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La nuit des âmes perdues

Author: Seth
last update Last Updated: 2025-11-08 23:06:09

Les semaines s’étaient écoulées lentement, pesantes, monotones.

Rien n’avait changé entre John et Joseanne.

Les jours se succédaient dans la même froideur, les mêmes silences, les mêmes regards fuyants.

Chaque soir, John rentrait à la maison sans y trouver la paix.

Même leur fils semblait sentir cette distance : il courait vers lui avec joie, mais Joseanne, elle, se réfugiait dans son téléphone ou prétextait la fatigue.

Ce soir-là, John avait le cœur lourd, si lourd qu’il lui semblait manquer d’air.

Tout ce qu’il avait essayé — les conversations, les attentions, les prières — semblait inutile.

Rien ne changeait.

Rien.

À 17h30, il sortit du travail, les traits tirés. Il n’avait pas envie de rentrer.

Il voulait juste oublier.

Alors, sans vraiment réfléchir, il prit la direction d’un petit bar-restaurant discret, à la sortie de la ville.

Là, il s’assit seul dans un coin, commanda un verre. Puis un deuxième. Puis un troisième.

Le serveur, compatissant, lui demanda s’il attendait quelqu’un.

— Non, répondit-il simplement. J’attends que la tête se vide.

Le bar était bruyant, mais dans la tête de John, tout semblait sourd.

Les voix, les rires, la musique — tout devenait lointain.

Seules les images de Joseanne lui revenaient, encore et encore.

Ses refus.

Ses silences.

Ses phrases blessantes.

Vers 18h, il se leva, légèrement vacillant.

Il prit la route, les mains moites sur le volant. La lumière des réverbères semblait danser devant ses yeux.

Une fatigue étrange s’abattait sur lui, lourde, étouffante.

— Je dois m’arrêter, murmura-t-il. Juste cinq minutes…

Il gara sa voiture le long d’une rue calme, près d’un petit commerce encore ouvert.

En descendant, il sentit ses jambes fléchir.

Il marcha quelques pas… puis soudain, tout tourna.

Un vertige violent le prit.

Avant même de comprendre, son corps heurta la porte d’une petite boutique — et il s’effondra.

---

À l’intérieur, Falonne, qui rangeait quelques médicaments derrière le comptoir, sursauta en entendant le bruit.

Elle se précipita, ouvrit la porte — et découvrit un homme étendu sur le sol, inconscient.

— Seigneur ! murmura-t-elle en se penchant sur lui.

Sans réfléchir, elle courut chercher une bouteille d’eau, revint en vitesse et versa quelques gouttes sur son visage.

L’homme remua légèrement, ouvrit lentement les yeux.

— Doucement… doucement, monsieur. Vous m’entendez ?

John cligna des paupières.

La lumière de la boutique lui paraissait floue, mais la voix était douce, apaisante.

— Où… où suis-je ? balbutia-t-il.

— Vous êtes tombé juste devant ma porte, répondit Falonne. Vous avez perdu connaissance. J’allais fermer quand j’ai entendu le bruit.

Elle lui donna un peu d’eau à boire.

John reprit lentement ses esprits, passa une main sur son front.

— Merci, dit-il faiblement. C’est rien, je crois… juste un peu de fatigue.

Falonne le regarda avec inquiétude.

— Vous n’avez pas l’air bien. Il vaudrait mieux aller à l’hôpital. Je peux vous y conduire, si vous voulez.

Il secoua la tête.

— Non, non. Pas l’hôpital. J’ai juste besoin de me reposer… de dormir un peu.

Elle hésita.

— Mais je ne peux pas vous laisser ici, monsieur. Vous êtes seul ?

John hocha lentement la tête.

— Oui… seul.

Falonne resta silencieuse quelques secondes.

Elle observa cet homme, vêtu correctement, le regard triste, la voix cassée.

Quelque chose, dans son attitude, dans sa détresse silencieuse, lui rappela sa propre fatigue.

— Alors… dit-elle doucement, si vous voulez, je peux vous emmener chez moi. C’est tout près d’ici. Juste le temps que vous alliez mieux.

John leva les yeux vers elle.

— Je ne veux pas déranger…

— Vous ne dérangez pas. Vous avez besoin d’aide, c’est tout.

Sans insister davantage, elle l’aida à se relever.

Son petit garçon, Wisley, s’approcha timidement de la porte, tenant son ballon contre lui.

— Maman, il est malade, le monsieur ?

Falonne sourit.

— Il est juste fatigué, mon cœur. On va l’aider un peu.

Elle aida John à marcher jusqu’à sa petite voiture, l’installa à l’arrière avec une couverture, puis prit le volant.

Wisley, curieux, s’assit à côté de lui, les yeux pleins d’innocence.

Le trajet jusqu’à chez elle fut silencieux.

John, appuyé contre la vitre, sentait ses paupières s’alourdir.

Il n’avait plus la force de penser.

Seulement celle de respirer.

Falonne, concentrée sur la route, jetait parfois un regard vers lui.

Elle ne savait pas qui il était, ni d’où il venait.

