Se connecterNous quittons le refuge, remontons dans la berline. Le trajet du retour est silencieux, chacun perdu dans ses pensées. La neige a recommencé à tomber, fine et persistante, et le paysage est d'un blanc uniforme, presque hypnotique. La lettre est dans ma poche, contre ma cuisse, et je sens son poids comme une brûlure. Elle ment à propos de ton frère. Cherche le dossier Arkady. Qu'est-ce que Léonora me cache encore ? Après tout ce que nous avons partagé , le tatouage, le pacte de sang, les anneaux , qu'est-ce qui peut bien être assez grave pour justifier un nouveau secret ? La réponse m'attend au manoir, enfouie dans un dossier que je n'aurais peut-être jamais dû ouvrir. Nous arrivons au manoir alors que le crépuscule tombe. Les ruines fument encore par endroits, et les braseros sont allumés dans la cour, projetant des ombres mouvantes sur les murs noircis. Des agents s'affairent encore, malg
Il hoche la tête, puis se rassoit. Le silence retombe entre nous, mais il est plus léger maintenant, comme si les mots avaient dissipé un poids invisible. — Montre-moi encore ton tatouage, demande-t-il. Je me tourne, écarte mes cheveux. Ses doigts effleurent le film transparent, avec une délicatesse presque timide. — Ça fait mal ? — Un peu. Moins que ce que j'imaginais. — Et celui sur ton poignet ? Je lui tends mon poignet gauche. Les lettres L et N sont plus petites, plus discrètes, mais parfaitement visibles. — C'est le pacte de sang. Nos deux sangs mélangés, dans l'encre. — C'est... intense. — C'est la Phalange. Rien n'est tiède, rien n'est modéré. Tout est intense, extrême, définitif. C'est ce qui me plaît, je crois. C'est ce qui me correspond. Il sourit , un petit sourire tri
Je le serre contre moi, les yeux fermés, savourant ce contact familier , son odeur, sa chaleur, ses bras qui m'entourent. Mon petit frère. Mon seul repère dans ce monde qui a basculé. Il est vivant, il est debout, il va bien. C'est tout ce qui compte. — Comment vas-tu ? je demande en me détachant pour l'examiner. Il a meilleure mine que la semaine dernière. Ses joues ont repris des couleurs, ses yeux sont plus vifs, et il a même réussi à se raser. Il porte un pull à col roulé qui lui donne un air d'étudiant sage, comme à l'époque où il révisait ses examens dans notre petit studio. — Moi, ça va, dit-il. C'est toi qui m'inquiètes. Tu as l'air épuisée. Et tu as une drôle de façon de marcher, comme si tu avais mal au cou. Je ne peux pas m'empêcher de sourire. Il a toujours été observateur , une qualité qui lui aurait bien servi s'il était devenu médecin, comme il le rêvait
Elle reprend son mouvement, plus intense, et l'orgasme monte en moi comme une lame de fond. Je jouis en criant son nom, mes doigts plantés dans ses cheveux, mes yeux ancrés dans les siens. Le monde se dissout autour de moi, et il ne reste plus que son visage, ses yeux, sa bouche, et cette sensation fulgurante qui me traverse de part en part. Quand les vagues refluent, je retombe sur le lit, haletante, le cœur battant à tout rompre. Léonora remonte le long de mon corps, dépose un baiser sur mes lèvres , un baiser qui a le goût de mon propre plaisir et me sourit. — Bonne nuit de noces, madame. — Bonne nuit de noces, madame. Nous restons allongées, enlacées, les doigts entrelacés. Nos poignets tatoués se touchent, et je sens contre ma peau le battement de son pouls, régulier, apaisant. Le feu crépite dans la cheminée, les bougies achèvent de se consumer autour de l'autel resté dans le bureau, et le si
Elle débouche le champagne, remplit les deux flûtes, m'en tend une. — À quoi buvons-nous ? je demande. — À nous. À ce que nous sommes devenues. À ce que nous deviendrons. — À nous. Nous trinquons, et le champagne pétille sur ma langue, frais et léger. Je n'en ai pas bu depuis des mois , depuis avant l'hôpital, avant le manoir, avant tout ça. Son goût est celui de la fête, de la normalité, de la vie qui continue malgré tout. Léonora repose sa flûte et s'approche de moi. Ses doigts trouvent le ruban qui retient mon chignon, le défont, et mes cheveux tombent sur mes épaules. Elle les écarte pour découvrir ma nuque, le tatouage protégé par le film transparent. — Il cicatrise bien, murmure-t-elle. Dans quelques jours, il sera parfait. Ses lèvres se posent sur ma nuque, juste au-dessus du tatouage. Un baiser léger, presque dévot. Puis ses mains glissent sur mes épaules, descendent le long de mes bras, et elle me fait pivoter pour me faire face. — Ce soir, dit-elle, nous ne sommes p
La lame s'abat, rapide, précise. Une douleur brève, aiguë, traverse ma paume. Du sang perle, rouge vif, et Léonora presse doucement ma main pour en faire couler quelques gouttes dans le bol d'encre. Puis elle entaille sa propre paume , elle ne grimace même pas et laisse son sang se mêler au mien dans le bol sombre. Le sang et l'encre se mélangent, formant une substance épaisse, presque noire, qui dégage une odeur métallique et végétale à la fois. — Maintenant, dit Léonora, nous allons renouveler le tatouage avec cette encre mêlée de nos sangs. Pas sur la nuque , sur le poignet gauche, là où bat le pouls. Pour que chaque battement de ton cœur soit une reconfirmation du serment. Elle prend le stylo à tatouer, le trempe dans le bol, et le bourdonnement emplit la pièce. Je tends mon poignet gauche sans hésiter. L'aiguille touche ma peau, et cette fois la douleur est différente , plus intime, plus profonde, comme si l'encre chargée de nos sangs respectifs brûlait davantage que l'encre







