaque jour, chaque nuit, chaque fois qu'un patient nouveau

  • Les chaînes de l'éternité    Chapitre 123 — Les seigneurs de Londres

    CaspianLe Conseil nous attribue Londres trois semaines après le jugement, par un décret officiel scellé du sceau des Anciens et contresigné par Elias lui-même, qui s'est porté garant de notre loyauté auprès de la Présidente ; c'est un territoire immense, le plus peuplé du pays, le plus difficile à contrôler, le plus exposé aux regards humains, mais c'est aussi le plus vibrant, le plus vivant, le plus riche de possibilités pour deux immortels qui veulent réinventer la manière dont notre espèce coexiste avec l'humanité.Nous nous installons dans une demeure discrète du quartier de Bloomsbury, non loin de l'hôtel où nous avions passé trois jours avant le procès, une maison de quatre étages en briques rouges, avec un jardin minuscule à l'arrière et une cave voûtée que nous aménageons en refuge de jour ; Aleksandr s'occupe de la logistique, comme toujours, Thomas supervise les travaux, et Victoria passe ses premières semaines à arpenter les rues de la ville, de nuit, pour apprendre à conn

  • Les chaînes de l'éternité    Chapitre 122— Le jugement du Conseil

    VictoriaLe Conseil se réunit dans les catacombes sous la cathédrale Saint-Paul, une immense salle voûtée que je n'avais jamais vue auparavant, creusée à même la roche et soutenue par des piliers massifs ornés de sculptures anciennes qui ne représentent ni des saints ni des anges, mais des scènes de la mythologie vampirique dont je ne connais pas encore tous les épisodes ; des torches brûlent dans des appliques de fer le long des murs, diffusant une lumière orangée qui fait danser les ombres sur les pierres humides, et une longue table de marbre noir occupe le centre de la salle, autour de laquelle sont assis les membres les plus anciens du Conseil, ceux qu'on appelle les Anciens, ceux qui ont vu passer des siècles, des empires, des religions, et qui sont encore là.Caspian et moi entrons ensemble, main dans la main.Je porte une robe très simple, sombre, sans bijoux, sans ornement ; je ne veux pas que le Conseil croie que je cherche à impressionner, je ne veux pas qu'il croie non plu

  • Les chaînes de l'éternité    Chapitre 6 : Le gouffre 1

    VictoriaLe silence, après ses mots, est plus lourd que tout ce que j'ai jamais porté.Ma main est toujours dans la sienne. Glacée. Pourtant, je sens quelque chose traverser cette peau de marbre. Une chaleur ? Non. Pas une chaleur. Une vibration. Comme si, sous la glace, un volcan dormait.· Il fau

  • Les chaînes de l'éternité    Chapitre 5 : L'antre 2

    VictoriaIl s'approche. Lentement. Chaque pas est mesuré, contrôlé, comme s'il luttait contre quelque chose en lui.· Parce qu'elle était douce, Victoria. Elle était tendre, aimante, obéissante. Toi, tu es dure. Tu es fière. Tu me défies. Tu me regardes comme si j'étais ton égal, pas ton maître.Il

  • Les chaînes de l'éternité    Chapitre 4  : L'antre 1

    VictoriaL'escalier semble ne jamais finir.Chaque marche est une épreuve. Le bois ancien gémit sous nos pas, mais ses pieds à lui ne font aucun bruit. Il flotte, littéralement, sa main toujours dans la mienne, et je sens à travers sa paume glacée chaque battement affolé de mon cœur.· Pourquoi tre

  • Les chaînes de l'éternité    Chapitre 3 : La bête 2

    Victoria Ses yeux s'écarquillent. Vraiment. Pendant une fraction de seconde, le masque tombe, et je vois autre chose. Quelque chose d'humain, presque. Puis il se reprend.· Tu as du cran, Victoria. C'est rare.· Je suis infirmière. Je vois la mort tous les jours. Vos yeux rouges ne me font pas plu

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