Mais elle sentait que cet homme portait un chagrin profond.

Ce soir-là, deux inconnus rentrèrent ensemble sous le même toit, chacun ignorant que leurs blessures allaient bientôt se croiser — et peut-être, se soigner mutuellement.

Falonne entra chez elle en tenant John par le bras.

L’homme semblait à moitié conscient, la tête lourde, le regard vide.

Wisley dormait déjà dans le petit canapé du salon, le ballon serré contre lui.

D’une voix douce, Falonne murmura :

— Chut… il ne faut pas le réveiller. Venez, suivez-moi.

Elle le conduisit dans la chambre de son fils, la plus proche, pour qu’il puisse s’allonger.

John s’assit sur le lit, la tête baissée.

L’odeur d’enfant, le désordre des jouets, la chaleur du petit espace lui firent comme un choc : un souvenir d’autrefois, de ce qu’il avait perdu chez lui.

Falonne le regardait, hésitante.

Elle remarqua enfin l’odeur d’alcool sur ses vêtements.

— Oh, c’est donc ça… murmura-t-elle. Vous avez trop bu.

John esquissa un sourire triste.

— Oui… un peu trop. Mais parfois, il faut ça pour ne plus penser.

Falonne soupira.

— Vous avez besoin de repos, pas d’oubli.

Elle le laissa allongé quelques minutes et partit dans la cuisine.

En ouvrant ses placards, elle trouva un peu de riz, des légumes et un morceau de viande. Elle prépara une soupe chaude, simple mais réconfortante.

Pendant qu’elle cuisinait, elle pensait à cet homme : bien habillé, mais brisé à l’intérieur.

Quelque chose dans sa voix lui avait donné envie de l’aider, de comprendre.

Vers 20h, elle entra à nouveau dans la chambre avec un plateau.

— Tenez, buvez ceci. Ça va vous aider à calmer l’effet de l’alcool.

John releva les yeux vers elle.

Il la regardait comme s’il la voyait pour la première fois.

Sous la lumière tamisée, Falonne paraissait encore plus belle : ses gestes doux, son visage fatigué mais serein, sa bienveillance sans effort.

Il prit le bol entre ses mains tremblantes.

— Vous êtes une femme incroyable… souffla-t-il.

— Non, je fais juste ce qu’il faut faire, répondit-elle avec un léger sourire.

John but lentement.

La chaleur du liquide se mêlait à celle de la pièce, et son cœur s’apaisait un peu.

— Vous devriez prendre une douche avant de dormir, dit-elle doucement. Ça vous fera du bien.

Il hocha la tête.

Falonne lui montra la salle de bain, lui tendit une serviette propre et des vêtements larges appartenant à son frère.

— Prenez votre temps, dit-elle simplement avant de sortir.

Quelques minutes plus tard, un cri retentit depuis la salle de bain.

— Madame ! Aidez-moi, s’il vous plaît !

Falonne accourut, le cœur battant.

Elle entra précipitamment — et le trouva là, appuyé contre le mur, tremblant, torse nu, le regard perdu.

— Qu’est-ce qu’il y a ? Vous vous êtes blessé ?

John la regarda intensément, sans répondre tout de suite.

Il murmura d’une voix basse :

— J’avais besoin… que quelqu’un soit là.

Il y eut un silence.

Un silence lourd, où deux solitudes se rencontrèrent.

Falonne voulut parler, mais les mots ne vinrent pas.

Tout ce qu’elle vit, c’était un homme à bout, fragile, et en même temps un regard d’une tendresse bouleversante.

Elle aurait dû reculer, mais elle resta là, paralysée par ce mélange de pitié et d’attirance.

John s’approcha lentement, posa sa main sur son bras, puis sur sa joue.

— Merci… pour tout, dit-il dans un souffle. Vous ne savez pas ce que vous venez de faire pour moi ce soir.

Leurs regards se croisèrent.

Le temps sembla suspendu.

Et dans ce silence, quelque chose d’inévitable se passa — une étreinte, un abandon, un geste qui n’aurait jamais dû exister mais que la solitude avait rendu possible.

---

Quand la pendule indiqua 22h, John se rhabilla lentement.

Falonne, assise au bord du lit, le regardait sans rien dire.

Il posa une somme d’argent sur la table, ainsi qu’un petit papier.

— Ce n’est pas pour payer quoi que ce soit, dit-il doucement. C’est juste… pour vous remercier. Et… si un jour vous avez besoin de parler, appelez-moi.

Falonne prit le papier, hésita, puis le rangea dans un tiroir.

John la regarda une dernière fois, puis quitta la maison dans le silence de la nuit.

Dehors, l’air frais lui frappa le visage.

Son cœur battait fort, partagé entre la honte, la culpabilité… et un étrange sentiment d’apaisement.

Dans la maison, Falonne resta seule, fixant la porte fermée.

Elle posa une main sur sa poitrine, cherchant à comprendre ce qu’elle venait de vivre.

Et sans savoir pourquoi, elle murmura :

— Seigneur… pourquoi ai-je l’impression que ma vie vient de changer ?

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